Forces spéciales : 2 Md€ d'ici 2030
Forces spéciales : 2 Md€ d'ici 2030
© Jean-Marc Tanguy

publié le 03 avril 2025 à 09:24

2238 mots

Forces spéciales : 2 Md€ d'ici 2030

A livrer, des hélicoptères NHFS, des C-130 modernisés, mais aussi de nouvelles capacités sur les A400M, huit systèmes de drones tactiques légers et une kyrielle de petits équipements.


18 hélicoptères NHFS

Après plus d'une décennie de déploiements essentiellement tournés vers la lutte contre le terrorisme, le commandement des opérations spéciales (COS) a entamé une évolution profonde, pour prendre en compte le nouveau contexte stratégique, fait de zones grises, d'action hybrides, et de déni d'accès. Une partie de ses nouveaux équipements et des modes d'actions évolués intègrent cette donne.

Mais, ce contexte nouveau et manifestement durable pourrait aussi impacter la ventilation des 2 Md€ prévus par la loi de programmation militaire 2024-2030, dont les priorités sont, dans les faits, rebattus chaque année. Certains programmes peuvent être priorisés, d'autres décalés voire annulés. Néanmoins, malgré cette agilité budgétaire, de grosses masses perdurent, et la plus évidente est constituée par les 18 hélicoptères NHFS qui seront livrés par Airbus Helicopters à partir de 2026. 

Le premier est d'ailleurs exposé durant les trois jours du Sofins, sans effectuer de vol de présentation. Les 10 premiers engins étaient prévus par la précédente LPM, et la suivante a intégré la suite logique, 8 autres, afin de pouvoir équiper les deux escadrilles (EOS1 et EOS3) du 4e régiment d'hélicoptères des forces spéciales, actuellement pourvues de Cougar (qui seront reversés à la 4e brigade d'aérocombat) et de 8 Caracal (à l'Armée de l'Air et de l'Espace). 

Le NHFS est le premier hélicoptère réellement conçu pour les forces spéciales de l'Armée de Terre, et amène notamment une boule optronique Euroflir 410, des communications dédiées, une capacité d'aéro-cordage et deux fenêtres pour les armes d'autoprotection, sur l'arrière, à proximité immédiate des lance-leurres. L'appareil va aussi être qualifié pour disposer du support d'armement assisté (SAA), permettant d'améliorer la précision des armes, qu'il s'agisse d'une mitrailleuse de 7,62 mm ou plus certainement, d'un fusil de tireur d'élite (de 7,62 mm à 12,7 mm). 

Améliorer encore la vision

Potentiellement, d'autres briques -notamment des armements axiaux ou latéraux- pourraient aussi être ajoutés mais à ce stade, la priorité est surtout de trouver des partenaires financiers pour la deuxième étape du NHFS permettant d'améliorer encore la vision, notamment de nuit et en environnement poussiéreux avec le système EuroFleye. La présence de 13 délégations de directeurs de programmes d'hélicoptères, invités par la DGA, contribuera peut-être à décider des clients pour des appareils neufs, ou de rétrofits de leurs NH90 en service.

L'escadron d'hélicoptères 1/67 Pyrénées de Cazaux doit aussi moderniser ses Caracal, particulièrement avec des liaisons de données tactiques, adapter son autoprotection et même si le sujet est déjà ancien, considérer de renforcement de ses armements embarqués, par delà l'existant (mitrailleuses 7,62 mm et 12,7 mm, canon SH20 déployable à la porte). 

La possibilité d'intégrer des missiles et roquettes (guidées laser ou non) a aussi été démontrée par Airbus Helicopters, qui planche également sur l'intégration sur H225M d'une capacité d'interaction avec des drones en vol, y compris pour contrôler leur charge utile, et non pas seulement bénéficier de leur production image. 

Le Guépard deviendra un sujet dans la prochaine décennie (et donc la prochaine LPM), en remplacement des Gazelle au 4e RHFS (qui continue à les faire évoluer, notamment avec des réservoirs supplémentaires) et des Fennec. A ce stade, l'Armée de l'Air et de l'Espace n'a pas exprimé de volonté d'intégrer des Guépard dans sa brigade des forces spéciales (BFSA) mais les capacité offensives par ces derniers (notamment la roquette guidée laser) sont extrêmement tentantes.

