Singapore Airshow 2026 : La fièvre aéroportuaire du Vietnam ne retombe pas
Singapore Airshow 2026 : La fièvre aéroportuaire du Vietnam ne retombe pas

publié le 03 février 2026 à 07:00

1330 mots

Singapore Airshow 2026 : La fièvre aéroportuaire du Vietnam ne retombe pas

Après avoir été l'un des épicentres de la crise sanitaire mondiale, l’Asie du Sud-Est a fortement rebondi et retrouvé ses niveaux de trafic aérien pré-crise. L’édition 2026 du Singapore Airshow, qui se déroule du 3 au 8 février, promet d’être très active au vu des ambitions renouvelées de cette de cette région carrefour. Parmi eux, le Vietnam fait toujours figure de cœur du réacteur.


C'est simple, le trafic aérien passagers en Asie du Sud-Est devrait tripler d’ici 2043. C'est du moins ce que prévoit Boeing dans ses prévisions de croissance faite en 2024 (Commercial Market Outlook), le constructeur misant sur la croissance économique globale de la sous-région et l’accroissement d’une classe moyenne ayant de plus en plus de ressources. 

« L’économie de l’Asie du Sud-Est devrait connaître le deuxième taux de croissance le plus élevé au monde, et la hausse des revenus des ménages amènera de nouveaux consommateurs sur ce marché de l’aviation, stimulant ainsi la croissance des modèles commerciaux à bas coût et de loisirs », précise David Schulte, directeur général du marketing commercial de Boeing pour l’Asie du Nord-Est, l’Asie du Sud-Est et l’Océanie. La croissance démographique de l’Asie du Sud-Est permet en effet toutes les espérances concernant le développement du secteur du transport aérien dans toute la région. Selon les prévisions du Fond monétaire international (FMI), la population de l’Asie du Sud-Est devrait quasiment atteindre les 700 millions d’habitants en 2026, à comparer avec une population européenne de 453 millions sur la même période, mais dont la démographie devrait se contracter dans les prochaines années. 

276 millions de passagers d’ici 2030

Parmi les marchés les plus dynamiques économiquement et démographiquement, le Vietnam a clairement choisi de faire du transport aérien un facteur de développement. Alors que ce secteur redécolle avec des taux de croissance de trafic à deux chiffres, l'Autorité de l’Aviation Civile du Vietnam (CAAV) précise que le trafic aérien dans les aéroports vietnamiens (non encore consolidé) devrait être de 84 millions de passagers en 2025, soit une hausse de 11,4 % par rapport à l’année précédente, avec 1,4 millions de tonnes de cargo, soit une augmentation de 18 %. Cette forte croissance devrait se poursuivre, avec un trafic total de 95 millions de passagers attendu en 2026 (+15 % par rapport à 2025) et un trafic cargo de 1,6 millions de tonnes (+14,2 %). 

Même si le trafic aérien passager a connu une forte chute en 2020 (- 43,5 % par rapport à 2019, où le trafic total vietnamien était de 116 millions de passagers), à cause de l’impact du Covid, la demande sur le moyen et long terme devrait repartir en forte hausse. La dynamique de croissance pré-crise est donc en train de se rétablir, avec l’objectif d'un trafic aérien 2026 qui n’est pas encore tout à fait au niveau pré-crise, mais qui suit à nouveau une forte trajectoire ascendante. Et, selon le ministère vietnamien des Transports, le marché aérien vietnamien pourrait représenter 276 millions de passagers dès 2030. 

Un plan directeur décalé mais toujours très ambitieux

Le nouveau plan de transport de développement aérien approuvé par l’Etat vietnamien, prévoit l’accroissement de fréquences et l’ouverture de plusieurs nouvelles routes internationales vers des marchés clés comme la Russie, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, la Chine, la Corée du Sud, le Japon, la Thaïlande, la Malaisie et l’Australie. Au-delà de l’attractivité elle-même du pays, le trafic est aussi dopé par l’accord de ciel ouvert qui est entré en vigueur en 2016 entre tous les membres de l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est (Asean), regroupant l’Indonésie, la Malaisie, Singapour, la Thaïlande, les Philippines, Brunei, le Vietnam, le Laos, la Birmanie et le Cambodge.

Côté infrastructures, le Vietnam compte actuellement 22 aéroports, dont neuf internationaux et treize nationaux, pour une capacité totale de 106,5 millions de passagers par an. La crise sanitaire n'a pas remis fondamentalement en cause le très ambitieux plan directeur national de développement, qui doit permettre à ce système aéroportuaire d'absorber la croissance du trafic aérien prévue d’ici 2040. Il a tout de même été révisé et a connu un décalage dans sa mise en œuvre. 

