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Espace
Allô Mars ? Ici la Terre... © NASA/JPL-Caltech/University of Arizona

| Gilles Dawidowicz

Allô Mars ? Ici la Terre...

La Nasa est toujours sans nouvelle du rover Opportunity (MER B). En perdition depuis le 10 juin dernier, l’engin ne répond toujours pas aux ordres de la Terre.

Il faut bien que tout ce qui a commencé finisse un jour. C'est la dure loi du temps qui s'écoule et n'épargne rien ni personne, nulle part. Pas même les robots sur Mars. Et c’est une fin de mission (non officiellement déclarée encore, mais très probable tout de même) remarquable que celle d’Opportunity (MER B). Un engin initialement conçu pour opérer sur Mars durant 90 jours sur quelques centaines de mètres tout au plus, et qui aura duré plus de 14 ans (5111 sols), parcouru près de 46 kilomètres, fait des milliers de mesures et pris 228 771 photographies de la surface d’une région martienne exceptionnelle : Terra Meridiani.

Souvenez-vous, c’était le 25 janvier 2004 au petit matin. A peine remis de l’arrivée en direct de son jumeau Spirit (MER A) au sein du cratère Gusev le 4 du même mois, nous vivions à nouveau en direct un moment magique. Opportunity se posait dans un magnifique petit cratère d’impact de 22 mètres de diamètre baptisé Eagle, au milieu d’une plaine au paysage totalement inédit, très différent de ceux découverts par les Viking landers et par Sojourner…

Bref, il aura fallu une tempête de poussière globale d’une exceptionnelle intensité pour en venir à bout. La poussière soulevée par les vents aura été fatale à l’engin équipé de panneaux solaires ainsi obscurcis et devenus inefficaces. Les batteries, non alimentées et refroidies n’auront pas tenue le coup malgré des petites pastilles radioactives pour les réchauffer. Curieusement d’ailleurs, car les températures nocturnes et diurnes ne furent pas si extrêmes durant cette tempête de poussière, qui a paradoxalement tempérée l’atmosphère. Un mini et temporaire effet de serre en somme…

 

Trois modes de sécurité.

Mais finalement, nous en savons que très peu sur l‘origine exacte de ce silence. D’habitude, lorsque Opportunity rencontre un problème, il sait entrer dans des « modes de sécurité », où il prend automatiquement des mesures pour maintenir son bon fonctionnement. Il en existe trois principaux :

1/ pour une faible puissance, ce mode entraîne l'hibernation du rover en supposant qu'il se réveille à un moment où la lumière du soleil le permettra et qu’elle aura rechargé les batteries. Les ingénieurs du JPL pensent que le rover est tombé en panne par manque de courant électrique, peu après avoir cessé de communiquer le 10 juin dernier

2/ pour une panne de l’horloge de bord, qui est un élément critique pour le fonctionnement du rover. Si le rover ne connaît pas l’heure qu’il est, il ne sait pas quand il doit essayer de communiquer avec la Terre. Le rover peut utiliser des indices environnementaux, comme une augmentation de la lumière du soleil pour faire des hypothèses sur l’heure locale et tenter à nouveau de communiquer

3/ pour une perte de « com », qui peut se produire lorsque le rover n'a pas reçu d’informations de la Terre depuis longtemps. Dans ce cas, l’engin reçoit un avertissement indiquant que son équipement de communication peut ne pas fonctionner normalement. Dans ce cas, il vérifie l’équipement et essaie différentes manières de communiquer avec la Terre.

 

Dans l’œil de MRO.

Quoiqu’il en soit, le JPL tentera encore quelques semaines de réveiller sa machine. En attendant, c’est depuis l’orbite proche que l’on observe Opportunity, figé à jamais, dans un silence épouvantable. Grâce à la sonde MRO, juchée à 267 km d’altitude, et à son télescope super puissant HiRISE, nous contemplons une image haute résolution de la zone. Oh, Opportunity n’a pas disparu dans les poussières martiennes, le fier rover est toujours là : c’est le petit point blanc stationné sur les pentes de Perseverance Valley. Mais il reste silencieux, et a décidé d’hiberner peut-être pour toujours, après une aventure exceptionnelle et une riche moisson scientifique. Un repos bien mérité en somme.

 

Gilles Dawidowicz est géographe, président de la commission de Planétologie de la Société astronomique de France.

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