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Défense
L'A400M en bombardier d'eau : les essais sont concluants !
L'A400M en bombardier d'eau : les essais sont concluants !
© Airbus

| Gaétan Powis 1005 mots

L'A400M en bombardier d'eau : les essais sont concluants !

Alors que les mégafeux en Gironde ont démontré un manque de moyens aériens, Airbus a confirmé avoir testé un système de largage d'eau depuis un A400M. Ce kit semble intéressant en vue d'appuyer les Canadairs et Dash de la Sécurité civile car il ne requiert pas de modification structurelle et peut donc être monté sur n'importe quel A400M de l'AAE. Airbus a par ailleurs annoncé préparer des essais de nuits. Il reste à savoir si la France achètera ou non quelques-uns de ces kits !

Une polyvalence qui s'élargit

Dans un communiqué de presse publié ce 26 juillet, Airbus annonce avoir testé avec succès son nouveau kit de lutte contre les feux de forêt destiné à l'avion de transport A400M. Les essais ont eu lieu à Getafe (Espagne), avec l'A400M d'Airbus, en collaboration avec le 43ème groupe de la Force aérienne espagnole, les autorités européennes des opérations de lutte contre les incendies et le ministère de l'Environnement espagnol (MITECO).

Le kit, développé par Airbus, ne requiert aucun changement structurel de l'appareil (roll-on/roll-off, RORO). Ce système permet donc d'équiper rapidement n'importe quel A400M en configuration feu de forêt. Le kit est fixé dans la soute de l'A400M et comprend une citerne de 20 tonnes d'eau, retenue par deux portes indépendantes connectées à deux tuyaux. Ces derniers sont situés à l'extrémité de la soute. Dès lors, l'A400M doit simplement ouvrir la rampe arrière pour pouvoir larguer les 20 tonnes d'eau et ce, en 10 secondes.

Airbus a choisit l'A400M suite à ses caractéristiques : il a déjà démontré au sein de nombreuses forces aériennes sa manœuvrabilité en basse altitude et à faible vitesse. D'ailleurs, le largage s'est effectué à une altitude de 45 mètres et ce, à une vitesse de 231 km/h.

L'année dernière, AKKA Technologies - désormais dénommé Akkodis - avait également proposé un système de deux réservoirs de 10 tonnes d'eau chacun en vue de transformer un A400M en un avion de lutte contre les incendies. Il peut aussi être transporté sur des C-235 ou des C-295 ou tout type d'avion cargo disposant d'une rampe arrière (C-130, KC390, Spartan, etc).

Un avion tout terrain et une future option très utile !

En termes de comparaison en France, l'A400M en configuration de lutte contre les incendies de forêt dispose d'une capacité équivalente à 2 avions Bombardier Dash 8 Q400 ou d'un peu plus de 3 Canadair CL-415. A l'inverse de ce dernier et tout comme les Dash de la Sécurité civile, l'A400M devra atterrir sur une base avancée équipée de pompes. 

Ces pompes ont la capacité de remplir la citerne en 5 à 10 minutes. Cependant, contrairement au Dash dépendant des Pélicandromes (aérodromes capables d’accueillir les Dash 8 afin de remplir leurs réservoirs), l'A400M est un appareil conçu pour atterrir sur terrains non préparés. De fait, une plage ou une piste improvisée avec une base avancée comprenant les pompes et plusieurs camions citernes suffisent à assurer les rotations des A400M équipés de ce kit tout en évitant un trajet vers une base aérienne trop éloignée du sinistre.

Airbus a également annoncé que des essais de nuit étaient prévus : là aussi, il s'agit de combiner les caractéristiques des A400M, déjà confirmé aux vols de nuit depuis longtemps, avec la lutte contre les incendies. Il y aurait un réel besoin en France à disposer d'un appui aérien lourd nocturne car les CL-415 ne sont pas du tout équipés pour le vol de nuit. En dehors de ce détail technique, il y a aussi les détails géographiques et physiques à prendre en compte, comme par exemple la présence de lignes à hautes tensions. De fait, la Sécurité civil n'autorise ses appareils qu'à voler entre le lever du soleil et le dernier largage aux dernières lueurs du jours.

Un atout sur les mégafeux ?