Initialement, le pays visait un total de  33 aéroports dès 2030, dont 14 internationaux et 19 nationaux, pour une capacité totale de 276 millions de passagers et un trafic de fret de 4,1 millions de tonnes par an. Finalement, cet objectif de 33 aéroports est renvoyé à 2050. Pour 2030, le pays passera par une étape intermédiaire avec un objectif de 28 aéroports (13 internationaux et 15 domestiques), mais l’objectif de croissance forte du trafic total est maintenu.

Le nouveau méga-hub de Long Thanh

Le vaisseau amiral de ce vaste plan de développement est sans conteste le nouvel aéroport de Ho Chi Minh-Ville, la plateforme de Long Thanh, qui a ouvert ses portes le 19 décembre 2025. Le futur méga hub vietnamien est situé à 40 km à l’est de la ville, contrairement à son aéroport actuel, Tan Son Nhat, beaucoup plus central. La nouvelle plateforme internationale, dont le bâtiment principal reprend la forme traditionnelle d’une fleur de lotus, couvre une superficie totale de plus de 5 580 hectares et s’étend sur six villes du district de Long Thanh. Le chantier doit s’étaler sur trois phases et mobiliser un investissement total de plus de 336,6 billions de dôngs (soit 14,8 Md$). La première phase comporte une première piste, un terminal passagers, des bâtiments connexes, une capacité d’accueil de 25 millions de passagers et une capacité cargo de 1,2 million de tonnes de fret. Au cours de la deuxième phase, une seconde piste et un terminal passager supplémentaire devraient être construits pour recevoir 50 millions de passagers annuels et gérer 1,5 million de tonnes de fret. En troisième phase, l’aéroport devrait atteindre les 100 millions de passagers et 5 millions de tonnes de fret après 2035, avec un total de quatre pistes en activité. 

Dans l’attente du début de la construction et de la montée en charge de Long Thanh, qui doit devenir un véritable hub de niveau international capable de connecter les vols reliant l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Océanie, en passant par le Moyen-Orient, l’Asie du Nord-Est et l’Asie du Sud, la plateforme de Tan Son Nhat doit en effet encore absorber une forte croissance de trafic prévue dans les prochaines années. L’aéroport historique de Ho Chi Minh-Ville a ouvert le 19 avril 2025 son nouveau terminal 3, totalement dédié au trafic domestique, d’une capacité de 20 millions de passagers. La capacité théorique globale  de Tan Son Nhat devrait monter à 50 millions passagers par an, mais la croissance du trafic vietnamien est telle que l’aéroport de Tan Son Nhat avait un trafic effectif déjà bien au-delà de sa capacité théorique de 30 millions de passagers, avant même la mise en service du nouveau terminal 3. L’ouverture de Long Thanh, qui va récupérer progressivement l’ensemble du trafic aérien international, devrait desserrer la pression sur l’aéroport historique de Ho Chi Minh-Ville, saturé depuis déjà plusieurs années. 

Des projets tous azimuts

Au-delà de son développement aéroportuaire dans le Sud, le plan national prévoit une croissance des capacités sur l'ensemble du pays. Au nord, le Vietnam a inauguré le 19 décembre 2025 l’extension du terminal 2 de Noi Bai (l’aéroport principal de Hanoi).  L’ouvrage porte la surface totale au sol à plus de 200 000 m2 et la capacité d’accueil à 15 millions de passagers par an (contre 10 millions auparavant), avec un potentiel de 18 millions. Les infrastructures ont été renforcées, passant de 17 à 30 portes d'embarquement et de 14 à 27 passerelles télescopiques, répondant ainsi à la croissance du transport international. L’aéroport international de Noi Bai pourrait ainsi atteindre une capacité de 60 millions de passagers à l’horizon 2030. Parmi les autres chantiers prévus, citons la réhabilitation de l’aéroport domestique de Na San, la transformation des aéroports domestiques de Cat Bi (près de Haï Phong), Tho Xuan (300 km au sud de Hanoi) et Chu Lai (province de Quang Nam au centre du pays) en plateformes internationales, ainsi que la construction de quatre aéroports domestiques supplémentaires à Lai Chau (frontière nord du pays avec la Chine), Sapa (à l’est de Lai Chau), Quang Tri (au nord de la ville historique de Hué) et Phan Thiêt (sur la côte, à l’est de Ho-Chi-Minh-Ville). A côté de l’Inde, le Vietnam fait donc figure d’un concurrent très solide pour le développement du transport aérien. 

