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© SpaceX
01/04/2019 10:25 | Par Boris Pati

La capsule de SpaceX emportera un touriste vers l’ISS dès 2020

[Poisson d'avril] SpaceX a révélé qu’un entrepreneur de la Silicon Valley avait posé une option pour un vol à bord de sa cabine Crew Dragon à destination de la Station spatiale internationale. L’aval de la NASA reste à obtenir.

Si la décennie 2010 a vu l’arrivée de nouveaux acteurs privés sur le marché du spatial, au point de bouleverser les entreprises étatiques qui dominaient jusque-là le marché des lanceurs et des services, la décennie 2020 pourrait être celle de la concrétisation d’un vieux rêve : l’ouverture du spatial au public.

Les candidats les plus prometteurs sont déjà connus. Le 22 février dernier, Virgin Galactic a réussi à atteindre une altitude de 89,9 km avec une passagère, Beth Moses, instructrice en chef des astronautes de l’entreprise de Sir Richard Branson.

Un succès indéniable, même s’il reste à trancher sur la question de la limite de l’espace. La limite de Karman est en effet fixée arbitrairement à 100 km d’altitude, même si les débats les plus récents montrent qu’une altitude de 80 km est plus raisonnable, auquel cas Virgin Galactic serait en effet capable de faire officiellement de ses passagers des astronautes.

Également en suborbital, Blue Origin ne s’embarrasse pas de ces considérations puisque la capsule de son New Shepard atteint allégrement l’altitude fatidique. Elle comptabilise pour le moment dix vols d’essais inhabités réussis et les vols avec passagers ne devraient plus tarder.

Quant à SpaceX, on ne l’attendait pas avant la fin de la décennie avec un hypothétique vol autour de la Lune du Japonais Yusaku Maezawa, à bord de son Starship qui reste encore à construire.

Un graphique d’équilibrage inattendu.

Sauf que comme souvent, la firme d’Elon Musk ne fait rien comme tout le monde et sait surprendre des adversaires qui la pensaient hors de leur course. Le 29 mars, au Symposium pour les Sciences Orbitales (OSS) de Sydney, April Fisher, la co-responsable du service d’aérothermodynamique hypersonique de SpaceX, présentait les résultats préliminaires de la mission inaugurale de la capsule Crew Dragon, intervenue entre le 2 et le 8 mars. Une présentation sur de jolies diapositives Power Point, mais sans grand intérêt puisque l’essentiel était déjà connu… jusqu’à ce qu’entre deux considérations sur la dynamique oscillatoire des modes propres du lanceur, Fisher dévoile un graphique d’équilibrage de la capsule.

Sur ce document, on voit que du fait du ballotement des ergols lors de l’ascension, le centre d’inertie de la capsule est légèrement désaxé par rapport au centre de poussée du lanceur, ce qui induit un angle de braquage non nominal des moteurs et surtout un risque de déséquilibrage à Max Q (moment maximal des efforts aérodynamiques sur le lanceur). « Ce genre de constat ne peut être fait sur des simulations numériques », a commenté Ficher, « raison pour laquelle nous avons fait ce vol d’essais ». Avec un braquage supplémentaire moyen de 0,3 degrés, la consommation totale du lanceur augmente de 170 kg d’ergols environ, ce qui reste sous les marges de sécurité prévues dans le design de la Falcon 9. Mais une fois les astronautes installés à bord, le braquage supplémentaire pourrait atteindre 0,6 degrés pour une consommation supplémentaire de 360 kg d’ergols, ce qui pose cette fois un sérieux problème. Comme souvent, la solution proposée par SpaceX est pour le moins surprenante.

Deux choix.

« Nous avions deux choix, explique Fisher : soit on garde le design actuel et on augmente la taille des réservoirs, ce qui implique de revoir toute l’architecture du lanceur, soit on revoit l’équilibrage de la capsule, en ajoutant une masse d’environ 120 kg au niveau de la trappe qui permet l’accès au sas d’arrimage à l’ISS. Or, c’est précisément la masse d’un adulte équipé d’une de nos combinaisons de vols. Plutôt que de mettre du cargo, qui ne rapporterait pas grand-chose, nous avons pensé à installer un passager supplémentaire ».

La capsule étant déjà bien remplie, il n’y aura cependant pas la place d’ajouter un vrai siège à l’intérieur de l’habitacle pressurisé. « Le passager sera assis sur un strapontin fixé directement sur la trappe et qui se repliera pour permettre l’ouverture de celle-ci, précise Ficher. Il ne sera pas équipé d’un harnais, l’accélération au décollage et à la rentrée atmosphérique suffisant à le maintenir sur son assise ».

Aucun schéma du système n’était inclus dans la présentation mais, lors des questions, April Fisher a confirmé que le système était déjà en cours de fabrication et serait testé lors du prochain vol de Crew Dragon, qui devrait être un test du système d’éjection de la capsule en cours d’ascension. Si tout se passe bien, un mannequin, sans doute le Ripley déjà utilisé lors du premier vol de Crew Dragon, embarquera avec les astronautes commerciaux Doug Hurley, Bob Benhken et John-Kevin Whale pour le premier vol habité fin 2019 ou début 2020, avant de laisser place à des passagers payants. Le premier, un entrepreneur californien qui a demandé à rester anonyme, pourrait partir dès 2020 pour un séjour d’un mois à bord de l’ISS. Il pourrait d’agir de Benoit le Poirson, un Canadien d’origine qui a fait fortune en fondant la chaine de restauration Sushi Shop.

Deux touristes par an ?

« L’idée est de profiter de la rotation des équipages, conclut Fisher, qui se fait en deux vols et à un mois d’intervalle, pour y glisser un passager. Ceci permettrait donc à deux personnes d’aller dans l’ISS chaque année ». Nous sommes encore loin du tourisme de masse mais c’est déjà une bonne initiative, qui complètera avantageusement les offres de Virgin Galactic et Blue Origin. Le dernier touriste de l’ISS et fondateur du Cirque du Soleil, Guy Laliberté, avait en effet décollé il y a presque 10 ans, le 30 octobre 2009, à bord de Soyouz TMA-16. A ce jour, seuls sept passagers privés ont séjourné dans l’espace.

[C'était l'un des trois poissons d'avril Espace 2019, merci à TB pour sa complicité]

SpaceX a refusé de commenter le prix déboursé par son premier client mais, d’après une source bien placée dans l’entreprise, il aurait versé un acompte d’un million de dollars, sur un prix total qui pourrait atteindre 30 millions de dollars, soit la moitié du prix de lancement d’une Falcon 9.

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