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Défense

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Le système de drones tactiques : quels enjeux pour l'armée de Terre ?

CHEF D'ESCADRON PHILIPPE MOULIER, ÉTAT-MAJOR DES ARMÉES/COMMANDEMENT INTERARMÉES DE L'ESPACE, OFFICIER DE LIAISON AU CENTRE DE PLANIFICATION ET DE CONDUITE DES OPÉRATIONS.

Utilisant des drones tactiques depuis plus de cinquante ans,l'armée deTerre renouvellera bientôt son équipement. Le système de drone tactique (SDT) - c'est le Patroller de Sagem qui a finalement été choisi - arrivera au 61e régiment d'artillerie d'ici 2019.Cependant, ce renouvellement constitue une rupture, tant le SDT va offrir des capacités supérieures à celles de son prédécesseur,le SDTi.A tel point que la réalisation du plein potentiel opérationnel du SDT passe sans doute par l'identification, dès à présent, des enjeux de son évolution ultérieure.

Ce que le SDT va offrir d'emblée, c'est d'abord un bond capacitaire spectaculaire sur le plan quantitatif, en termes d'heures de vol :la plateforme du SDT, endurante et robuste,sera facilement réutilisable, davantage disponible pour les opérations. La mise en oeuvre depuis une piste, stressant moins les équipements qu'un catapultage, permettra de mieux maîtriser le coût du maintien en conditions opérationnelles. Il est raisonnable d'espérer une augmentation de facteur 10 de l'emploi des drones tactiques.

RUPTURE CAPACITAIRE. Dans le domaine qualitatif, le gain capacitaire sera probablement plus important encore. La complémentarité des deux charges utiles du SDT est un facteur déterminant de son efficacité opérationnelle. La seconde charge utile - radar et MTI - est en effet destinée à détecter en champ large pour trouver la botte de foin où aller ensuite chercher l'aiguille avec la charge utile optronique, apparemment de grande qualité. L'intégration numérisée du SDT dans les opérations aéroterrestres, grâce aux interfaces avec les systèmes d'information des autres fonctions est encore un gage de la fécondité opérationnelle de son emploi dans le combat en réseau.

Ces acquis précieux provoqueront sans conteste une rupture dont on ne peut que se féliciter. Pour autant, le potentiel du SDT restera sûrement à explorer audelà de cette première étape. 14 drones supplémentaires sont pour l'heure envisagés pour la prochaine Loi de programmation militaire. Mais les adaptations qui seront exigées par la rapidité des évolutions techniques et opérationnelles doivent être identifiées plus précisément dès aujourd'hui, pour être réalisées à temps.

ENJEUX. Au-delà d'un premier impératif calendaire - le SDT doit être opérationnel en 2020, pour remplacer un SDTi obsolescent -, l'enjeu le plus déterminant se rapportera à l'exploitation des opportunités offertes par la plateforme du SDT : sa capacité d'emport et son architecture ouverte permettent en effet d'envisager une adaptation de ses charges utiles.La réflexion doit ici être guidée par la recherche de l'efficacité opérationnelle :la meilleure performance possible de la charge utile radar devra être recherchée - demain comme aujourd'hui,d'ailleurs ; la modularité de la seconde charge utile du SDT, radar ou Roem,sera à terme une nécessité pour adapter le capteur à la menace, selon qu'il s'agira de localiser ses émissions ou ses mouvements ; par ailleurs, il n'est pas fait mystère de la possibilité d'armer le Patroller, il appartient donc à l'armée deTerre d'évaluer l'opportunité de cette option. La possibilité d'embarquer une personne à bord de la plateforme sera également un sujet à aborder avec un esprit d'innovation.

Un autre enjeu porte sur le nombre de stations de contrôle qu'il conviendra d'acquérir.Chacun des deux systèmes acquis - sans compter le système de formation - comptera d'abord deux stations. Cependant, le SDT nécessite une piste potentiellement éloignée des zones d'opérations. Le nombre de stations de contrôle qu'il faudra être capable de déployer pourrait être revu à la hausse pour assurer les liaisons.

Enfin,une meilleure intégration de l'emploi du SDT à la manoeuvre interarmes appellera sans doute des développements innovants, comme l'ajout, par exemple,d'une fonction de commande des charges utiles, voire du drone, depuis les terminaux de visualisation au sol pour permettre aux troupes au sol d'orienter la recherche en temps réel. Autant de défis opérationnels pour l'armée de Terre, et pour le 61e régiment d'artillerie :revue complète de ses effectifs et des compétences, nouvelle dimension dans la manoeuvre interarmes et dans le renseignement. Ces enjeux ne doivent pas être éludés, ni leur étude reportée :les choix qu'ils appellent seront cruciaux pour faire de nos drones tactiques une contribution décisive aux succès de l'armée deTerre dans nos engagements futurs. ¦ « Quels drones pour quels usages à l'horizon 2020 ? » L'armée deTerre organise un colloque, le mercredi 18 mai 2016, sur le thème des drones.

Des experts civils et militaires se réuniront autour de quatre tables rondes (besoins opérationnels, conséquences éthiques et sociétales, industrie, perspectives internationales) à l'amphithéâtre de Bourcet à l'Ecole militaire. Inscrivez-vous par mail à : inscription.irsem@defense.gouv.fr

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