Montée en puissance de l'A400M

Dans les enveloppes budgétaires figure aussi la rénovation de huit des 13 C-130H Hercules en service depuis 1987. Très bon serviteur des opérations spéciales dans l'ombre du Transall, le C-130H est aujourd'hui le seul appareil du segment médian, depuis le retrait accéléré du C-160 en 2022, un an avant l'heure dite. Mais, il cumule les soucis, avec des moteurs T-56 fatigués, comme ses soutes. 

Le rétrofit ajoute une boule optronique MX20 nasale, une autoprotection et une avionique modernisée. Le programme a pris énormément de retard, seulement deux avions auraient été modernisés, avec un troisième en cours, alors que le contexte de l'appareil se complexifie. L'industrie américaine annonce des augmentations de prix pour les pièces, toutes les visites techniques prennent de plus en plus de temps, avec de nouvelles scories découvertes quasiment à chaque fois. 

Au final, de quoi amener l'Armée de l'Air et de l'Espace à s'interroger sur cette flotte, partagée entre l'escadron 3/61 Poitou -au service du COS- et du GAM-56 Vaucluse -de la DGSE-. L'appareil, et le segment médian qu'il incarne, reste pertinent dans la période actuelle de montée en puissance de l'A400M au sein du Poitou, et l'avion européen ne répondra pas forcément à tous les contextes. 

Le C-130J présente une forme d'alternative, mais il est aujourd'hui utilisé à des fins conventionnelles par l'escadron franco-allemand d'Evreux, dont quatre en propre pour les Français. Même si une capacité était intéressante pour le COS, la capacité de ravitaillement des hélicoptères Caracal avec les deux KC-130J en exploitation. 

Seulement, l'A400M la possède aussi désormais, et le Poitou comme l'escadron d'hélicoptères Pyrénées ont pu, pour la première fois début février assurer une campagne de formation de leurs personnels. Le mouvement est donc lancé, et s'inscrit d'ailleurs dans une accélération de l'ouverture de capacités par le quadrimoteur européen, avec (ou sans) les forces spéciales. 

Le centre d'expertise aérienne militaire (CEAM) vient de boucler deux séquences de déploiement en zone de grand froid au Canada et au Groenland avec déploiement sur des terrains sommaires (à l'autre extrême météo, il est aussi qualifié pour des atterrissages sur le sable) et a également réalisé un largage d'embarcation Ecume de la marine, longue de 9,3 m pour un poids maximal de 7 tonnes. 

Capacité de prendre à revers le déni d'accès

Le C-130H pouvait le faire, mais à moins longue distance, moins rapidement, et les boudins externes de l'Ecume devaient être dégonflés du fait de l'étroitesse de la soute. La capacité Atlas est donc un vrai plus, y compris si le C-130H devait connaître une fin précipitée. C'est aussi une capacité de prendre à revers le déni d'accès, du fait de l'endurance de l'Ecume, à plus de 250 nautiques, tout en assurant aussi une capacité d'intervention réactive le temps que des navires de la marine puissent rallier une zone d'intervention, dans le cas d'une prise d'otages par exemple. 

Le même avion pourrait aussi aéro-larguer du carburant pour le chemin retour de l'Ecume. Et l'A400M pourrait même apporter à la manœuvre des commandos marine, grâce à ses capacités de communications, sur le transit vers la zone d'intérêt, puis avec du renseignement image (ROIM). Depuis près de 20 ans, le Poitou dispose de cette capacité -sur Transall et désormais Hercules- et cherche à l'intégrer sur A400M. 

C'est plus long sur cette flotte, face à un avion plus complexe, et qui ne lui appartient pas en propre de surcroît : là où il disposait d'une flotte réservée pour l'ancienne génération (jusqu'à quatre Transall et deux Hercules), les Atlas sont gérés en mutualisation au profit des missions conventionnelles du Touraine et du Béarn, et celles du Poitou. La première capacité, attendue depuis plusieurs années déjà, vise à reprendre l'architecture initiée sur Transall, avec un chassis positionné sur une porte para.

Elle est néanmoins limitée, car ne permet pas le vol pressurisé, ce qui trahit la position de l'avion et fatigue l'équipage. Ce mieux-que-rien amènera une première capacité avant l'été 2026, avant une intégration complète (permettant le vol pressurisé) dans le nez -comme la configuration actuelle sur C-130 modernisé- ou au niveau des ballonnets de train -comme cela avait été réalisé à la fin du Transall-. Celle-ci pourrait néanmoins prendre énormément de temps puisque la capacité totalement intégrée n'est pas attendue avant la prochaine LPM.

