IA : gagner en compétences et en efficacité
IA : gagner en compétences et en efficacité

publié le 24 mars 2026 à 13:34

1461 mots

IA : gagner en compétences et en efficacité

Dans le secteur aéroportuaire et du transport aérien, l’intelligence artificielle est pour l’instant majoritairement dirigée vers le passager. Mais l’IA n’est pas seulement utilisée à des fins commerciales, elle est aussi utilisée en interne pour rendre plus efficace le travail des collaborateurs, savoir comment mieux allouer des ressources en personnel ou faciliter la mobilité professionnelle.


Que l’on évoque une entreprise issue du secteur aéronautique ou d'un autre secteur, le premier mot qui vient à l’esprit quand on évoque le recours à l’intelligence artificielle (IA) est l’efficacité. Certains bénéfices du recours à l’IA sont récurrents et duplicables à n’importe quel type d’organisation. « Malgré des différences d’approche, on retrouve notamment des gains de productivité importants, des économies de coûts opérationnels, un gain de temps sur les tâches répétitives, une meilleure cohérence dans les documents et les processus, une réduction des erreurs humaines, une capacité accrue à analyser des volumes importants de données, une amélioration de la prise de décision grâce à des analyses plus rapides », explique Thibaut Patouillard du cabinet de consulting spécialisé en IA « Démarre ton aventure ».

Air France multiplie les projets IA 

Les ressources humaines n'échappent pas à la règle, avec un recours à l'IA dès la phase de recrutement.  « Nous voyons de nombreux domaines dans lesquels l'intelligence artificielle peut avoir un impact immédiat pour la DRH, comme la gestion administrative et le recrutement par exemple », explique Sylvain le Nestour, directeur Rémunération, paie, et transformation RH chez Air France.  « Pour accompagner la phase exploratoire en matière d'IA, une équipe de 40 éclaireurs RH a été créée. Leur rôle est de tester des cas concrets, de partager leurs expériences et de diffuser l'information. Parmi les gains d'efficacité que nous visons grâce aux outils IA, figurent l'accélération des délais de réponse aux salariés, la simplification du tri des CV et la perfection de la rédaction des fiches de poste. Ce temps gagné pourrait permettre de nourrir différentes activités comme le rôle de « business partner » de la DRH ou l'amélioration de l'expérience collaborateur. Les métiers de l'aérien étant très réglementés, les premiers tests IA devraient concerner d’abord les outils du personnel au sol ». 

Plus généralement, depuis 2023, Air France a entamé une nouvelle révolution avec le développement de l’IA générative. Il s’agit d’un nouveau type d’intelligence artificielle qui est capable de générer de riches contenus de manière totalement autonome. A la différence de l’intelligence artificielle classique, qui se concentre sur des tâches précises comme la classification de données existantes, l’IA générative peut créer d’elle-même de nouvelles données, et repose en grande partie sur l’apprentissage induit par son utilisation. L’IA générative marque ainsi un nouveau saut technologique, ce qui entraîne des adaptations dans les métiers. 

Aujourd’hui, plus de 80 projets d’utilisation d’intelligence artificielle générative sont lancés dans tous les métiers d’Air France. Certains sont encore au stade de l’identification de la solution la plus adaptée (modèle de gestion de données, IA prédictive, IA générative…). D’autres sont déjà en test auprès des collaborateurs de la compagnie aérienne. C’est ainsi le cas de « Talia », le « ChatGPT » interne d’Air France qui est utilisé quotidiennement par les salariés d’Air France pour rédiger des e-mails, rechercher des informations, organiser des événements, des réunions, des plannings… « Pamelia », en test à Paris-CDG, permet aux agents d’Air France en aéroports d’obtenir une réponse aux questions des clients directement sur leur tablette numérique. Nombre de bagages autorisés, règles sur le transport des animaux, formalités d’entrée… l'outil génère une réponse rédigée, prête à être transmise au client, traduisible en 85 langues. Cette assistance aux agents d’Air France leur permet ainsi de gagner du temps et de faire évoluer leurs métiers. Un autre outil d'IA en test chez Air France se prénomme « Charlie ». Il est utilisé par les équipes de maintenance pour rechercher plus rapidement au sein de la documentation. Néanmoins, dans le cas précis de la maintenance aérienne, l’IA reste malgré tout utilisée avec circonspection. Dans la plupart des opérateurs MRO, les mécanos continuent à travailler avec une imposante documentation papier en anglais et n’utilisent pas les systèmes de traduction automatiques dopés à l’IA. En effet, il subsiste toujours la possibilité qu’une erreur de traduction survienne et les très stricts protocoles de sécurité en vigueur ne permettent pas d’envisager ce risque éventuel. 

