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Le New Space, un phénomène typiquement américain
Le New Space, un phénomène typiquement américain
© Planet

| Pierre-François Mouriaux

Le New Space, un phénomène typiquement américain

A l’heure où de nombreux politiques européens en vantent les mérites, le directeur de la Fondation pour la recherche stratégique est revenu sur les origines et les spécificités du New Space.

Un sujet déjà ancien

Xavier Pasco, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), spécialiste de la politique spatiale américaine et auteur du livre Le nouvel âge spatial – De la Guerre froide au New Space (CNRS Editions, 2017), était invité le 26 mars par la Commission Astronautique de l’Aéro-Club de France et de l’Association Grands Projets 21, pour une conférence virtuelle sur le New Space.

Le sujet est souvent présenté comme une rencontre entre de nouveaux processus technologiques (industrialisation de la construction des satellites, récupération des lanceurs…) et de nouveaux modes d’industrialisation et d’exploitation commerciale, avec des méthodes qui viennent de l’extérieur du spatial, créant une nouvelle dynamique industrielle (le « spin-in »).

Pour le chercheur, c’est un sujet « polymorphe », déjà ancien, qui évolue au quotidien, et est surtout particulièrement propre aux Etats-Unis.

Son origine remonte à la jonction organisée entre les secteurs du spatial et de l’information.

 

Au commencement...

Fils de la Guerre froide et du nucléaire, le spatial apparaît au départ comme un secteur régalien, et reste extrêmement gouvernemental aujourd’hui.

Dès 1954, les Américains avaient imaginé l’utilisation de satellites de reconnaissance pour évaluer la menace des missiles soviétiques, en dénombrant les sites de lancement réels – ce sera le programme Corona, démarré en juin 1959.

Dès lors, le complexe militaro-industriel s’est développé dans le cadre de cette relation bi-polaire, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Urss, avec une énorme quantité de satellites stratégiques lancés des deux côtés : la dissuasion mutuelle a justifié les investissements massifs au départ, structuré le secteur spatial, et lui a assuré une certaine stabilité… jusqu’à la fin des années 1990.

L’équilibre géopolitique mondial se retrouvait alors totalement modifié, avec l’effondrement de l’Urss et l’éclatement de la Guerre du Golfe, qui marquaient la disparition du principe régulateur bipolaire et l’apparition de nouveaux conflits régionaux.

Avec l’apparition de nouveaux ennemis, surgissait le besoin de nouvelles capacités d’observation et de renseignement, tandis que s’installait la société de l’information.

 

Déverrouillage de la résolution

L’administration Clinton a alors posé un premier jalon du New Space, autorisant la commercialisation des images satellitaires à haute résolution (jusqu’à 48 cm).

Une myriade de startups sont alors apparues (dont la plupart ont ensuite été englobées par Digital Globe), les premiers acheteurs du marché restant les administrations gouvernementales.

Et, tandis que le business se développait grâce aux subsides de l’Etat, l’ouverture au secteur privé (et l’arrivée de nombreux acteurs de la Silicon Valley, dont plusieurs incubés par le centre Ames de la Nasa) a permis le transfert de nouvelles méthodes et l’adoption d’une philosophie de réduction des coûts : miniaturisation, utilisation de technologies disponibles sur étagère, innovation, lancements par grappes, fiabilité compensée par la quantité, dégradation de la qualité de résolution mais augmentation de la revisite…

Place alors au traitement de la donnée (data analytics), concrétisation du mariage entre le secteur spatial et le monde de l’information.

 

CQFD

Aujourd’hui, Xavier Pasco observe deux tendances : d’une part le rapprochement du New Space avec les efforts militaires, et d’autre part une vision décalée du spatial, qui apparaît comme désormais banalisé.

Le spatial devient une composante de l’infrastructure globale, ce qui lui permet d’intégrer son business de manière plus fluide, à l’image du récent accord entre Microsoft et SpaceX pour que la constellation Starlink assure le lien entre les terminaux du cloud Microsoft Azure.

En tout cas, même si la Chine semble encourager à son tour le secteur privé ou si des initiatives se multiplient au Royaume-Uni, le New Space reste un phénomène très américain, de par son histoire et les volumes en présence.

Ainsi, d’après le cabinet américain Bryce Tech, quelques 21,8 Md$ auraient été injectés dans plus de 220 startups entre 2000 et 2019 ; les investissements seraient à 80 % américains et à 26% californiens (la Californie abriterait la moitié des 382 investisseurs américains).

A l’heure où de nombreux politiques européens en vantent les mérites, c’est également la démonstration que le New Space ne peut s’appliquer à l’Europe sans de nécessaires adaptations.

 

La conférence de Xavier Pasco est accessible à l’adresse www.youtube.com/watch?v=ObcNnC6h2rc&t=2902s

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