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L’astéroïde Ryugu éclairé à la lanterne © Mascot / DLR / JAXA

| Gilles Dawidowicz

L’astéroïde Ryugu éclairé à la lanterne

On ne les attendait plus, les clichés de l’astéroïde (162173) Ryugu pris par la sonde japonais Hayabusa-2 et son atterrisseur germano-français, Mascot ! A croire qu’ils s’étaient perdus entre Mars et Jupiter…

Hayabusa-2 : la sonde aux mille et une aventures.

C’est à la faveur d’un article scientifique, publié dans la revue Science le 23 août 2019 par un collectif international de spécialistes (allemands, japonais et français), que quelques clichés pris à la surface de l’astéroïde (162173) Ryugu ont enfin été dévoilés. Pour mémoire, la sonde japonaise Hayabusa-2 avaient décollé le 3 décembre 2014 de la base japonaise de Tanegashima, et s’était mise en orbite autour de l’astre le 27 juin 2018.

Véritable « couteau suisse » spatial, la sonde emportait avec elle de nombreuses expériences destinées à explorer in-situ le petit astéroïde d’un peu moins de 900 mètres de diamètre. Elle avait tout d’abord largué en surface le 21 septembre 2018 deux petits « rovers » de 1 kilogramme, nommés Rover-1A (alias Hibou) et Rover-1B (alias Owl). Puis c’était au tour de l’engin germano-français Mascot (10 kg) – lointain cousin de Philae – de toucher la surface du petit corps, le 3 octobre 2018. L’atterrisseur a fonctionné pendant 17 heures et a assisté à trois cycles jour/nuit de l’astéroïde. Le 21 février suivant, la sonde effectuait avec succès une première collecte d’échantillon de sol (dont on ne connaît pas encore la quantité prélevée). Le 5 avril 2019, c’est un impacteur (SCI) qui perforait la surface afin de faciliter un second prélèvement de sol réalisé le 11 juillet suivant.

Tout une épopée que nous avons suivi avec intérêt, stupéfaction et même fascination pour tant d’audace et de réussite bien méritée !

 

Un cliché mystérieux.

L’article de Science dévoile donc un cliché absolument unique : une vue de nuit de la surface sombre de l’astéroïde éclairée par des leds positionnés près de l’objectif de la caméra.

L’image mesure 30 cm de large environ. Elle est tangente au sol. Assez fantomatique pour ne pas dire très mystérieuse, elle révèle une surface accidentée de couleur bordeaux, faisant penser de prime abord à un sol volcanique ou à un fond océanique.

Il n’en est rien. Il s’agit bien de la surface de l’astéroïde (162173) Ryugu, constellée de blocs joints en apparence, dont la granulométrie va de quelques centimètres à quelques mètres. Sur le cliché, il n’y a pas vraiment d’horizon, le ciel est totalement noir et l’arrière-plan donne une fausse impression d’éloignement. Les roches au premier et second plan, sont criblées de petites inclusions millimétriques très claires – certaines bleutées, d’autres rougeâtres, d’autres encore multicolores –, véritables lucioles à la lumière du flash de l’engin spatial. Selon les co-auteurs de l’article, ces petites « chondres » seraient de même type que les météorites de type « chondrites carbonées » que l’on récolte parfois sur Terre. Ils suggèrent même que la composition de l’astéroïde serait assez proche de la météorite canadienne de Tagish Lake (type C2), tombée le 18 janvier 2000 dans le nord-ouest du lac Tagish en Colombie-Britannique. Plus de 500 fragments avaient été retrouvés à la surface gelée du lac, pour un total de 10 kg collectés.

 

Toujours plus de questions.

Comme c’est souvent le cas en sciences, et particulièrement en sciences spatiales, ces nouvelles observations engendrent plus de questions qu’elles n’apportent de réponses. Ainsi, il est surprenant de constater l’absence totale de poussière à la surface de ce petit corps planétaire. Contrairement à la Lune ou même à Mars, Ryugu a une surface nette, uniquement recouverte de blocs et de rochers, voire de quelques graviers éparses. Pas une trace d’éléments fins, pas de sable ! Voilà un mystère qu’il faudra résoudre.

Par ailleurs, son étude a révélé que cet astéroïde a non seulement une gravité très faible, mais également une densité très faible, d’environ 1,2. Il est donc peu compact, très poreux, voire plein de vides et d’interstices, un peu comme une biscotte ! Est-ce là la condition de tous les astéroïdes ? C’est encore un mystère à lever.

De plus, les images renvoyées par Hayabusa 2 suggèrent que Ryugu serait essentiellement constitué de quatre types de roches en surface. Mascot a pu en photographier uniquement que deux types : des sombres avec une forme arrondie de chou-fleur, et des claires avec des surfaces plates et des bords nets ! Leur distribution spatiale semble uniforme, ce qui pourrait être le résultat d’un conglomérat de deux corps planétaires différents entrés en collision pour n’en former plus qu’un : celui que l’on observe aujourd’hui.

Enfin, l’albédo du petit corps planétaire est compris entre 4 et 10%, ce qui en fait l’un des objets les plus sombres du système solaire avec l’astéroïde (101955) Bennu et la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko. Encore une énigme...

 

Ce n’est pas terminé…

Hayabusa 2 n’en finit pas avec sa mission d’exploration. Il reste encore plusieurs étapes majeures avant que les échantillons collectés ne reviennent sur Terre… en décembre 2020. Et en attendant, les Japonais s’activent : ils ont mis en place le 26 août le collecteur d’échantillons dans la capsule de ré-entrée, de façon à ce qu’il soit parfaitement scellé et résiste aux 11,6 km/s dans l'atmosphère terrestre. L'opération s'est déroulée avec succès et la capsule est maintenant prête pour le retour sur Terre, qui sera entamé en décembre prochain…

 

Gilles Dawidowicz est géographe et secrétaire général de la Société astronomique de France. Régulièrement pour Air & Cosmos, il s'intéresse aux clichés les plus saisissants du système solaire, d'hier et d'aujourd'hui.

Hayabusa 2 Mascot Ryugu Exploration du système solaire Jaxa DLR

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