La « prédiction », pas seulement dans le MRO

Les opérateurs MRO font pourtant partie des premiers utilisateurs des technologies de « big data » et d’IA pour la maintenance prédictive. L'utilisation des données des avions et des équipements permettent d'anticiper la défaillance d'une pièce. Cela permet aux mécanos d’optimiser leurs interventions, de réduire le temps d'immobilisation des avions et les coûts de maintenance. 

Ce qui est moins connu en revanche, c’est que la maintenance prédictive et l’IA sont aussi utilisées dans la gestion des ressources humaines. « Un aéroport, c’est aussi une plateforme de prévision. En pic de période estivale, il est ainsi possible de prévoir combien de passagers seront présents à tel ou tel endroit de l’aéroport, et d’y affecter les ressources humaines adéquates. En coulisses, nous mobilisons les techniques d’intelligence artificielle et de modélisation », expliquait David Krieff, directeur du digital et de la transformation du groupe ADP, sur l’antenne de BFMTV, lors de l’édition 2025 du salon ParisTech. La maintenance prédictive dans le cadre aéroportuaire, sur des équipements tels que les trieurs à bagages, permet aussi de mieux gérer des situations complexes. « C’est l’un de nos points de complexité industrielle très forts. La compréhension des circonstances qui mettent le trieur bagages en dehors de sa zone de fonctionnement optimal est cruciale pour pouvoir, soit prévenir ces situations, soit quand on y arrive pas, y répondre par une augmentation des ressources humaines », explique-t-il.

« Passerelles », un test IA pour la mobilité professionnelle

Dans une optique purement RH et de mobilité professionnelle, le groupe ADP a mis en place depuis le 12 janvier une plateforme digitale baptisée « Passerelles », avec inscription sur volontariat des collaborateurs. Passerelles vise à accompagner de manière dynamique les mobilités, en étant centrée sur la bonne compréhension des compétences individuelles, pour accompagner au mieux de possibles parcours professionnels. Passerelles vise à accompagner de manière dynamique les mobilités, en étant centrée sur la bonne compréhension des compétences individuelles, pour accompagner au mieux de possibles parcours professionnels. Chaque collaborateur peut s'inscrire et renseigner ses compétences, expériences et aspirations. Ensuite, l’IA générative intégrée dans Passerelles amène de la performance en personnalisant les approches. La forte valeur ajoutée réside ainsi dans le "matching", le rapprochement entre les compétences du salarié et les opportunités. 

Pour les salariés, une lecture automatisée de premiers éléments de profil permet de suggérer des informations pertinentes. Il peut ainsi se voir proposer des passerelles métiers au sein du Groupe ADP, découvrir des opportunités de mobilités et de formation avec des recommandations personnalisées en fonction de son profil, comprendre les écarts de compétences pour se projeter dans une mobilité. Pour les RH, c'est un outil de facilitation et d'intelligence collective pour le recrutement interne, l'anticipation des compétences clés, et la projection individuelle de carrière, avec dans quelques semaines les actions de développement et de formations possibles. 

Selon le groupe ADP, la plateforme a déjà connu une forte affluence. Un total de 63 % des salariés d'ADP SA (3915 personnes) s’est déjà connecté et près de 1 000 profils sont considérés comme complets. Près de 150 opportunités de postes sont visibles sur la plateforme depuis le lancement. Concernant les autres enjeux de recrutement du groupe ADP, c’est à dire le renouvellement de 50 % des effectifs dans les dix prochaines années, et la place que l’IA pourrait y prendre, le gestionnaire aéroportuaire précise que « le sujet sera inclus dans le prochain plan stratégique », sans plus de précisions. Mais Passerelles devrait permettre d'ouvrir la voie. 