Le Twin Otter, la jeep volante du Poitou a encore, lui, de belles années devant lui, et sa succession n'est pas encore envisagée. Son spectre d'emploi s'ouvre encore, avec de récents essais du CEAM pour en larguer des munitions téléopérées (MTO) à voilure tournante. Le Twin est aussi capable de poser et de décoller en quelques dizaines de mètres sur des terrains très sommaires (route), pour infiltrer et récupérer un groupe action, mais aussi le larguer sous voile ou en ouverture automatique, de procéder à des largages petits colis, ou d'offrir une capacité de médicalisation.

Livraisons de drones

Le COS s'approche aussi des premières livraisons de son système de drone tactique léger (SDTL, ex-MAME pour medium altitude, medium endurance). Ce drone bi-charge mêlant optronique et guerre électronique (à minima un Imsi catcher) devra avoir une élongation supérieure à 100 km pour une autonomie de 7 à 8 h, un nombre d'opérateurs limité (idéalement deux, au maximum trois à quatre) et une capacité de transport réduite (un simple pickup ou la soute d'un hélicoptère). 

L'armement n'est pas explicitement prévu ; par contre, la capacité d'emport de microdrones et de munitions téléopérées a été manifestement envisagée. Le COS devrait tester six modèles différents dans le prochain semestre, prélude à un contrat avant la fin de l'année, et possiblement de premières livraisons en 2026. Plusieurs modèles pourraient finalement être acquis, pour répondre aux différents contextes d'emploi. 

Le besoin pour un tel type d'engin est patent depuis des années, mais l'aboutissement a longtemps buté sur la variable budgétaire, et une offre française qui n'était pas forcément aussi mature qu'aujourd'hui. Ce type d'engin aura en tout cas clairement manqué ces dernières années, notamment à Khartoum (Soudan), lors de l'évacuation de ressortissants, qui avait connu un blessé grave parmi les commandos du COS. 

Un événement qui aurait vraisemblablement pu être évité avec l'emploi d'un SDTL pour blanchir les zones d'engagement des groupes action. Le COS devrait bénéficier de 8 systèmes à 2 ou 3 vecteurs. Le besoin initialement spécifié par le COS intéresse aussi désormais au moins l'Armée de Terre, qui doit faire grossir rapidement ses capacités dans ce domaine. 

La maturité du Coyote

Les différentes composants connaissent aussi une frénésie de développement de MTO basiques, tirant le retour d'expérience des combats en Ukraine pour certaines, mais des projets étaient encore plus anciens. C'est le cas de Coyote, qui avait été expérimenté dès 2021 par le commando parachutiste de l'air n° 30, grâce à l'inventivité d'un de ses caporaux-chefs et à sa maîtrise des microdrones FPV. 

Le dossier a ensuite maturé en plusieurs étapes pour plusieurs types d'applications : de la reconnaissance optronique et potentiellement une petite capacité de renseignement d'origine électromagnétique dans un rayon de quelques kilomètres, et donc, également, la capacité d'emporter une charge explosive. Le microdrone de moins de 2 kg serait aujourd'hui mature, avec une vitesse d'environ 150 km/h, un vol d'une dizaine de minutes et plusieurs kilomètres de rayon d'action. 

L'objectif consistant à disposer d'un vecteur multimissions, sacrifiable et rentable, fabriquable en impression 3D. Coyote pourrait former la base d'une famille, avec des vecteurs plus gros. Les unités du COS reçoivent aussi -plus tardivement que prévu- leurs véhicules de patrouille, initialement surtout envisagés pour les missions contre-terroristes en Afrique. Environ 200 ont été livrés ces dernières années sur un total visé de 350, aussi bien des VOSPAT de Technamm que des PLFS et VLFS d'Arquus. 

Le COS attend aussi désormais des versions spécialisées, les VOS Med (amubulance) et VOS Appui. Il va aussi recevoir des véhicules de ravitaillement en profondeur (VRP) fournis par Scania dans des temps records. Un exemplaire sera d'ailleurs visible à côté du NHFS durant le Sofins. La Marine, quant à elle, a obtenu ses propulseurs sous-marins de troisième génération (PSM3G) pour infiltrer ses nageurs de combat, depuis un navire, ou le hangar (DDS) d'un sous-marin de classe Suffren. 