Des statistiques impressionnantes en Gironde

Encore récemment, les deux mégafeux en Gironde de ce mois de juillet accumulent des statistiques combinés impressionnantes :

  • 20.800 hectares calcinés (soit deux fois la superficie de Paris intra-muros)
  • des flammes pouvant atteindre par endroit 100 mètres de haut
  • 36.750 personnes évacuées
  • +3.000 sapeurs-pompiers de Gironde et +1.200 sapeurs-pompiers, marins-pompiers, pompiers de l'Air,... venus des quatre coins de France et engagés par rotations

Les moyens aériens mobilisés

En termes d'appui aérien, les pompiers au sol ont pu compter jusqu'à :

  • jusqu'à 9 avions (3 Bombardier Dash 8 Q400 et 6 Canadair CL-415) de la Sécurité civile, renforcés par deux CL-415 grecs
  • 2 hélicoptères équipés d'un Bambi bucket
  • un hélicoptère du SDIS
Dash 8 "Milan 75" de la Sécurité civile lors d'un largage de retardant.
Dash 8 "Milan 75" de la Sécurité civile lors d'un largage de retardant. © Sécurité civile
Dash 8 "Milan 75" de la Sécurité civile lors d'un largage de retardant.

Un trou capacitaire ?

La Sécurité civile détient actuellement 12 Canadair CL-415 et 6* Bombardier Dash 8 Q400. Dès lors, c'était - au plus fort des incendies - la moitié du parc aérien qui était mobilisée en Gironde. Le manque de moyens aériens a déjà été confirmée par le Président de la République et qu'une réflexion allait être lancée sur l'achat de nouveaux moyens.

Du côté de la Sécurité civile, plusieurs Canadair (les chiffres varient) ainsi qu'un Dash n'étaient pas opérationnels pour des raisons de révision technique ou de réparation. Il y avait aussi des moyens dispersés en France afin de garder un appui aérien sur toutes les zones à risques, afin d'assurer une lutte rapide sur les feux naissants. L'idée de cette technique est d'éteindre le feu le plus rapidement et d'éviter d'avoir de nombreux incendies - voire mégafeux - à différents endroits.

Vers une réserve d'A400M en soutien ?

Dans ce contexte, la possibilité de mettre en œuvre rapidement des appareils tels que plusieurs A400M avec une capacité lourde est un sacré atout pour les pompiers au sol. Il reste à savoir si l'Armée de l'Air et de l'Espace (AAE), en coopération avec la Sécurité civile, sera intéressée par un éventuel achat de plusieurs de ces kits. Par ailleurs, il ne s'agit pas de remplacer les Canadairs ou les Dash par des A400M de lutte contre les incendies mais bien évidemment de disposer d'une éventuelle réserve d'appareils en vue de soutenir la flotte de la Sécurité civile. Pour rappel, l'AAE prévoit pour l'instant 25 A400M en 2025. Une réflexion est également engagée sur le nombre définitif d'A400M en France (l'AAE a déjà commandé 25 des 50 A400M initialement prévus).

*Il faut déjà noter la prochaine arrivée (prévue depuis longtemps) de deux Dash 8 supplémentaires, opérationnels en août de cette année et en 2023.


Répondre à () :

| 26/07/2022 19:04

C’est terriblement frustrant de voir, alors que la Gironde brûle, que les Espagnols d’Airbus ont conçu un kit pour lutter contre les incendiesde forêts que nous ne pourrons acheter qu’en nous endettant encore plus ...

Panther | 27/07/2022 07:48

D'après l'avis d'un professionnel, ce système n'est pas bon. L'eau n'arrive pas de manière suffisamment massive sur le feu pour avoir un effet notable. Cela ressemble plutôt a l'effet d'une douche, il suffit pour s'en rendre compte de voir la longueur sur laquelle s'etalle le larguage de l'eau a partir de l'A400. A comparer avec la photo du Dash 8, là on voit que le produit arrive de manière massive.

Richard | 27/07/2022 18:23

Attention aux effets d'annonces publicitaires AIRBUS. On annonce du suivi de terrain et largage de nuit, réfléchissons un peu pour se rendre compte de cette énormité. Pourquoi les canadairs n'opèrent pas de nuit. Ils pourraient le faire avec des lunettes de vision nocturnes. Sauf qu'avec la forte lueur de l'incendie cela est impossible, au risque de graves lésions pour les yeux. L'A400 M est un avion très lourd, donc moins facilement manœuvrable qu'un canadair. Donc son utilisation sera, si cela est retenu, sur des reliefs plus plat (les Landes, mais pas sur dans le Midi) De plus, il semble que le largage en position horizontale ne permet pas l'effet de plaçage au sol. Les avions bombardiers d'eau sont soumis à des contraintes très importantes : • ils doivent larguer au plus près du feu et doivent pour ce faire voler à basse altitude dans des reliefs souvent tourmentés entraînant des changements de direction et d'altitude importants, • Ils sont confrontés à des turbulences atmosphériques générées par les incendies et souvent des vents forts; • le largage lui-même provoque des contraintes importantes, notamment en raison du changement de masse rapide (perte de 6 tonnes 1,2 seconde pour un canadair, soit le 1/3 de sa masse) • Il existe plusieurs types de largage, soit par gravité, soit sous pression. • Il est fortement recommandé de ne pas se trouver sous un largage, au risque de blessures graves.

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