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03/02/2026 07:00
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Singapore Airshow 2026 : La fièvre aéroportuaire du Vietnam ne retombe pas

Après avoir été l'un des épicentres de la crise sanitaire mondiale, l’Asie du Sud-Est a fortement rebondi et retrouvé ses niveaux de trafic aérien pré-crise. L’édition 2026 du Singapore Airshow, qui se déroule du 3 au 8 février, promet d’être très active au vu des ambitions renouvelées de cette de cette région carrefour. Parmi eux, le Vietnam fait toujours figure de cœur du réacteur.

Singapore Airshow 2026 : La fièvre aéroportuaire du Vietnam ne retombe pas
Singapore Airshow 2026 : La fièvre aéroportuaire du Vietnam ne retombe pas

C'est simple, le trafic aérien passagers en Asie du Sud-Est devrait tripler d’ici 2043. C'est du moins ce que prévoit Boeing dans ses prévisions de croissance faite en 2024 (Commercial Market Outlook), le constructeur misant sur la croissance économique globale de la sous-région et l’accroissement d’une classe moyenne ayant de plus en plus de ressources. 

« L’économie de l’Asie du Sud-Est devrait connaître le deuxième taux de croissance le plus élevé au monde, et la hausse des revenus des ménages amènera de nouveaux consommateurs sur ce marché de l’aviation, stimulant ainsi la croissance des modèles commerciaux à bas coût et de loisirs », précise David Schulte, directeur général du marketing commercial de Boeing pour l’Asie du Nord-Est, l’Asie du Sud-Est et l’Océanie. La croissance démographique de l’Asie du Sud-Est permet en effet toutes les espérances concernant le développement du secteur du transport aérien dans toute la région. Selon les prévisions du Fond monétaire international (FMI), la population de l’Asie du Sud-Est devrait quasiment atteindre les 700 millions d’habitants en 2026, à comparer avec une population européenne de 453 millions sur la même période, mais dont la démographie devrait se contracter dans les prochaines années. 

276 millions de passagers d’ici 2030

Parmi les marchés les plus dynamiques économiquement et démographiquement, le Vietnam a clairement choisi de faire du transport aérien un facteur de développement. Alors que ce secteur redécolle avec des taux de croissance de trafic à deux chiffres, l'Autorité de l’Aviation Civile du Vietnam (CAAV) précise que le trafic aérien dans les aéroports vietnamiens (non encore consolidé) devrait être de 84 millions de passagers en 2025, soit une hausse de 11,4 % par rapport à l’année précédente, avec 1,4 millions de tonnes de cargo, soit une augmentation de 18 %. Cette forte croissance devrait se poursuivre, avec un trafic total de 95 millions de passagers attendu en 2026 (+15 % par rapport à 2025) et un trafic cargo de 1,6 millions de tonnes (+14,2 %). 

Même si le trafic aérien passager a connu une forte chute en 2020 (- 43,5 % par rapport à 2019, où le trafic total vietnamien était de 116 millions de passagers), à cause de l’impact du Covid, la demande sur le moyen et long terme devrait repartir en forte hausse. La dynamique de croissance pré-crise est donc en train de se rétablir, avec l’objectif d'un trafic aérien 2026 qui n’est pas encore tout à fait au niveau pré-crise, mais qui suit à nouveau une forte trajectoire ascendante. Et, selon le ministère vietnamien des Transports, le marché aérien vietnamien pourrait représenter 276 millions de passagers dès 2030. 

Un plan directeur décalé mais toujours très ambitieux

Le nouveau plan de transport de développement aérien approuvé par l’Etat vietnamien, prévoit l’accroissement de fréquences et l’ouverture de plusieurs nouvelles routes internationales vers des marchés clés comme la Russie, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, la Chine, la Corée du Sud, le Japon, la Thaïlande, la Malaisie et l’Australie. Au-delà de l’attractivité elle-même du pays, le trafic est aussi dopé par l’accord de ciel ouvert qui est entré en vigueur en 2016 entre tous les membres de l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est (Asean), regroupant l’Indonésie, la Malaisie, Singapour, la Thaïlande, les Philippines, Brunei, le Vietnam, le Laos, la Birmanie et le Cambodge.

Côté infrastructures, le Vietnam compte actuellement 22 aéroports, dont neuf internationaux et treize nationaux, pour une capacité totale de 106,5 millions de passagers par an. La crise sanitaire n'a pas remis fondamentalement en cause le très ambitieux plan directeur national de développement, qui doit permettre à ce système aéroportuaire d'absorber la croissance du trafic aérien prévue d’ici 2040. Il a tout de même été révisé et a connu un décalage dans sa mise en œuvre. 

