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Espace
La Terre dans l’œil de Thomas Pesquet, nouvelle saison : Toulouse, la ville rose © ESA / NASA

| Gilles Dawidowicz

La Terre dans l’œil de Thomas Pesquet, nouvelle saison : Toulouse, la ville rose

Pour accompagner son entraînement pour un nouveau vol orbital, l’astronaute Thomas Pesquet puise dans ses archives des clichés de la Terre inédits. Ici Toulouse, capitale de l’Occitanie.

En attendant Proxima 2

Pour se motiver et accompagner la préparation de sa seconde mission spatiale (aujourd’hui annoncée au deuxième semestre 2021), l’astronaute Thomas Pesquet a prévu de poster 200 clichés de la Terre inédits, extraits de ses archives.

Après les Bahamas et Dubaï, il a posté le 12 mars cette vue magnifique de la ville de Toulouse, réalisée au cours de sa mission Proxima, entre novembre 2016 et juin 2017, avec le commentaire suivant : « Une belle vue de Toulouse, cœur de l’aéronautique et de l’espace en France, et de ses couleurs de brique rose ! J’ai mis du temps à capturer la capitale de l'Occitanie, mais elle en vaut la peine. On y voit mon école l’ISAE Supaero 🎓👨‍🚀🔬 et les pistes de l’aéroport d’où je décollais pour Air France et pour Airbus flight tests. Clin d’œil aussi au Stade Toulousain ! 🏉 ».

 

Contexte

Le Nord est à 11 heures et comme le souligne Thomas Pesquet, la ville de Toulouse porte bien son surnom de « ville rose », même à 400 km d’altitude. Nous sommes dans le Sud-Ouest de la France, en Haute-Garonne. Peu importe qu’on la nomme région Aquitaine, Languedoc, Occitanie ou Midi-Pyrénées : Toulouse se trouve dans une région magnifique et cela se voit depuis l’orbite. Typique des cités du Midi de la France, son architecture est surtout faite de briques de terre cuite, un matériau local exploité depuis plusieurs millénaires, même si ce sont les Gallo-romains qui l’ont utilisé de façon systématique. Entre Atlantique et Méditerranée, Toulouse fait face aux Pyrénées et son cœur se situe sur un méandre de la Garonne qui a servi de nucleus au développement de la cité. Bien plus à l’aval, le Tarn puis le Lot, affluents de rive droite rejoignent le cours de la Garonne qui elle-même, après Bordeaux, se mêle à la Dordogne pour former au bec d'Ambès, l’estuaire de la Gironde.

 

Analyse de l’image

Le cliché de Thomas Pesquet est bordé en haut à gauche par Blagnac, dont on reconnaît sans mal le terminal de l’aéroport et ses deux pistes bien visibles. En haut à droite, le cliché s’étend jusqu’à la commune de Quint-Fonsegrives, entourée de champs cultivés et, en bas à droite, par Ramonville-Saint-Agne, près des coteaux de Pech-David, du canal du Midi et de la vallée de l'Hers. Enfin, en bas à gauche on identifie la commune de Tournefeuille. Tous les quartiers de Toulouse sont bien visibles. Partout, on identifie facilement les infrastructures de la ville.

Ainsi, en rive gauche, on reconnaît juste en dessous de l’aéroport, le quartier Saint-Martin-du-Touch et ses grands hangars, dont ceux d’Airbus. Plus à droite, la Cépière et son hippodrome, ainsi que Casselardit et le Zénith de Toulouse. Plus au nord, c’est Purpan, Ancely et Bourrasol mais aussi la Patte d’Oie et Fer à Cheval.

En rive droite, le cliché est tellement net que l’on voit la passerelle Viguerie et les remous de la Garonne, juste en face des Moulins du Bazacle. On peut aisément retrouver le long canal de Brienne, bordé de ses belles allées arborées rectilignes, qui donnent sur le Port de l’embouchure d’où partent vers le Nord le canal Latéral à la Garonne, lui aussi rectiligne, et vers l’Est le long et sinueux canal du Midi.

Au centre du cliché, la vieille ville, historique, fortifiée, concentrique. On identifie immédiatement la célèbre place du Capitole et l’Hôtel de Ville. Malheureusement, la résolution du cliché ne permet pas d’identifier la non moins célèbre croix occitane qui orne son sol, dans sa partie Sud, et représente les points cardinaux, les 12 signes du zodiaque, les 12 mois d’une année et les 12 heures du jour. Cette célèbre place changea d’ailleurs plusieurs fois de nom au cour de l'histoire pour se nommer successivement « place Royale », « place de la Liberté », « place Commune », « place de la Mairie », « place Impériale », « place de l'Hôtel-de-Ville » et même « place d'Armes ».

Non loin de là, des structures ovales : la basilique médiévale Saint-Sernin de Toulouse, le jardin Pierre Goudouli au centre de la place du Président Thomas Wilson et surtout le Grand Rond en face du Jardin des Plantes et du Jardin Royal. Du Grand Rond partent 4 grandes allées arborées bien visibles.

Par ailleurs, on peut facilement compter les ponts et passerelles qui enjambent le fleuve.

 

Capitale européenne du spatial

Toujours au centre du cliché se trouvent deux îles. Au nord, l’île du Grand Ramier pour flâner en bord de rives et nager dans son énorme piscine bien visible. On reconnaît aussi le Stadium TFC, principalement utilisé lors de matches de foot et de rugby, dont ceux du Toulouse Football Club. Au sud, l’île d’Empalot et le site d’ArianeGroup (ex-SNPE puis Safran-Herakles), qui prépare surement une partie du carburant des fusées européennes. Et d’ailleurs, en parlant de spatial, Toulouse est LA région en Europe qui concentre le plus d’industries, d’écoles et de centres de recherche du domaine. Sur le cliché, à droite, on trouve la piste de l’aérodrome de Toulouse-Lasbordes et ses hangars. Juste en face sur la gauche, après l’A61, se trouve la Cité de l’Espace. Zoomez et vous verrez le Terr@dome, vous devinerez la maquette de la station Mir et même celle d’Ariane 5 ! A quelques kilomètres à vol d’oiseau vers le Sud, c’est la grande zone d’activités aéronautiques et spatiales de l’Europe, avec les centres de l’ONERA, le campus de l’ISAE-SupAéro, le Centre spatial du CNES, l’Ecole nationale de l’aviation civile (ENAC), l'Institut de recherche en astrophysique et planétologie (IRAP), le Laboratoire d'Analyse et d'Architecture des Systèmes du CNRS (LAAS), l’Observatoire Midi-Pyrénées (OMP) et de nombreux autres laboratoires de recherche du CNRS. Un vrai paradis pour un astronaute et ses fans !

 

Retrouvez l’image sur Google Maps !

 

Gilles Dawidowicz est géographe, Secrétaire Général de la Société astronomique de France.

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