La première Ariane 64 au service d’Amazon
La première Ariane 64 au service d’Amazon
© M. Pedoussaut / ESA

publié le 11 février 2026 à 14:00

771 mots

La première Ariane 64 au service d’Amazon

Ce 12 février, Arianespace doit mettre en œuvre pour la première fois le nouveau lanceur lourd européen dans sa version la plus puissante (A64, avec quatre propulseurs d’appoint). Une mission au service de la constellation Amazon Leo d’Amazon dédiée à l’internet global – le premier d’un contrat de 18 lancements.


Commande historique

On sait depuis 2019 qu’Amazon développe une mégaconstellation maison dédiée à l’internet global, et c’est en juillet 2020 que les fréquences nécessaires ont été réservées auprès du régulateur américain : le géant du commerce en ligne prévoyait de déployer sur orbite basse 3 236 satellites de première génération, dont la moitié d’ici… juillet 2026. Evoluant sur 98 plans orbitaux et à trois altitudes distinctes (590, 610 et 630 km), ils doivent couvrir les latitudes comprises entre 56°N et 56°S, fonctionnant sur trois fréquences en bande Ka (17,7-18,6 GHz, 18,8-20,2 GHz et 27,5-30 GHz). En avril 2021, un premier contrat a été signé avec United Launch Alliance pour neuf lancements sur Atlas 5. Mais surtout, en avril 2022, trois lanceurs lourds – encore en cours de développement – se sont vu attribuer entre 68 et 83 missions : 38 commandes fermes pour le Vulcan Centaur d’ULA, 12 commandes fermes et 15 options supplémentaires pour le New Glenn de Blue Origin, et un contrat « initial » de 18 missions pour Ariane 6 (dont trois options). Soit la plus grande acquisition commerciale de lanceurs de l'histoire. Mais, comme d’habitude, le montant des contrats n’a pas été révélé (voir Air & Cosmos n°2778 du 15 avril 2022). Le trio retenu par Amazon devait permettre le « tout sauf SpaceX ». Quatre ans plus tard, la constellation Kuiper, rebaptisée Amazon Leo, compte seulement 180 satellites sur orbite. Quatre missions Atlas 5 ont permis d’en déployer 108 en 2025 (en quatre lots), et 72 autres ont été lancés par… le Falcon 9 SpaceX (en trois lots), faute de disponibilité des autres lanceurs. Le 30 janvier, Amazon a demandé à la Commission fédérale des communications (FCC) une prolongation du délai du déploiement de sa constellation, et on a appris à cette occasion que l’entreprise de Jeff Bezos a commandé 10 autres lanceurs à SpaceX pour accélérer le rythme…

 

Version encore intermédiaire

Enfin, Arianespace va enfin pouvoir commencer à honorer son accord historique avec Amazon, à l’occasion du sixième vol de son lanceur lourd Ariane 6 (mission VA267), le premier dans le cadre d’un lancement commercial pour un client privé (les premiers vols commerciaux ont été réalisés l’an passé pour le compte de la DGA, de l’Union européenne, l’Organisation européenne pour l'exploitation des satellites météorologiques Eumetsat). Pour l’envoi d’un premier lot de 32 satellites Amazon Leo, c’est la version d’Ariane 6 avec quatre propulseurs d’appoint, A64, qui va entrer en scène. Autre nouveauté, le lanceur utilisera pour la première une coiffe longue (20 m au lieu de 14). Mais il ne s’agira pas encore de sa version la plus puissante, puisque les propulseurs d’appoint utilisés sont des P120C remplis de 143 t de propergol (HTPB 1912), et pas encore des P160C qui atteignent 157 t de propergol. Le passage du P120C au P160 (au départ désigné P120+) s’effectue par un allongement longitudinal de 1 m du propulseur. Un ingénieur du programme explique à Air & Cosmos : « Cela va directement permettre l’emport de charges utiles plus importantes ou, dans le cas des constellations, de pouvoir embarquer plus de satellites d’un coup. »

 

Record en vue

Grâce au P160 et à une optimisation du moteur Vulcain 2.1 de l’étage principal, le gain sera d’environ 4 t sur orbite basse et de 1,5 t sur orbite de transfert géostationnaire, soit des capacités d’emport 25 650 t en LEO et 13 t en GTO. Pour mémoire, la masse la plus importante placée sur orbite par un lanceur européen s’élevait à 20 274 kg ; il s’agissait du cinquième ravitailleur automatique européen ATV (Automated Transfer Vehicle) « Georges Lemaître », expédié le 29 juillet 2014 vers la Station spatiale internationale à l’aide d’une Ariane 5 ES (Evolution Storable). Le P160 permettra l’envoi de 39 satellites Amazon Leo, dont la masse unitaire est confidentielle mais que nous avions estimée à 570 kg.

Le P160C pourrait arriver d’ici l’été pour une troisième mission Amazon Leo (VA269), après une deuxième sur P120C (VA268), démontrant la capacité d’Arianespace à raccourcir les temps de la campagne pour augmenter les cadences et diminuer les coûts. En attendant, le départ de la mission VA267 est prévu ce 12 février à 16 h 45 UTC (13 h 45, heure locale) depuis le Centre spatial guyanais, avec une fenêtre de tir de 28 minutes et 30 secondes.

