SpaceX accomplit son 15ème vol Transporter
SpaceX accomplit son 15ème vol Transporter
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publié le 30 novembre 2025 à 13:30

672 mots

SpaceX accomplit son 15ème vol Transporter

Vendredi 30 novembre, SpaceX a réalisé avec succès son 15ème vol à passagers multiple « Transporter », à destination de l’orbite basse héliosynchrone. Le vol comprenait 140 charges utiles. Rentables ou pas, SpaceX profite de ces vols pour conserver son quasi-monopole de l’accès à l’orbite basse.


La fusée Falcon 9 a décollé du site de Vandenberg en Californie à 19h44 heure de Paris, après plusieurs reports. Comme d’habitude, le vol est un succès. Le service Transporter est à cette heure la solution d’accès à l’orbite basse la plus utilisée au monde. Proposé pour l’orbite héliosynchrone (qui passe par les pôles), le service est aujourd’hui complété par des vols équivalents à destination de l’orbite basse à faible inclinaison, nommés Bandwagon.

Un quasi-monopole pour SpaceX

A l’origine de ce type de service, le vol SSO-A en 2018, orchestré avec Spaceflight Inc, société américaine parmi les premières spécialistes dans la gestion des lancements rideshare (partagé). Ces entreprises font désormais office d’intermédiaire entre SpaceX et les opérateurs clients. Face aux retards du développement des autres lanceurs, et à l’échec des promesses des vols low-cost des mini et micro-lanceurs, les opérateurs n’ont pas d’autres choix que de voler avec SpaceX. Les clients sont jeunes, appartenant à la vague du New Space, et disposent d’une faible trésorerie. Transporter est donc l’unique moyen de réduire le temps d’attente, dont les investisseurs sont las.

Ainsi, en une vingtaine de vols rideshare, SpaceX a mis en orbite plus de 1400 petits satellites en orbite ces cinq dernières années, soit 20% de plus que la Chine tout entière sur la même période. Parmi les clients, on retrouve principalement des constellations satellite privée d’observation de la Terre, de communication, d’internet des objets, mais aussi de nombreux prototypes public ou privés, qui profitent de cette opportunité low-cost pour déverrouiller ou démontrer des technologies en conditions réelles. Certains appartiennent à des Etats européens, asiatiques, dépourvus de réels moyens souverains d’accès à l’orbite. On retrouve même des charges utiles financées par la Défense.

Braquage de l’orbite basse

Même si SpaceX continue de monter les prix et demande des extras extravagants, les vols rideshare sont très demandés par un écosystème spatial en pleine expansion. Transporter reste vu comme un modèle low-cost en comparaison des vols du micro-lanceur Electron de Rocket Lab, dont le vol dédié est estimé à 10 M$. Certains opérateurs préfèrent néanmoins cette voie, comme les compagnies japonaises Synspective et IQPS. Dernièrement, BlackSky en a profité pour faire décoller en toute confidentialité son satellite d’observation de dernière génération. Ces vols dédiés sont garants d’un moindre risque d’espionnage industriel, à la différence des vols partagés. Mais cela reste un luxe.

Combien de temps SpaceX espère appliquer son modèle d’accès à l’orbite comme étant la norme ? Même si ces vols sont à perte et dérangent le rythme intense des lancements de la compagnie, leur disponibilité séduisent les investisseurs et les opérateurs, au point qu’ils n’aient plus besoin de lanceur souverain ? De plus en plus d’états ne sont pas d’accord, dans sa stratégie spatiale de défense et via son extraordinaire souscription à l’ESA, l’Allemagne renforce son soutien aux mini-lanceurs nationaux. Même chose en France, en Espagne, en Australie, au Japon, en Corée du Sud, Taïwan, etc.

Nombreux passagers européens à bord de Transporter

Le New Space européen n’a pour le moment aucun ticket souverain vers l’orbite. Les retards d’Ariane 6 et Vega-C les ont rendues inaccessibles et les mini et micro-lanceurs tardent toujours plus à venir. Mais quand on voit le manifeste des vols Transporter, la demande est bien là. On retrouve par exemple à bord de T15 les satellites HydroGNSS de l’ESA, qui feront des mesures précises de l’humidité des sols. On retrouve aussi les premiers satellites de la constellation italienne IRIDE d’observation de la Terre, soutenue par l’ESA.

On retrouve également à bord des habitués, comme la start-up bretonne Unseenlabs et ses cubesats BRO de surveillance du trafic maritime, ou encore des satellites radar-SAR de la société finlandaise ICEYE. Ils ont fait le choix de déployer leur service dès que possible à bord de fusée américaine, sans attendre de trouver une place à bord de fusée européenne. La société toulousaine Kinéis (internet des objets pas satellite) avait déployé toute sa constellation avec Rocket Lab. Ils ont bien fait de ne pas attendre. Mais pendant combien de temps devrons-nous encore faire ce choix cornélien ?

