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Rencontre avec André-Hubert Roussel, président exécutif d’ArianeGroup © AJPAE

| Pierre-François Mouriaux

Rencontre avec André-Hubert Roussel, président exécutif d’ArianeGroup

Moins d’un an après sa nomination et surtout à la veille d’échéances politiques et techniques cruciales pour l’avenir des lanceurs spatiaux européens, le patron de l’architecte industriel d’Ariane 6 a rencontré la presse spécialisée.

La rencontre avec André-Hubert Roussel, président exécutif d’ArianeGroup, organisée le 15 novembre à Paris par l’Association des journalistes de l’aéronautique et de l’espace (AJPAE), est intervenue après une année 2019 riche en jalons majeurs pour le développement du prochain lanceur lourd européen Ariane 6, et à deux semaines de la réunion ministérielle de l’Agence spatiale européenne, Space19+, qui se tiendra les 27-28 novembre à Séville (Espagne).

 

Contexte particulier.

La préparation de ce rendez-vous crucial pour l’avenir des lanceurs spatiaux européens, dans un contexte de concurrence internationale difficile, « a été menée par main de maître par l’ESA », considère André-Hubert Roussel, qui note par ailleursque l’annonce du retour des Américains sur la Lune a généré beaucoup de travaux avec l’ESA, et se félicite du regain d’intérêt pour l’exploration dans le grand public.

Selon l’industriel, plus que jamais, l’espace s’impose aujourd’hui comme un enjeu majeur pour l’économie, la science, la technologie, l’innovation et la défense, à l’image de la création de la Space Force aux Etats-Unis, et du Commandement de l’espace en France.

Et de se féliciter que l’Europe fasse preuve d’ambition dans ce domaine, avec un nouveau règlement, un budget spatial pluriannuel pour la période 2021-2027 a priori conséquent, et une nouvelle commission au portefeuille plus large, intégrant l’espace et la défense.

 

Ariane 6 avance.

« L’année 2019 a été riche en événements et en progrès dans le développement d’Ariane, et elle n’est pas terminée », a déclaré André-Hubert Roussel, qui a rappelé les enjeux de polyvalence et de coûts d’un programme décidé en 2014 et confirmé en 2016, et « qui répond à tous ses enjeux. »

Côté propulsion, les développements s’achèvent, avec la qualification du moteur de l’étage principal Vulcain 2.1 (version « considérablement évoluée » du moteur de l’étage principal d’Ariane 5, avec notamment l’introduction de technologies d’impression 3D), la mise au point du moteur de l’étage supérieur Vinci (qui apporte le volet de polyvalence, avec une capacité de réallumage) et un dernier essai à mener début 2020 des propulseurs d’appoint à propergol liquides P120C (développés avec Avio, et qui doivent également équiper le premier étage du futur Vega C).

D’autre part, un certain nombre de revues de systèmes du lanceur ont été réalisées et un certain nombre de points d’étage ont été passés avec succès en 2019, avant deux essais critiques programmés au premier semestre 2020 : le test à feu de l’étage supérieur sur les installations dédiées du DLR à Lampoldshausen, et les tests combinés à Kourou sur le pas de tir ELA 4 (avec un lanceur fonctionnel, à part les propulseurs d’appoint, factices)

Ainsi, le lancement inaugural est toujours fixé à la fin de l’année prochaine (avec un lot de satellites commerciaux pour la constellation OneWeb), et l’objectif de réduction des coûts de 50 % est annoncé pour 2023, en peine capacité opérationnelle du lanceur.

Et par ailleurs, la production des 14 premiers modèles de vols d’Ariane 6 (pour la période 2021-2023) a été lancée cette année, grâce aux garanties des Etats membres de l’ESA sur les vols institutionnels pendant la période de transition avec le lanceur Ariane 5 – un engagement également pris par l’Union européenne et le gouvernement allemand. André-Hubert Roussel se réjouit de l’adoption de cette préférence européenne, qui devrait permettre de garantir 5 lancements institutionnels par an sur cette période de transition.

 

Les espoirs de la conférence Space19+.

Selon André-Hubert Roussel, ArianeGroup « est parfaitement aligné avec l’ESA » au sujet du grand rendez-vous de Séville à la fin du moins, « préparé de façon extrêmement structurée par l’ESA ».

Une enveloppe de près de 2,7 Md€ va être proposée pour le transport spatial, y compris pour la rénovation du Centre spatial guyanais, qui n’a pas connu de remise à niveau majeure depuis les débuts du programme Ariane 5 (premier vol en juin 1996).

Un peu plus de la moitié de cette enveloppe est consacrée au soutien de la filière Ariane, à savoir le retrait d’Ariane 5 (qui entraîne une diminution des cadences et le démantèlement de l’outil industriel), la montée en puissance d’Ariane 6 jusqu’en 2023, l’engagement de développements complémentaires, et la préparation du futur.

Celle-ci se traduit par le développement de trois projets phares : le moteur méthane-oxygène liquides à bas coût Prometheus (1 000 kN de poussée), de nouveaux matériaux composites pour les réservoirs de l’étage supérieur (projet Icarus), et le démonstrateur d’étage réutilisable Themis (équipé du moteur Prometheus).

Ces études permettront notamment, en 2022, de décider soit de faire évoluer Ariane 6, soit d’engager le développement d’un nouveau lanceur.

En attendant, « avec Ariane 6, l’Europe est dotée du lanceur qu’il lui faut, adapté à toutes les missions possibles », considère le président exécutif d’ArianeGroup. Mais, s’il constate que la nouvelle gouvernance européenne a permis d’améliorer certains fonctionnements, il reconnait que l’échéance entre deux réunions ministérielles reste encore bien longue pour pouvoir réagir au plus vite face à l’évolution du marché des lanceurs.

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