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Défense
La Chine a lancé son troisième porte-avions
La Chine a lancé son troisième porte-avions

| Dorian de Schaepmeester 746 mots

La Chine a lancé son troisième porte-avions

Lors d’une cérémonie en grande pompe tenue au chantier naval de Jiangnan Changxing ce 17 juin, la République populaire de Chine a officiellement mis à l’eau son troisième porte-avions. Premier de type CATOBAR (doté de catapultes), ce nouveau navire représente une montée en puissance capacitaire significative pour les moyens aéronavals embarqués de Pékin.

Un grand bond en avant pour la Marine de l’Armée populaire de libération

La rumeur de l’imminence du lancement parcourait les réseaux sociaux et les médias spécialisés depuis déjà plusieurs semaines, c’est désormais officiel, le troisième porte- avions chinois a été lancé. La cérémonie s’est déroulée ce vendredi 17 juin au chantier naval de Jiangnan Changxing, près de Shanghai, en présence de marins chinois et non sans de nombreux effets pyrotechniques et décorations aux couleurs vives.

Depuis le début de sa construction à la fin des années 2010, le navire était mentionné comme le Type 003. Son nom officiel est désormais connu, puisqu’il a été baptisé Fujian, du nom d’une province du sud-est de la Chine, et portera le numéro de coque 18. Le Fujian aura un déplacement à pleine charge supérieur à 80 000 tonnes, ce qui en fait à l’heure actuelle le plus imposant navire de la Marine de l’Armée populaire de libération (pour comparaison, le Charles de Gaulle français déplace 42 500 tonnes, et l’USS Gerald R. Ford américain environ 100 000 tonnes). Le navire mesure environ 320 mètres de long au niveau du pont d’envol, pour 300 mètres au niveau de sa ligne de flottaison. Il est doté de deux ascenseurs latéraux pour amener les aéronefs des hangars au pont d’envol. Contrairement à ce qui est parfois avancé, le Fujian n’est pas doté d’une propulsion nucléaire mais conventionnelle.

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Le Shandong, premier porte-avion conçu intégralement en Chine et dévoilé en 2020. ©
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La principale innovation apportée par le Fujian réside dans ses trois catapultes électromagnétiques (ou EMALS dans la terminologie anglo-saxonne, Electromagnetic Aircraft Launch System), qui en font le premier CATOBAR (Catapult Assisted Take-Off But Arrested Recovery) chinois. La Chine a en effet alloué des moyens importants au développement de cette technologie complexe, maîtrisée jusqu’alors seulement par les États-Unis. La catapulte électromagnétique a de multiples intérêts par rapport aux anciennes catapultes à vapeur, notamment : 

  • il permet la mise en œuvre d'appareils plus lourds que sur les porte-aéronefs, comme des chasseurs plus puissamment armés mais aussi des avions turbopropulsés équivalents aux avions-radar Hawkeye,
  • sa puissance est plus modulable permettant ainsi le catapultage de drones (plus fragiles), 
  • elle permet d’augmenter la fréquence des catapultages, 
  • elle est plus simple à entretenir et plus silencieuse.

La catapulte électromagnétique demande toutefois une consommation importante en énergie électrique. En comparaison des deux précédents porte-avions chinois, de type STOBAR (Short Take-Off But Arrested Recovery), c’est-à-dire dépourvus de catapultes et équipés seulement d’un tremplin pour le décollage des appareils embarqués, le Fujian augurera ainsi des capacités sans commune mesure pour les opérations aéronavales chinoises.

Maintenant qu’il à été officiellement lancé, le Fujian va dans les semaines et mois qui viennent progressivement mener ses essais à la mer, qui seront suivis par la réception officielle du navire par la Marine chinoise et enfin par une mise en service opérationnelle vers 2025, lorsque les programmes d'aéronefs accompagnant le navire aboutiront (voir note article sur le J-15T, premier chasseur chinois catapultable).

Une nouvelle étape clé du programme de porte-avions chinois

Entamé durant les années 1980 sous l’impulsion du général/amiral Liu Huaqing, le programme de porte-avions chinois poursuit ainsi son cours, étape après étape. La mise à l’eau du premier CATOBAR représente cependant un véritable tournant, dans la mesure où ce dernier préfigure la dimension des futures capacités aéronavales embarquées chinoises.

Après le Type 001 Liaoning puis le Type 002 Shandong, mis à l’eau respectivement en 2011 et 2017, le Type 003 Fujian est le dernier né du programme chinois. La construction d’un quatrième porte-avions a par ailleurs débuté en 2021. Le programme chinois est marqué par sa progressivité et son pragmatisme. En effet, le premier porte- avions chinois, le Liaoning, est en réalité un ancien porte-avions soviétique de type STOBAR revendu par l'Ukraine, que Pékin a terminé et considérablement amélioré. Par la suite, la Chine a construit une réplique du Liaoning, une fois encore avec de nouvelles modifications et améliorations, notamment en termes de propulsion et d’aménagement. Le Fujian est quant à lui le premier CATOBAR, et probablement le dernier grand porte-avions chinois à propulsion conventionnelle. Le quatrième porte-avions est en effet prévu pour être doté d’une propulsion nucléaire. A terme, Pékin aurait pour objectif de posséder au moins six porte-avions, ce qui lui permettrait d’atteindre une parité au moins numérique avec l’US Navy sur le théâtre Pacifique.

Au-delà des porte-avions en eux-mêmes, l’ensemble des aéronefs des futurs groupes aériens embarqués chinois est en cours de développement, les chasseurs J-15T et J-35, l’avion de guet aérien embarqué KJ-600 et de nombreux drones tels que le GJ-11.


Répondre à () :

| 21/06/2022 15:35

Les spécialistes de l’aéronavale s’accordent pour dire que le porte aéronefs reste une arme majeure pour plusieurs dizaines d'années. Le coût de ces porte aéronefs, la nécessité d’en avoir un grand nombre et l’obligation qu’ils emportent des avions de dernière génération, 5ème et bientôt 6ème génération, les réservent aux deux seules grandes puissances militaires.

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