0
Constructeurs

QATAR AIRWAYS MARCHE DANS LES PAS D'ETIHAD

STRATÉGIE AVEC SA DOUBLE ENTRÉE AU CAPITAL DE MERIDIANA ET DE LATAM, QATAR AIRWAYS EST, COMME ETIHAD, ENGAGÉE DANS UNE VORACE POLITIQUE DE PRISES DE PARTICIPATION QUI RENFORCE UN PEU PLUS LA CONCURRENCE AVEC LES COMPAGNIES EUROPÉENNES TRADITIONNELLE

Le 14 juillet dernier,lors du Salon international aéronautique de Farnborough, la compagnie Qatar Airways annonçait la conclusion d'un accord avec le deuxième transporteur italien Meridiana pour acheter 49 % de son capital. Quelques jours avant,durant le même Salon, le charismatique président de Qatar Airways, Akbar al-Baker annonçait, flanqué d'Enrique Cueto, directeur général de LATAM Airlines, le rachat de 10 % du transporteur,né en 2010 du rapprochement de la compagnie chilienne LAN et de la brésilienne TAM Airlines.

Ces deux rachats de participation annoncés coup sur coup suivent un premier important partenariat stratégique avec IAG (International Airlines Group), le holding regroupant British Airways, Iberia,Vueling et Aer Lingus, conclu le 30 janvier 2015.

PARTENARIAT STRATÉGIQUE AVEC IAG.A cette date, Qatar Airways a racheté 9,99 % du groupe aérien.

C'est par cette entrée au capital d'IAG que la compagnie de Doha a engagé sa politique de prises de participations capitalistiques dans d'autres transporteurs.

Ce choix était logique puisque, deux ans auparavant, en 2013, Qatar Airways avait été la première compagnie du Golfe à intégrer une grande alliance aérienne mondiale,en l'occurrence oneworld, initiée entre autres par British Airways et Iberia.

royAL Air mAroc En LignE dE mirE. En 2016, les liens capitalistiques entre IAG et Qatar Airways se sont encore renforcés. En deux mois de temps, la compagnie de Doha a fait monter sa participation dans le holding aérien à 12 % (avril) puis 15,01 % (mai).Et pour anticiper d'éventuelles difficultés d'IAG liées au Brexit, Qatar Airways a clairement annoncé qu'elle pourrait éventuellement monter à 20 % dans le capital d'IAG,voire 49 %. Rappelons que cette proportion est la participation maximale qu'une compagnie issue d'un Etat hors de l'Union européenne peut prendre dans une compagnie relevant d'un Etat de l'Union européenne.

Si le Brexit va à son terme, le sujet de la participation capitalistique de Qatar Airways pourrait se compliquer puisque IAG chapeauterait alors des compagnies de l'Union européenne (Iberia, Vueling,Aer Lingus) et extérieures à l'Union européenne (British Airways)… Le prochain transporteur à tomber dans l'escarcelle de la compagnie de Doha pourrait être Royal Air Maroc (RAM). Les deux directions sont actuellement en négociations pour une prise de participation non encore définie, qui se situerait entre 25 % et 49 %. Avec ce développement de prises de participation à répétition, Qatar Airways suit les pas d'Etihad Airways qui, la première, a engagé cette politique de développement, notamment en direction des compagnies européennes.

Contrairement à la grande soeur Emirates, qui continue à jouer cavalier seul pour développer son hub de Dubai en continuant à faire croître sa flotte, Etihad a en plus ajouté cette tactique pour croître.

Ce faisant,la compagnie d'Abu Dhabi peut contourner l'éventuelle résistance des pays européens pour élargir les accords de droits de trafic, en mettant en place un réseau de filiales pour ramener du trafic sur son hub, via les partages de codes.

« cHEVAL dE troiE? » La première compagnie qui est entrée dans le « club » Etihad est airberlin, en décembre 2011. En 2012, elle a été rejointe par Air Seychelles, Aer Lingus (rachetée depuis par IAG), et le groupe Virgin Australia.

En 2013, c'est JAT Airways qui a été rachetée, et profondément remaniée avant de renaître sous le nom d'Air Serbia. Une année plus tard, la petite compagnie suisse Darwin Airline a été reprise à hauteur de 33,3 % et rebaptisée dans la foulée Etihad Regional. Le 17 novembre 2014, c'est au tour d'Alitalia d'être passé dans le giron d'Etihad, après le rachat de 49 % de son capital. Cette opération a réellement permis à Alitalia d'être sauvée, grâce à un refinancement qui a relancé la première compagnie italienne après plusieurs années de pertes. Comme le rappelait en 2014 James Hogan, le patron d'Etihad Airways, ce réseau d'alliances capitalistiques permet aussi à la compagnie d'Abu Dhabi d'avoir plus de poids dans les négociations visà-vis des avionneurs Airbus et Boeing, ainsi qu'avec les motoristes.Etihad,comme elle l'a fait avec airberlin, peut aussi mettre en place des politiques d'achats communes ou des délégations commerciales partagées.

Cette stratégie, que Qatar a faite sienne, commence à véritablement exaspérer les grandes compagnies classiques. Certains experts du transport aérien, comme le président d'APG World Connect, Jean-Louis Baroux, n'hésite plus à parler de « cheval DETROIE » pour qualifier la stratégie utilisée par Etihad et maintenant par Qatar Airways.

Pire encore, cette politique crée de fortes dissensions au sein des compagnies européennes. Ces dernières,regroupées au sein de l'AEA (Association des compagnies aériennes européennes) continuent de demander la mise en place de « règles du jeu équitables » pour faire face à la montée en puissance des transporteurs du Golfe.

Les grandes compagnies européennes (Air France-KLM et Lufthansa en tête) pointent toujours l'existence (non encore prouvée) de subventions publiques déloyales versées par leurs Etats respectifs à ces compagnies.

Ces aides pourraient dans certains cas fortement fausser la concurrence.Il est ainsi légitime de s'interroger sur le cas d'Alitalia qui, avant l'arrivée d'Etihad, était percluse de dettes, et qui en avril 2016 s'est portée acquéreur de 49 % de la compagnie Air Malta… Mais la poussée des compagnies du Golfe a aussi entraîné la sortie d'IAG de l'AEA en 2015, suite justement à des désaccords avec les autres membres de l'association vis-à-vis des transporteurs du Golfe.

UNE LIBÉRALisAtion contrôLéE. Une autre association, Airlines For Europe (regroupant Air France-KLM, IAG, Lufthansa, Easyjet et Ryanair), a été créée en janvier 2016, en même temps que l'association E4FC (European for Fair Competition) regroupant des compagnies,mais aussi des syndicats professionnels, ciblant nommément les compagnies du Golfe.

Le dernier acte a été le mandat donné en juin par les 28 membres de l'Union européenne à la Commission européenne pour négocier une libéralisation des services aériens entre l'Europe et les pays du Golfe. Une « libéralisation » qui serait assortie de contreparties à respecter pour les transporteurs du Golfe, sous l'impulsion de la France et de l'Allemagne. Le feuilleton est loin d'être terminé.

Répondre à () :


Captcha

Produits du marketplace

| | Connexion | Inscription