Améliorer la discrétion des vecteurs 

Après plusieurs années d'effort et la remise à niveau du premier des deux DDS, la capacité complète devrait entrer en service opérationnel d'ici l'été. Dans les sujets transverses figurent des efforts pour améliorer la discrétion des vecteurs (principalement terrestres et maritimes), avec le recours à l'électrique. Les systèmes de gestion tactique sont aussi l'objet d'améliorations continues, comme c'est le cas, quasiment tous les six mois, du système Delta Suite du français Impact. 

Un système qui a aussi profité aux unités conventionnelles : encore en mars, la Marine l'a utilisé pour une manœuvre multidrones (trois drones aériens et deux de surface) au large du Var. Le format du COS (4 300 militaires) n'évolue plus : aller au-delà obligerait vraisemblablement à renier sur la qualité, et augmenterait la tension sur l'accès aux moyens 3D. 

La brigade des forces spéciales air en fournit un millier, entre le Poitou (environ 150), le Pyrénées (environ 250) et les deux unités de commandos parachutistes de l'air : le CPA10 (300) en charge de l'action directe, et le CPA30 (180) qui fournit l'appui (notamment drones). S'y ajoutent des modules d'appui spécifiques (sur l'infrastructure, le NRBC, les systèmes d'information et de communications...) et des unités référentes comme la 33e ESRA (reconnaissance et attaque avec ses Reaper et Vador) et l'escadron de chasse 2/30 Normandie-Niemen avec ses Rafale. 

Le niveau de déploiement a notablement baissé, avec la fin de la task force Sabre au Sahel, mais le task force Hydra, au Moyen-Orient, a été maintenue, pour lutter contre Daech, en Irak. Un plot de forces spéciales reste aussi pré-déployé à Djibouti, la seule base africaine française qui s'est maintenue, du fait de son positionnement stratégique dans la corne de l'Afrique. 

Des missions des formations se poursuivent aussi avec des forces alliées, permettant l'entretien, voire le développement des liens et la connaissance des zones qui pourraient connaître des déploiements. Un système qui, depuis 1992, a contribué à l'efficacité du COS, et notamment, à conserver un coup d'avance, tout en éclairant -à tous les sens du terme- les forces conventionnelles.

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03/04/2025 09:24
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Forces spéciales : 2 Md€ d'ici 2030

A livrer, des hélicoptères NHFS, des C-130 modernisés, mais aussi de nouvelles capacités sur les A400M, huit systèmes de drones tactiques légers et une kyrielle de petits équipements.

Forces spéciales : 2 Md€ d'ici 2030
Forces spéciales : 2 Md€ d'ici 2030

18 hélicoptères NHFS

Après plus d'une décennie de déploiements essentiellement tournés vers la lutte contre le terrorisme, le commandement des opérations spéciales (COS) a entamé une évolution profonde, pour prendre en compte le nouveau contexte stratégique, fait de zones grises, d'action hybrides, et de déni d'accès. Une partie de ses nouveaux équipements et des modes d'actions évolués intègrent cette donne.

Mais, ce contexte nouveau et manifestement durable pourrait aussi impacter la ventilation des 2 Md€ prévus par la loi de programmation militaire 2024-2030, dont les priorités sont, dans les faits, rebattus chaque année. Certains programmes peuvent être priorisés, d'autres décalés voire annulés. Néanmoins, malgré cette agilité budgétaire, de grosses masses perdurent, et la plus évidente est constituée par les 18 hélicoptères NHFS qui seront livrés par Airbus Helicopters à partir de 2026. 

Le premier est d'ailleurs exposé durant les trois jours du Sofins, sans effectuer de vol de présentation. Les 10 premiers engins étaient prévus par la précédente LPM, et la suivante a intégré la suite logique, 8 autres, afin de pouvoir équiper les deux escadrilles (EOS1 et EOS3) du 4e régiment d'hélicoptères des forces spéciales, actuellement pourvues de Cougar (qui seront reversés à la 4e brigade d'aérocombat) et de 8 Caracal (à l'Armée de l'Air et de l'Espace). 

Le NHFS est le premier hélicoptère réellement conçu pour les forces spéciales de l'Armée de Terre, et amène notamment une boule optronique Euroflir 410, des communications dédiées, une capacité d'aéro-cordage et deux fenêtres pour les armes d'autoprotection, sur l'arrière, à proximité immédiate des lance-leurres. L'appareil va aussi être qualifié pour disposer du support d'armement assisté (SAA), permettant d'améliorer la précision des armes, qu'il s'agisse d'une mitrailleuse de 7,62 mm ou plus certainement, d'un fusil de tireur d'élite (de 7,62 mm à 12,7 mm). 