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24/03/2026 13:34
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IA : gagner en compétences et en efficacité

Dans le secteur aéroportuaire et du transport aérien, l’intelligence artificielle est pour l’instant majoritairement dirigée vers le passager. Mais l’IA n’est pas seulement utilisée à des fins commerciales, elle est aussi utilisée en interne pour rendre plus efficace le travail des collaborateurs, savoir comment mieux allouer des ressources en personnel ou faciliter la mobilité professionnelle.

IA : gagner en compétences et en efficacité
IA : gagner en compétences et en efficacité

Que l’on évoque une entreprise issue du secteur aéronautique ou d'un autre secteur, le premier mot qui vient à l’esprit quand on évoque le recours à l’intelligence artificielle (IA) est l’efficacité. Certains bénéfices du recours à l’IA sont récurrents et duplicables à n’importe quel type d’organisation. « Malgré des différences d’approche, on retrouve notamment des gains de productivité importants, des économies de coûts opérationnels, un gain de temps sur les tâches répétitives, une meilleure cohérence dans les documents et les processus, une réduction des erreurs humaines, une capacité accrue à analyser des volumes importants de données, une amélioration de la prise de décision grâce à des analyses plus rapides », explique Thibaut Patouillard du cabinet de consulting spécialisé en IA « Démarre ton aventure ».

Air France multiplie les projets IA 

Les ressources humaines n'échappent pas à la règle, avec un recours à l'IA dès la phase de recrutement.  « Nous voyons de nombreux domaines dans lesquels l'intelligence artificielle peut avoir un impact immédiat pour la DRH, comme la gestion administrative et le recrutement par exemple », explique Sylvain le Nestour, directeur Rémunération, paie, et transformation RH chez Air France.  « Pour accompagner la phase exploratoire en matière d'IA, une équipe de 40 éclaireurs RH a été créée. Leur rôle est de tester des cas concrets, de partager leurs expériences et de diffuser l'information. Parmi les gains d'efficacité que nous visons grâce aux outils IA, figurent l'accélération des délais de réponse aux salariés, la simplification du tri des CV et la perfection de la rédaction des fiches de poste. Ce temps gagné pourrait permettre de nourrir différentes activités comme le rôle de « business partner » de la DRH ou l'amélioration de l'expérience collaborateur. Les métiers de l'aérien étant très réglementés, les premiers tests IA devraient concerner d’abord les outils du personnel au sol ». 

Plus généralement, depuis 2023, Air France a entamé une nouvelle révolution avec le développement de l’IA générative. Il s’agit d’un nouveau type d’intelligence artificielle qui est capable de générer de riches contenus de manière totalement autonome. A la différence de l’intelligence artificielle classique, qui se concentre sur des tâches précises comme la classification de données existantes, l’IA générative peut créer d’elle-même de nouvelles données, et repose en grande partie sur l’apprentissage induit par son utilisation. L’IA générative marque ainsi un nouveau saut technologique, ce qui entraîne des adaptations dans les métiers. 

Aujourd’hui, plus de 80 projets d’utilisation d’intelligence artificielle générative sont lancés dans tous les métiers d’Air France. Certains sont encore au stade de l’identification de la solution la plus adaptée (modèle de gestion de données, IA prédictive, IA générative…). D’autres sont déjà en test auprès des collaborateurs de la compagnie aérienne. C’est ainsi le cas de « Talia », le « ChatGPT » interne d’Air France qui est utilisé quotidiennement par les salariés d’Air France pour rédiger des e-mails, rechercher des informations, organiser des événements, des réunions, des plannings… « Pamelia », en test à Paris-CDG, permet aux agents d’Air France en aéroports d’obtenir une réponse aux questions des clients directement sur leur tablette numérique. Nombre de bagages autorisés, règles sur le transport des animaux, formalités d’entrée… l'outil génère une réponse rédigée, prête à être transmise au client, traduisible en 85 langues. Cette assistance aux agents d’Air France leur permet ainsi de gagner du temps et de faire évoluer leurs métiers. Un autre outil d'IA en test chez Air France se prénomme « Charlie ». Il est utilisé par les équipes de maintenance pour rechercher plus rapidement au sein de la documentation. Néanmoins, dans le cas précis de la maintenance aérienne, l’IA reste malgré tout utilisée avec circonspection. Dans la plupart des opérateurs MRO, les mécanos continuent à travailler avec une imposante documentation papier en anglais et n’utilisent pas les systèmes de traduction automatiques dopés à l’IA. En effet, il subsiste toujours la possibilité qu’une erreur de traduction survienne et les très stricts protocoles de sécurité en vigueur ne permettent pas d’envisager ce risque éventuel. 

