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Défense
Vers un transfert d'avions de combat occidentaux à l'Ukraine ?
Vers un transfert d'avions de combat occidentaux à l'Ukraine ?
© Dave_S, Wikimedia Commons

| Dorian de Schaepmeester 799 mots

Vers un transfert d'avions de combat occidentaux à l'Ukraine ?

Alors que les équipements occidentaux continuent d'affluer en Ukraine, un haut-gradé de l'armée de l'air américaine évoquait la possibilité d'équiper les forces aériennes ukrainiennes sur le long terme. Une déclaration synonyme d'un possible changement de ton au sommet de l'État américain, qui s'opposait frontalement au transfert d'avions de combat à l'Ukraine quelques mois auparavant.

Bâtir le futur de l'armée de l'air ukrainienne

Les États-Unis s'opposaient jusqu'à aujourd'hui à doter l'Ukraine d'avions de combat : cela pourrait changer. Lors d'un forum consacré à la défense organisé à Aspen, aux États-Unis, l'un des haut-gradés de l'U.S. Air Force indiquait une inflexion du gouvernement de Joe Biden sur le sujet. Le Général Charles "CQ" Brown, chef d'État-major de l'armée de l'air américaine, expliquait à l'agence de presse Reuters que l'État américain envisageait entraîner les forces aériennes de l'Ukraine, afin d'assurer une base pérenne et solide pour l'armée ukrainienne. 

En parallèle, le Général Brown pointait l'importance de renouveler la flotte aérienne ukrainienne, presque cinq mois jour pour jour après le début de l'invasion russe. "Il est nécessaire d'établir un plan à long-terme pour que l'Ukraine (re)bâtisse son armée de l'air. Les futurs appareils aériens ne seront probablement pas russes ou soviétiques. Plusieurs plateformes pourront être transmises à l'Ukraine : je pense à des appareils américains, mais aussi au Gripen suédois, à l'Eurofighter ou encore au Rafale", détaillait Brown. 

Lors du forum, une question est régulièrement revenue : la potentielle livraison d'A-10 Warthog à l'armée ukrainienne. Le Secrétaire d'État de l'Armée de l'air, Frank Kendall, balayait alors l'hypothèse d'une dotation imminente de ces appareils d'appui aérien rapproché, sans toutefois fermer la porte à un accord ultérieur. "Cela dépendra des volontés de l'Ukraine. Il y a de nombreuses possibilités concernant le transfert de certains aéronefs américains. L'Ukraine doit déterminer ce qu'elle souhaite dans le futur et nous serons à la table des discussions pour essayer de satisfaire les attentes", précisait alors Kendall. 

Un A-10 Warthog au-dessus de l'Afghanistan lors de l'opération "Enduring Freedom", en 2011.
Un A-10 Warthog au-dessus de l'Afghanistan lors de l'opération "Enduring Freedom", en 2011. © William Greer, USAF
Un A-10 Warthog au-dessus de l'Afghanistan lors de l'opération "Enduring Freedom", en 2011.

L'espace aérien ukrainien reste contesté 

Malgré les propositions américaines d'un éventuel transfert d'avions A-10 Warthog, le Ministère de la Défense ukrainien notait que l'âge et la lenteur des A-10 ne permettrait pas à l'armée de détruire des cibles russes rapidement et efficacement. Selon le journal Air Force Magazine, l'un des conseillers du ministre de la Défense, Yuriy Sak, insistait sur la nécessité d'acquérir des "chasseurs et avions de combats élevés au standard européens". Le gouvernement de Kyiv évoquait l'achat de chasseurs de quatrième génération F-15 et plus particulièrement de F-16, dont les spécificités permettraient aux pilotes d'assurer plus efficacement la sécurité de l'espace aérien face aux appareils russes. 

Au début de la guerre, le 24 février, l'Ukraine possédait plusieurs dizaines d'avions de chasse opérationnels : 65 MiG-29, 26 Su-27, 31 Su-25 et 12 Su-24. Mis en service à la fin des années 1970 et durant la première partie des années 1980, ces appareils soviétiques vieillissants ne permettent pas à Kyiv de mener une lutte optimale face aux chasseurs et systèmes anti-aérien russes S-400. L'armée russe a engagé de nombreux appareils pour s'assurer la suprématie aérienne au-dessus de l'Ukraine, possédant plus de 300 Su-27, une centaine de Su-30, 260 MiG-29 et 250 MiG-31. De plus, la Russie possède une trentaine de chasseurs de génération dite "4.5" MiG-35, dont les capacités s'avèrent supérieures à celles des avions de quatrième génération. 

Un F-16CJ de l'U.S. Air Force en vol, photographié en 2007.
Un F-16CJ de l'U.S. Air Force en vol, photographié en 2007. © Sarayuth Pinthong, USAF
Un F-16CJ de l'U.S. Air Force en vol, photographié en 2007.

La Russie clame contrôler l'espace aérien depuis le début du mois de mars 2022 en ayant détruit l'intégralité de flotte d'avions de combat de Kyiv, mais l'Ukraine conteste cette assertion, le Ministère de la Défense ayant annoncé la destruction de plus de 200 chasseurs russes au cours de ces derniers mois. La donation de F-16 par les États-Unis signifierait un gain technologique pour l'Ukraine,  le Ministère de la Défense ukrainien arguant de la supériorité technologique des systèmes occidentaux face aux dispositifs soviétiques. Les pilotes pourraient alors frapper des cibles en profondeur en réduisant les risques de destruction par les missiles sol-air tirés par les systèmes S-400 russes. En service dans près de 25 pays, le F-16 est un avion multirôles avec un rayon d'action de 550 km, capable d'atteindre une vitesse de 2 170 km/h (Mach 2.04) et une altitude maximale de 15 200 mètres. L'avion de Lockheed peut emporter divers missiles, de l'AIM-7 Sparrow à l'AGM HARM en passant par des bombes à guidage laser. Équipé d'un canon M61 Vulcain de calibre 20 mm, le F-16 peut recourir à des combats aériens contre d'autres aéronefs (dogfight).

Si les discussions concernant la livraison d'avions occidentaux à l'Ukraine ont débuté, les États-Unis jouent la tempérance. Le 9 mars 2022, Washington rejetait la proposition du gouvernement polonais de livrer des chasseurs MiG-29 via une base aérienne américaine. Le transfert d'avions manufacturés en Amérique du Nord paraît alors lointain, malgré les aspirations du Ministère de la Défense ukrainien à obtenir les F-16 tant convoités. Lors de son entretien auprès d'Air Force Magazine, Yuriy Sak persistait à souligner l'importance d'une telle livraison : "Les F-16 sont le symbole de la puissance aérienne. Notre gouvernement espère pouvoir en équiper l'armée pour démontrer au reste du monde que l'Ukraine possède des forces aériennes capables de protéger ses citoyens ainsi que le reste de l'Europe".  


Répondre à () :

| 26/07/2022 12:38

Et pendant ce temps là, Dassault n’a aucune intention d’augmenter sa capacité de produire des Rafale.... ou de rendre public son "projet B". Triste.

Deck | 08/08/2022 11:35

De 5e génération le MiG-35 ?

Dorian de Schaepmeester | 09/08/2022 16:35

Une étourderie promptement corrigée pour laquelle son auteur s'excuse platement !

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