Améliorer encore la vision

Potentiellement, d'autres briques -notamment des armements axiaux ou latéraux- pourraient aussi être ajoutés mais à ce stade, la priorité est surtout de trouver des partenaires financiers pour la deuxième étape du NHFS permettant d'améliorer encore la vision, notamment de nuit et en environnement poussiéreux avec le système EuroFleye. La présence de 13 délégations de directeurs de programmes d'hélicoptères, invités par la DGA, contribuera peut-être à décider des clients pour des appareils neufs, ou de rétrofits de leurs NH90 en service.

L'escadron d'hélicoptères 1/67 Pyrénées de Cazaux doit aussi moderniser ses Caracal, particulièrement avec des liaisons de données tactiques, adapter son autoprotection et même si le sujet est déjà ancien, considérer de renforcement de ses armements embarqués, par delà l'existant (mitrailleuses 7,62 mm et 12,7 mm, canon SH20 déployable à la porte). 

La possibilité d'intégrer des missiles et roquettes (guidées laser ou non) a aussi été démontrée par Airbus Helicopters, qui planche également sur l'intégration sur H225M d'une capacité d'interaction avec des drones en vol, y compris pour contrôler leur charge utile, et non pas seulement bénéficier de leur production image. 

Le Guépard deviendra un sujet dans la prochaine décennie (et donc la prochaine LPM), en remplacement des Gazelle au 4e RHFS (qui continue à les faire évoluer, notamment avec des réservoirs supplémentaires) et des Fennec. A ce stade, l'Armée de l'Air et de l'Espace n'a pas exprimé de volonté d'intégrer des Guépard dans sa brigade des forces spéciales (BFSA) mais les capacité offensives par ces derniers (notamment la roquette guidée laser) sont extrêmement tentantes.

Montée en puissance de l'A400M

Dans les enveloppes budgétaires figure aussi la rénovation de huit des 13 C-130H Hercules en service depuis 1987. Très bon serviteur des opérations spéciales dans l'ombre du Transall, le C-130H est aujourd'hui le seul appareil du segment médian, depuis le retrait accéléré du C-160 en 2022, un an avant l'heure dite. Mais, il cumule les soucis, avec des moteurs T-56 fatigués, comme ses soutes. 

Le rétrofit ajoute une boule optronique MX20 nasale, une autoprotection et une avionique modernisée. Le programme a pris énormément de retard, seulement deux avions auraient été modernisés, avec un troisième en cours, alors que le contexte de l'appareil se complexifie. L'industrie américaine annonce des augmentations de prix pour les pièces, toutes les visites techniques prennent de plus en plus de temps, avec de nouvelles scories découvertes quasiment à chaque fois. 

Au final, de quoi amener l'Armée de l'Air et de l'Espace à s'interroger sur cette flotte, partagée entre l'escadron 3/61 Poitou -au service du COS- et du GAM-56 Vaucluse -de la DGSE-. L'appareil, et le segment médian qu'il incarne, reste pertinent dans la période actuelle de montée en puissance de l'A400M au sein du Poitou, et l'avion européen ne répondra pas forcément à tous les contextes. 

Le C-130J présente une forme d'alternative, mais il est aujourd'hui utilisé à des fins conventionnelles par l'escadron franco-allemand d'Evreux, dont quatre en propre pour les Français. Même si une capacité était intéressante pour le COS, la capacité de ravitaillement des hélicoptères Caracal avec les deux KC-130J en exploitation. 

Seulement, l'A400M la possède aussi désormais, et le Poitou comme l'escadron d'hélicoptères Pyrénées ont pu, pour la première fois début février assurer une campagne de formation de leurs personnels. Le mouvement est donc lancé, et s'inscrit d'ailleurs dans une accélération de l'ouverture de capacités par le quadrimoteur européen, avec (ou sans) les forces spéciales. 

Le centre d'expertise aérienne militaire (CEAM) vient de boucler deux séquences de déploiement en zone de grand froid au Canada et au Groenland avec déploiement sur des terrains sommaires (à l'autre extrême météo, il est aussi qualifié pour des atterrissages sur le sable) et a également réalisé un largage d'embarcation Ecume de la marine, longue de 9,3 m pour un poids maximal de 7 tonnes. 