La « prédiction », pas seulement dans le MRO

Les opérateurs MRO font pourtant partie des premiers utilisateurs des technologies de « big data » et d’IA pour la maintenance prédictive. L'utilisation des données des avions et des équipements permettent d'anticiper la défaillance d'une pièce. Cela permet aux mécanos d’optimiser leurs interventions, de réduire le temps d'immobilisation des avions et les coûts de maintenance. 

Ce qui est moins connu en revanche, c’est que la maintenance prédictive et l’IA sont aussi utilisées dans la gestion des ressources humaines. « Un aéroport, c’est aussi une plateforme de prévision. En pic de période estivale, il est ainsi possible de prévoir combien de passagers seront présents à tel ou tel endroit de l’aéroport, et d’y affecter les ressources humaines adéquates. En coulisses, nous mobilisons les techniques d’intelligence artificielle et de modélisation », expliquait David Krieff, directeur du digital et de la transformation du groupe ADP, sur l’antenne de BFMTV, lors de l’édition 2025 du salon ParisTech. La maintenance prédictive dans le cadre aéroportuaire, sur des équipements tels que les trieurs à bagages, permet aussi de mieux gérer des situations complexes. « C’est l’un de nos points de complexité industrielle très forts. La compréhension des circonstances qui mettent le trieur bagages en dehors de sa zone de fonctionnement optimal est cruciale pour pouvoir, soit prévenir ces situations, soit quand on y arrive pas, y répondre par une augmentation des ressources humaines », explique-t-il.

« Passerelles », un test IA pour la mobilité professionnelle

Dans une optique purement RH et de mobilité professionnelle, le groupe ADP a mis en place depuis le 12 janvier une plateforme digitale baptisée « Passerelles », avec inscription sur volontariat des collaborateurs. Passerelles vise à accompagner de manière dynamique les mobilités, en étant centrée sur la bonne compréhension des compétences individuelles, pour accompagner au mieux de possibles parcours professionnels. Passerelles vise à accompagner de manière dynamique les mobilités, en étant centrée sur la bonne compréhension des compétences individuelles, pour accompagner au mieux de possibles parcours professionnels. Chaque collaborateur peut s'inscrire et renseigner ses compétences, expériences et aspirations. Ensuite, l’IA générative intégrée dans Passerelles amène de la performance en personnalisant les approches. La forte valeur ajoutée réside ainsi dans le "matching", le rapprochement entre les compétences du salarié et les opportunités. 

Pour les salariés, une lecture automatisée de premiers éléments de profil permet de suggérer des informations pertinentes. Il peut ainsi se voir proposer des passerelles métiers au sein du Groupe ADP, découvrir des opportunités de mobilités et de formation avec des recommandations personnalisées en fonction de son profil, comprendre les écarts de compétences pour se projeter dans une mobilité. Pour les RH, c'est un outil de facilitation et d'intelligence collective pour le recrutement interne, l'anticipation des compétences clés, et la projection individuelle de carrière, avec dans quelques semaines les actions de développement et de formations possibles. 

Selon le groupe ADP, la plateforme a déjà connu une forte affluence. Un total de 63 % des salariés d'ADP SA (3915 personnes) s’est déjà connecté et près de 1 000 profils sont considérés comme complets. Près de 150 opportunités de postes sont visibles sur la plateforme depuis le lancement. Concernant les autres enjeux de recrutement du groupe ADP, c’est à dire le renouvellement de 50 % des effectifs dans les dix prochaines années, et la place que l’IA pourrait y prendre, le gestionnaire aéroportuaire précise que « le sujet sera inclus dans le prochain plan stratégique », sans plus de précisions. Mais Passerelles devrait permettre d'ouvrir la voie. 


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rh air france Groupe ADP


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