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30/11/2025 13:30
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SpaceX accomplit son 15ème vol Transporter

Vendredi 30 novembre, SpaceX a réalisé avec succès son 15ème vol à passagers multiple « Transporter », à destination de l’orbite basse héliosynchrone. Le vol comprenait 140 charges utiles. Rentables ou pas, SpaceX profite de ces vols pour conserver son quasi-monopole de l’accès à l’orbite basse.

SpaceX accomplit son 15ème vol Transporter
SpaceX accomplit son 15ème vol Transporter

La fusée Falcon 9 a décollé du site de Vandenberg en Californie à 19h44 heure de Paris, après plusieurs reports. Comme d’habitude, le vol est un succès. Le service Transporter est à cette heure la solution d’accès à l’orbite basse la plus utilisée au monde. Proposé pour l’orbite héliosynchrone (qui passe par les pôles), le service est aujourd’hui complété par des vols équivalents à destination de l’orbite basse à faible inclinaison, nommés Bandwagon.

Un quasi-monopole pour SpaceX

A l’origine de ce type de service, le vol SSO-A en 2018, orchestré avec Spaceflight Inc, société américaine parmi les premières spécialistes dans la gestion des lancements rideshare (partagé). Ces entreprises font désormais office d’intermédiaire entre SpaceX et les opérateurs clients. Face aux retards du développement des autres lanceurs, et à l’échec des promesses des vols low-cost des mini et micro-lanceurs, les opérateurs n’ont pas d’autres choix que de voler avec SpaceX. Les clients sont jeunes, appartenant à la vague du New Space, et disposent d’une faible trésorerie. Transporter est donc l’unique moyen de réduire le temps d’attente, dont les investisseurs sont las.

Ainsi, en une vingtaine de vols rideshare, SpaceX a mis en orbite plus de 1400 petits satellites en orbite ces cinq dernières années, soit 20% de plus que la Chine tout entière sur la même période. Parmi les clients, on retrouve principalement des constellations satellite privée d’observation de la Terre, de communication, d’internet des objets, mais aussi de nombreux prototypes public ou privés, qui profitent de cette opportunité low-cost pour déverrouiller ou démontrer des technologies en conditions réelles. Certains appartiennent à des Etats européens, asiatiques, dépourvus de réels moyens souverains d’accès à l’orbite. On retrouve même des charges utiles financées par la Défense.

Braquage de l’orbite basse

Même si SpaceX continue de monter les prix et demande des extras extravagants, les vols rideshare sont très demandés par un écosystème spatial en pleine expansion. Transporter reste vu comme un modèle low-cost en comparaison des vols du micro-lanceur Electron de Rocket Lab, dont le vol dédié est estimé à 10 M$. Certains opérateurs préfèrent néanmoins cette voie, comme les compagnies japonaises Synspective et IQPS. Dernièrement, BlackSky en a profité pour faire décoller en toute confidentialité son satellite d’observation de dernière génération. Ces vols dédiés sont garants d’un moindre risque d’espionnage industriel, à la différence des vols partagés. Mais cela reste un luxe.

Combien de temps SpaceX espère appliquer son modèle d’accès à l’orbite comme étant la norme ? Même si ces vols sont à perte et dérangent le rythme intense des lancements de la compagnie, leur disponibilité séduisent les investisseurs et les opérateurs, au point qu’ils n’aient plus besoin de lanceur souverain ? De plus en plus d’états ne sont pas d’accord, dans sa stratégie spatiale de défense et via son extraordinaire souscription à l’ESA, l’Allemagne renforce son soutien aux mini-lanceurs nationaux. Même chose en France, en Espagne, en Australie, au Japon, en Corée du Sud, Taïwan, etc.

Nombreux passagers européens à bord de Transporter

Le New Space européen n’a pour le moment aucun ticket souverain vers l’orbite. Les retards d’Ariane 6 et Vega-C les ont rendues inaccessibles et les mini et micro-lanceurs tardent toujours plus à venir. Mais quand on voit le manifeste des vols Transporter, la demande est bien là. On retrouve par exemple à bord de T15 les satellites HydroGNSS de l’ESA, qui feront des mesures précises de l’humidité des sols. On retrouve aussi les premiers satellites de la constellation italienne IRIDE d’observation de la Terre, soutenue par l’ESA.

On retrouve également à bord des habitués, comme la start-up bretonne Unseenlabs et ses cubesats BRO de surveillance du trafic maritime, ou encore des satellites radar-SAR de la société finlandaise ICEYE. Ils ont fait le choix de déployer leur service dès que possible à bord de fusée américaine, sans attendre de trouver une place à bord de fusée européenne. La société toulousaine Kinéis (internet des objets pas satellite) avait déployé toute sa constellation avec Rocket Lab. Ils ont bien fait de ne pas attendre. Mais pendant combien de temps devrons-nous encore faire ce choix cornélien ?



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