Capacité de prendre à revers le déni d'accès

Le C-130H pouvait le faire, mais à moins longue distance, moins rapidement, et les boudins externes de l'Ecume devaient être dégonflés du fait de l'étroitesse de la soute. La capacité Atlas est donc un vrai plus, y compris si le C-130H devait connaître une fin précipitée. C'est aussi une capacité de prendre à revers le déni d'accès, du fait de l'endurance de l'Ecume, à plus de 250 nautiques, tout en assurant aussi une capacité d'intervention réactive le temps que des navires de la marine puissent rallier une zone d'intervention, dans le cas d'une prise d'otages par exemple. 

Le même avion pourrait aussi aéro-larguer du carburant pour le chemin retour de l'Ecume. Et l'A400M pourrait même apporter à la manœuvre des commandos marine, grâce à ses capacités de communications, sur le transit vers la zone d'intérêt, puis avec du renseignement image (ROIM). Depuis près de 20 ans, le Poitou dispose de cette capacité -sur Transall et désormais Hercules- et cherche à l'intégrer sur A400M. 

C'est plus long sur cette flotte, face à un avion plus complexe, et qui ne lui appartient pas en propre de surcroît : là où il disposait d'une flotte réservée pour l'ancienne génération (jusqu'à quatre Transall et deux Hercules), les Atlas sont gérés en mutualisation au profit des missions conventionnelles du Touraine et du Béarn, et celles du Poitou. La première capacité, attendue depuis plusieurs années déjà, vise à reprendre l'architecture initiée sur Transall, avec un chassis positionné sur une porte para.

Elle est néanmoins limitée, car ne permet pas le vol pressurisé, ce qui trahit la position de l'avion et fatigue l'équipage. Ce mieux-que-rien amènera une première capacité avant l'été 2026, avant une intégration complète (permettant le vol pressurisé) dans le nez -comme la configuration actuelle sur C-130 modernisé- ou au niveau des ballonnets de train -comme cela avait été réalisé à la fin du Transall-. Celle-ci pourrait néanmoins prendre énormément de temps puisque la capacité totalement intégrée n'est pas attendue avant la prochaine LPM.

Le Twin Otter, la jeep volante du Poitou a encore, lui, de belles années devant lui, et sa succession n'est pas encore envisagée. Son spectre d'emploi s'ouvre encore, avec de récents essais du CEAM pour en larguer des munitions téléopérées (MTO) à voilure tournante. Le Twin est aussi capable de poser et de décoller en quelques dizaines de mètres sur des terrains très sommaires (route), pour infiltrer et récupérer un groupe action, mais aussi le larguer sous voile ou en ouverture automatique, de procéder à des largages petits colis, ou d'offrir une capacité de médicalisation.

Livraisons de drones

Le COS s'approche aussi des premières livraisons de son système de drone tactique léger (SDTL, ex-MAME pour medium altitude, medium endurance). Ce drone bi-charge mêlant optronique et guerre électronique (à minima un Imsi catcher) devra avoir une élongation supérieure à 100 km pour une autonomie de 7 à 8 h, un nombre d'opérateurs limité (idéalement deux, au maximum trois à quatre) et une capacité de transport réduite (un simple pickup ou la soute d'un hélicoptère). 

L'armement n'est pas explicitement prévu ; par contre, la capacité d'emport de microdrones et de munitions téléopérées a été manifestement envisagée. Le COS devrait tester six modèles différents dans le prochain semestre, prélude à un contrat avant la fin de l'année, et possiblement de premières livraisons en 2026. Plusieurs modèles pourraient finalement être acquis, pour répondre aux différents contextes d'emploi. 

Le besoin pour un tel type d'engin est patent depuis des années, mais l'aboutissement a longtemps buté sur la variable budgétaire, et une offre française qui n'était pas forcément aussi mature qu'aujourd'hui. Ce type d'engin aura en tout cas clairement manqué ces dernières années, notamment à Khartoum (Soudan), lors de l'évacuation de ressortissants, qui avait connu un blessé grave parmi les commandos du COS. 

Un événement qui aurait vraisemblablement pu être évité avec l'emploi d'un SDTL pour blanchir les zones d'engagement des groupes action. Le COS devrait bénéficier de 8 systèmes à 2 ou 3 vecteurs. Le besoin initialement spécifié par le COS intéresse aussi désormais au moins l'Armée de Terre, qui doit faire grossir rapidement ses capacités dans ce domaine. 

