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Défense
L'Inde et la Russie négocieraient autour du FGFA © Sukhoï

| Antony Angrand

L'Inde et la Russie négocieraient autour du FGFA

Sans surprise, dans le cadre du contrat de vente des Rafale en Inde, le FGFA revient sur le devant de la scène. Si l'armée de l'air indienne qui fut par le passé une ardente supportrice du chasseur de cinquième génération indo-russe, elle a depuis deux ans fortement malmené le projet. Mais un revirement de situation pourrait bien intervenir.

Mais le FGFA reste bien vivant. Le mois dernier, les négociateurs indiens et russes sont parvenus à un accord majeur, en s'accordant autour du développement du FGFA à un coût réduit de 4 Md$ en Inde. Ce qui permettrait d'ouvrir la porte à la construction de 250 FGFA destinés à remplacer les Sukhoi 30MKI, produits sous licence par Hindustan Aeronautics Limited (HAL).

Depuis 2008, le projet était estimé à un coût de 5,5 Md$ pour chacun des deux pays. L'inflation aidant, le coût actuel est estimé aux alentours des 6 Md$. Les négociateurs de HAL et Sukhoi sont parvenus à un accord, c'est-à-dire réaliser le FGFA pour 4 Md$ étalés sur plus de sept ans.

Au cours de la première année après la signature de l'accord, chacune des parties payerait ainsi 1 Md$, puis 500 M$ au cours des six années suivantes.

Sukhoi fait déjà voler le précurseur du FGFA, le PAK-FA, acronyme de Perspektivny Aviatsionny Kompleks Frontovoy Aviatsii, ou futur système aéronautique de l'aviation du front. Le FGFA n'est autre qu'une version taillée sur mesure du PAK-FA, destinée à l'armée de l'air indienne, avec une cinquantaine de changements par rapport au PAK-FA parmi lesquels figurent des turboréacteurs plus puissants remplaçant les AL-41F1 actuellement montés sur le PAK-FA. 

La proposition de 4 Md$ pour un contrat de recherche et de développement va désormais passer devant un comité du ministère de la défense "de négociation de coût" avant de finir sous les yeux du ministre de la défense, Manohar Parrikar. L'objectif de ce contrat repose sur la construction d'un prototype, capable de débuter ses essais en vol sous trois ans. Au total, onze prototypes devraient être assemblés, soit huit PAK-FA pour les forces aériennes russes et les trois autres, des FGFA, pour l'armée de l'air indienne.

Chaque pays a déjà dépensé 295 M$ dans le cadre d'un contrat d'étude préliminaire, lequel s'est terminé en juin 2013. Le contrat de recherche et développement aurait du immédiatement suivre, mais les forces aériennes indiennes ont fait volte-face : les maréchaux de l'air indiens ont déclaré, au cours d'une rencontre au plus haut niveau, qui s'est tenue à New Delhi, que le FGFA ne serait pas à la hauteur des attentes indiennes.

Selon ce qui a filtré à la suite de cette réunion, les objections des officiers supérieurs indiens se portant contre le FGFA concernaient plusieurs points qualifiés de bloquants, parmi lesquels figurent la volonté russe de ne pas partager les informations relatives à la conception de certains systèmes sensibles de l'appareil, les moteurs inadéquats du FGFA, considérés comme n'étant qu'une optimisation de ceux qui motorisent le Sukhoi-30 MKI et pour terminer le coût de co-développement. A 6 Md$, un trop large pourcentage du budget des forces aériennes indiennes aurait été consacré à ce seul programme.

Le 15 janvier 2014, dans le cadre d'une autre rencontre ministérielle, les officiers supérieurs des forces aériennes indiennes renouvelèrent leur attaque à l'encontre du FGFA, déclarant que le turboréacteur était peu fiable, que le radar était inadéquat, que les caractéristiques de furtivité laissaient à désirer. Dans un courier destiné au ministre de la défense, le commandant en chef adjoint des forces aériennes indiennes pointa vingt-sept objections à l'adoption du FGFA.

Puis au cours d'un volte-face déroutant l'an dernier, les forces aériennes indiennes se proposèrent d'acheter le PAK-FA, plutôt que de participer au développement du FGFA, en dépit des violentes critiques dont les deux appareils avaient fait l'objet par le passé.

La résistance indienne au co-développement du FGFA saborda également une offre russe visant au développement conjoint d'un turboréacteur plus puissant destiné au FGFA. Similairement, après avoir critiqué l'AL-41F1 du PAK-FA -soit les AL-31FP équipant le Su-30MKI avec 25% de poussée supplémentaire- les forces aériennes indiennes se déclaraient prêtes à l'acheter.

Avec le contrat Rafale en toile de fond et la négociation des prix en cours, le développement du FGFA avec des coûts maitrisés pourrait finalement faire revenir le chasseur indo-russe sur le devant de la scène... Affaire à suivre.

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