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Ukraine
Le Ministère des Armées recherche deux munitions rôdeuses
Le Ministère des Armées recherche deux munitions rôdeuses
© AeroVironment

| Gaétan Powis 593 mots

Le Ministère des Armées recherche deux munitions rôdeuses

L'Agence de l'innovation de défense et la Direction générale de l'armement ont publié deux appels à projets concernant des drones tactiques et de contact. Ils visent à équiper les Forces terrestres de munitions rôdeuses afin d'accompagner et de soutenir l'action des troupes au contact de l'ennemi.

Des drones indispensables

Les munitions rôdeuses sont très rapidement devenues des matériels indispensables dans le cadre d'un conflit de haute intensité. L’Azerbaïdjan s'était équipé de munitions rôdeuses Harop, Orbiter et Skystriker israélien. Or, durant la seconde guerre du Haut-Karabagh (2020), ces munitions se sont révélées comme très efficaces contre des cibles stratégiques. Elles ont aussi prouvé leur utilité dans le cadre de missions de suppression des défenses aériennes ennemies (SEAD). Ces systèmes ont par exemple détruits des lanceurs du système anti-aérien longue portée S-300 ou des chars de combat T-72 arméniens.

De nos jours, la guerre en Ukraine remontre encore une fois l'importance des petits drones armés (article sur l'unité Aerorozvidka) mais aussi des drones kamikazes, utilisés par les Ukrainiens en soutien à leurs forces au contact des Russes (article sur la première utilisation du Switchblade et du Brimstone en Ukraine).

Grâce au lancement de ces deux appels à projets, les troupes françaises disposeront d'un appui devenu essentiel aux fantassins engagés dans une conflit de haute intensité.

Projet Larinae

Il s'agit d'un système à bas coût de neutralisation de cibles à longue élongation. Le ou les projets retenus seront contractualisés pour une durée de 24 mois.

Les caractéristiques principalement attendues sont les suivantes :

  • Capable de neutraliser un véhicule blindé immobile
  • Précision de ciblage métrique
  • Endurance d'une heure sur une zone située à 50 km du point de lancement
  • Mise en œuvre simple : pas de piste ou de terrain préparé
  • Système sécurisé contre les incursions externes (prise de contrôle extérieure)

D'autres caractéristiques peuvent être valorisées :

  • Capable de détruire plusieurs types de cibles (personnels, véhicule léger, véhicule lourdement blindé, navire, infrastructure)
  • Dans le cas de l'infrastructure ; capacité de percer une fenêtre et pour ensuite exploser à l'intérieur du bâtiment
  • Capable de détruire une cible se déplaçant à une vitesse de 50 km/h
  • Prise au sol réduite, masse réduite au maximum
  • Capacité de récupération sécurisée pour le/les opérateurs (en cas de non utilisation de la charge)

Le coût est bien évidemment important, il ne s'agit en aucun cas d'utiliser un drone de plusieurs millions d'euros pour le faire s'écraser sur une cible dont le coût est bien moins élevé. Le projet vise les 200.000 euros pour la partie "consommable". Il faut noter que le drone recherché dans le cadre du projet Larinae ira plus loin et sera plus endurant que le drone Switchblade d’AeroVironment (40 km pour 40 minutes contre 50 km et 1 heure d’autonomie).

Les différents projets retenus devront démontrer leur efficacité dans un délais de 12 à 18 mois après le lancement du projet. Avec une attribution des marchés prévues pour décembre de cette année, les démonstrations devraient avoir lieu durant le premier semestre de 2024.

Projet Colibri

Ce deuxième projet reprend les mêmes caractéristiques attendues pour le projet Larinae, sauf qu'il s'agira d'un drone kamikaze plus léger et plus petit. En effet, la zone d'action attendue est de 5 km depuis le point de lancement, contrairement au 50 km du projet Larinae. L'endurance est aussi abaissée à 30 minutes, de même que le coût recherché : 20.000 euros pour la partie consommable. 

Le délai de développement est de 18 mois, avec une démonstration effectuée entre 9 et 12 mois après le lancement du projet. Le calendrier s'accorde avec le projet Larinae puisque le lancement est également prévu pour décembre 2022. De fait, les démonstrations devront être effectuées pour la fin de l'année prochaine.

Les appels à projets Larinae et Colibri sont disponibles sur le site du Ministère des Armées (via ce lien).


Répondre à () :

JP | 23/05/2022 13:14

Cet article n'est rien de moins qu'un copié collé partiel de l'appel à projets du ministère des armées. Il n'en est pas moins instructif de la volonté des armées françaises de tenir compte au plus tôt des enseignements des conflits récents. Il est intéressant de noter par ailleurs, à la lecture des documents du ministère des armées, que les "outils" résultants des projets Larinae et Colibri ne doivent en aucun cas être soumis à des restrictions d'utilisation ou de vente venant de pays étrangers. Ce qui signifie en particulier qu'ils doivent être Itar free. Cela peut paraître évident, mais c'est très significatif que cela soit précisé.

| 23/05/2022 19:18

Merci, monsieur Powis, pour cet article très intéressant qui permet d’espérer que notre AEE disposera en 2024 de ces armes pourtant indispensables. Néanmoins, notre mauvaise habitude à ne lancer des projets que quand les autres armées disposent déjà du matériel doit nous amener à réfléchir. Le développement rapide des moyens de luttes contre les drones et notamment les armes au laser ne risque t il pas de rendre ce type de drones tout à fait obsolète en 2024 ? D’autre part, il est regrettable que jusqu’en 2024 notre AEE continue de souffrir d’un déficit capacitaire aussi important. Bien cordialement.

TiTi | 06/06/2022 13:19

Je ne connais rien des armes laser, mais contre ça, est-ce qu'un revêtement miroir ne suffirait-il pas à s'en prémunir?

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