La maturité du Coyote

Les différentes composants connaissent aussi une frénésie de développement de MTO basiques, tirant le retour d'expérience des combats en Ukraine pour certaines, mais des projets étaient encore plus anciens. C'est le cas de Coyote, qui avait été expérimenté dès 2021 par le commando parachutiste de l'air n° 30, grâce à l'inventivité d'un de ses caporaux-chefs et à sa maîtrise des microdrones FPV. 

Le dossier a ensuite maturé en plusieurs étapes pour plusieurs types d'applications : de la reconnaissance optronique et potentiellement une petite capacité de renseignement d'origine électromagnétique dans un rayon de quelques kilomètres, et donc, également, la capacité d'emporter une charge explosive. Le microdrone de moins de 2 kg serait aujourd'hui mature, avec une vitesse d'environ 150 km/h, un vol d'une dizaine de minutes et plusieurs kilomètres de rayon d'action. 

L'objectif consistant à disposer d'un vecteur multimissions, sacrifiable et rentable, fabriquable en impression 3D. Coyote pourrait former la base d'une famille, avec des vecteurs plus gros. Les unités du COS reçoivent aussi -plus tardivement que prévu- leurs véhicules de patrouille, initialement surtout envisagés pour les missions contre-terroristes en Afrique. Environ 200 ont été livrés ces dernières années sur un total visé de 350, aussi bien des VOSPAT de Technamm que des PLFS et VLFS d'Arquus. 

Le COS attend aussi désormais des versions spécialisées, les VOS Med (amubulance) et VOS Appui. Il va aussi recevoir des véhicules de ravitaillement en profondeur (VRP) fournis par Scania dans des temps records. Un exemplaire sera d'ailleurs visible à côté du NHFS durant le Sofins. La Marine, quant à elle, a obtenu ses propulseurs sous-marins de troisième génération (PSM3G) pour infiltrer ses nageurs de combat, depuis un navire, ou le hangar (DDS) d'un sous-marin de classe Suffren. 

Améliorer la discrétion des vecteurs 

Après plusieurs années d'effort et la remise à niveau du premier des deux DDS, la capacité complète devrait entrer en service opérationnel d'ici l'été. Dans les sujets transverses figurent des efforts pour améliorer la discrétion des vecteurs (principalement terrestres et maritimes), avec le recours à l'électrique. Les systèmes de gestion tactique sont aussi l'objet d'améliorations continues, comme c'est le cas, quasiment tous les six mois, du système Delta Suite du français Impact. 

Un système qui a aussi profité aux unités conventionnelles : encore en mars, la Marine l'a utilisé pour une manœuvre multidrones (trois drones aériens et deux de surface) au large du Var. Le format du COS (4 300 militaires) n'évolue plus : aller au-delà obligerait vraisemblablement à renier sur la qualité, et augmenterait la tension sur l'accès aux moyens 3D. 

La brigade des forces spéciales air en fournit un millier, entre le Poitou (environ 150), le Pyrénées (environ 250) et les deux unités de commandos parachutistes de l'air : le CPA10 (300) en charge de l'action directe, et le CPA30 (180) qui fournit l'appui (notamment drones). S'y ajoutent des modules d'appui spécifiques (sur l'infrastructure, le NRBC, les systèmes d'information et de communications...) et des unités référentes comme la 33e ESRA (reconnaissance et attaque avec ses Reaper et Vador) et l'escadron de chasse 2/30 Normandie-Niemen avec ses Rafale. 

Le niveau de déploiement a notablement baissé, avec la fin de la task force Sabre au Sahel, mais le task force Hydra, au Moyen-Orient, a été maintenue, pour lutter contre Daech, en Irak. Un plot de forces spéciales reste aussi pré-déployé à Djibouti, la seule base africaine française qui s'est maintenue, du fait de son positionnement stratégique dans la corne de l'Afrique. 

Des missions des formations se poursuivent aussi avec des forces alliées, permettant l'entretien, voire le développement des liens et la connaissance des zones qui pourraient connaître des déploiements. Un système qui, depuis 1992, a contribué à l'efficacité du COS, et notamment, à conserver un coup d'avance, tout en éclairant -à tous les sens du terme- les forces conventionnelles.



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