Initialement, le pays visait un total de  33 aéroports dès 2030, dont 14 internationaux et 19 nationaux, pour une capacité totale de 276 millions de passagers et un trafic de fret de 4,1 millions de tonnes par an. Finalement, cet objectif de 33 aéroports est renvoyé à 2050. Pour 2030, le pays passera par une étape intermédiaire avec un objectif de 28 aéroports (13 internationaux et 15 domestiques), mais l’objectif de croissance forte du trafic total est maintenu.

Le nouveau méga-hub de Long Thanh

Le vaisseau amiral de ce vaste plan de développement est sans conteste le nouvel aéroport de Ho Chi Minh-Ville, la plateforme de Long Thanh, qui a ouvert ses portes le 19 décembre 2025. Le futur méga hub vietnamien est situé à 40 km à l’est de la ville, contrairement à son aéroport actuel, Tan Son Nhat, beaucoup plus central. La nouvelle plateforme internationale, dont le bâtiment principal reprend la forme traditionnelle d’une fleur de lotus, couvre une superficie totale de plus de 5 580 hectares et s’étend sur six villes du district de Long Thanh. Le chantier doit s’étaler sur trois phases et mobiliser un investissement total de plus de 336,6 billions de dôngs (soit 14,8 Md$). La première phase comporte une première piste, un terminal passagers, des bâtiments connexes, une capacité d’accueil de 25 millions de passagers et une capacité cargo de 1,2 million de tonnes de fret. Au cours de la deuxième phase, une seconde piste et un terminal passager supplémentaire devraient être construits pour recevoir 50 millions de passagers annuels et gérer 1,5 million de tonnes de fret. En troisième phase, l’aéroport devrait atteindre les 100 millions de passagers et 5 millions de tonnes de fret après 2035, avec un total de quatre pistes en activité. 

Dans l’attente du début de la construction et de la montée en charge de Long Thanh, qui doit devenir un véritable hub de niveau international capable de connecter les vols reliant l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Océanie, en passant par le Moyen-Orient, l’Asie du Nord-Est et l’Asie du Sud, la plateforme de Tan Son Nhat doit en effet encore absorber une forte croissance de trafic prévue dans les prochaines années. L’aéroport historique de Ho Chi Minh-Ville a ouvert le 19 avril 2025 son nouveau terminal 3, totalement dédié au trafic domestique, d’une capacité de 20 millions de passagers. La capacité théorique globale  de Tan Son Nhat devrait monter à 50 millions passagers par an, mais la croissance du trafic vietnamien est telle que l’aéroport de Tan Son Nhat avait un trafic effectif déjà bien au-delà de sa capacité théorique de 30 millions de passagers, avant même la mise en service du nouveau terminal 3. L’ouverture de Long Thanh, qui va récupérer progressivement l’ensemble du trafic aérien international, devrait desserrer la pression sur l’aéroport historique de Ho Chi Minh-Ville, saturé depuis déjà plusieurs années. 

Des projets tous azimuts

Au-delà de son développement aéroportuaire dans le Sud, le plan national prévoit une croissance des capacités sur l'ensemble du pays. Au nord, le Vietnam a inauguré le 19 décembre 2025 l’extension du terminal 2 de Noi Bai (l’aéroport principal de Hanoi).  L’ouvrage porte la surface totale au sol à plus de 200 000 m2 et la capacité d’accueil à 15 millions de passagers par an (contre 10 millions auparavant), avec un potentiel de 18 millions. Les infrastructures ont été renforcées, passant de 17 à 30 portes d'embarquement et de 14 à 27 passerelles télescopiques, répondant ainsi à la croissance du transport international. L’aéroport international de Noi Bai pourrait ainsi atteindre une capacité de 60 millions de passagers à l’horizon 2030. Parmi les autres chantiers prévus, citons la réhabilitation de l’aéroport domestique de Na San, la transformation des aéroports domestiques de Cat Bi (près de Haï Phong), Tho Xuan (300 km au sud de Hanoi) et Chu Lai (province de Quang Nam au centre du pays) en plateformes internationales, ainsi que la construction de quatre aéroports domestiques supplémentaires à Lai Chau (frontière nord du pays avec la Chine), Sapa (à l’est de Lai Chau), Quang Tri (au nord de la ville historique de Hué) et Phan Thiêt (sur la côte, à l’est de Ho-Chi-Minh-Ville). A côté de l’Inde, le Vietnam fait donc figure d’un concurrent très solide pour le développement du transport aérien. 



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