Commentaires
11/02/2026 14:00
771 mots

La première Ariane 64 au service d’Amazon

Ce 12 février, Arianespace doit mettre en œuvre pour la première fois le nouveau lanceur lourd européen dans sa version la plus puissante (A64, avec quatre propulseurs d’appoint). Une mission au service de la constellation Amazon Leo d’Amazon dédiée à l’internet global – le premier d’un contrat de 18 lancements.

La première Ariane 64 au service d’Amazon
La première Ariane 64 au service d’Amazon

Commande historique

On sait depuis 2019 qu’Amazon développe une mégaconstellation maison dédiée à l’internet global, et c’est en juillet 2020 que les fréquences nécessaires ont été réservées auprès du régulateur américain : le géant du commerce en ligne prévoyait de déployer sur orbite basse 3 236 satellites de première génération, dont la moitié d’ici… juillet 2026. Evoluant sur 98 plans orbitaux et à trois altitudes distinctes (590, 610 et 630 km), ils doivent couvrir les latitudes comprises entre 56°N et 56°S, fonctionnant sur trois fréquences en bande Ka (17,7-18,6 GHz, 18,8-20,2 GHz et 27,5-30 GHz). En avril 2021, un premier contrat a été signé avec United Launch Alliance pour neuf lancements sur Atlas 5. Mais surtout, en avril 2022, trois lanceurs lourds – encore en cours de développement – se sont vu attribuer entre 68 et 83 missions : 38 commandes fermes pour le Vulcan Centaur d’ULA, 12 commandes fermes et 15 options supplémentaires pour le New Glenn de Blue Origin, et un contrat « initial » de 18 missions pour Ariane 6 (dont trois options). Soit la plus grande acquisition commerciale de lanceurs de l'histoire. Mais, comme d’habitude, le montant des contrats n’a pas été révélé (voir Air & Cosmos n°2778 du 15 avril 2022). Le trio retenu par Amazon devait permettre le « tout sauf SpaceX ». Quatre ans plus tard, la constellation Kuiper, rebaptisée Amazon Leo, compte seulement 180 satellites sur orbite. Quatre missions Atlas 5 ont permis d’en déployer 108 en 2025 (en quatre lots), et 72 autres ont été lancés par… le Falcon 9 SpaceX (en trois lots), faute de disponibilité des autres lanceurs. Le 30 janvier, Amazon a demandé à la Commission fédérale des communications (FCC) une prolongation du délai du déploiement de sa constellation, et on a appris à cette occasion que l’entreprise de Jeff Bezos a commandé 10 autres lanceurs à SpaceX pour accélérer le rythme…

 

Version encore intermédiaire

Enfin, Arianespace va enfin pouvoir commencer à honorer son accord historique avec Amazon, à l’occasion du sixième vol de son lanceur lourd Ariane 6 (mission VA267), le premier dans le cadre d’un lancement commercial pour un client privé (les premiers vols commerciaux ont été réalisés l’an passé pour le compte de la DGA, de l’Union européenne, l’Organisation européenne pour l'exploitation des satellites météorologiques Eumetsat). Pour l’envoi d’un premier lot de 32 satellites Amazon Leo, c’est la version d’Ariane 6 avec quatre propulseurs d’appoint, A64, qui va entrer en scène. Autre nouveauté, le lanceur utilisera pour la première une coiffe longue (20 m au lieu de 14). Mais il ne s’agira pas encore de sa version la plus puissante, puisque les propulseurs d’appoint utilisés sont des P120C remplis de 143 t de propergol (HTPB 1912), et pas encore des P160C qui atteignent 157 t de propergol. Le passage du P120C au P160 (au départ désigné P120+) s’effectue par un allongement longitudinal de 1 m du propulseur. Un ingénieur du programme explique à Air & Cosmos : « Cela va directement permettre l’emport de charges utiles plus importantes ou, dans le cas des constellations, de pouvoir embarquer plus de satellites d’un coup. »

 

Record en vue

Grâce au P160 et à une optimisation du moteur Vulcain 2.1 de l’étage principal, le gain sera d’environ 4 t sur orbite basse et de 1,5 t sur orbite de transfert géostationnaire, soit des capacités d’emport 25 650 t en LEO et 13 t en GTO. Pour mémoire, la masse la plus importante placée sur orbite par un lanceur européen s’élevait à 20 274 kg ; il s’agissait du cinquième ravitailleur automatique européen ATV (Automated Transfer Vehicle) « Georges Lemaître », expédié le 29 juillet 2014 vers la Station spatiale internationale à l’aide d’une Ariane 5 ES (Evolution Storable). Le P160 permettra l’envoi de 39 satellites Amazon Leo, dont la masse unitaire est confidentielle mais que nous avions estimée à 570 kg.

Le P160C pourrait arriver d’ici l’été pour une troisième mission Amazon Leo (VA269), après une deuxième sur P120C (VA268), démontrant la capacité d’Arianespace à raccourcir les temps de la campagne pour augmenter les cadences et diminuer les coûts. En attendant, le départ de la mission VA267 est prévu ce 12 février à 16 h 45 UTC (13 h 45, heure locale) depuis le Centre spatial guyanais, avec une fenêtre de tir de 28 minutes et 30 secondes.



Commentaires