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Défense
Fin du MRH90 en Australie : l'ultime rejet de l'armement européen au profit des Etats-Unis
Fin du MRH90 en Australie : l'ultime rejet de l'armement européen au profit des Etats-Unis
© Australian Army

| Nathanaël Barthel 622 mots

Fin du MRH90 en Australie : l'ultime rejet de l'armement européen au profit des Etats-Unis

Dans la lignée de l’annulation du super contrat de sous-marins à Naval Group, l’Australie continue de se rapprocher des USA dans le matériel de défense, notamment au détriment d'Airbus Helicopters qui voit en quelques mois Camberra renoncer à ses EC665 Tigres puis à ses NH-90.

La fin de l'EC665 Tigre en Australie, première mauvaise nouvelle pour Airbus Helicopter

Début 2021, Airbus Helicopter a essuyé un premier revers avec le remplacement surprise des 22 EC665 “Aussie Tigers” par 29 hélicoptères AH-64E de l’américain Boeing, malgré la proposition de porter l'appareil au standard Mk3 et d’en garantir la maintien en service jusqu’en 2040. Le pays renonce ainsi au partenariat industriel et stratégique conclu avec l'Europe et rejoint Singapour, l'Indonésie ou le Japon pour sa flotte d'hélicoptères d'attaque.

Cette décision surprend car les machines étaient programmées pour voler jusqu’en 2037 et offraient à l'Australie une cohérence avec l'utilisation d'une déclinaison locale du NH90, appelé MRH90 Taïpan que le pays avait commandé à 41 exemplaires et avait intégré dans ses flottes depuis 2007. Un contrat pour la modernisation de 12 Taïpan destinés aux forces spéciales avaient justement été signé avec NH Industries en 2019. Le Commandant en chef des Forces armées australiennes Angus Campbell avait pour sa part qualifié le MRH90  d'”hélicoptère extraordinairement avancé” en 2020.

Les critiques australiennes

Sur la dernière année, l’hélicoptère européen à été critiqué pour l'absence d’ouvertures de portes latérales (ce qui peut difficilement être considéré comme découverte), puis surtout pour la faible disponibilité de la flotte suite à une interdiction de vol ayant duré plus d’un mois à l'été 2021. Une difficulté rencontrée par plusieurs pays utilisant l'appareil, et qui serait en partie due à des difficultés d'approvisionnement liées à la situation sanitaire. Le pays aurait déja décidé de renouveler sa flotte par 40 UH-60M “Black Hawk” et a déjà commandé 12 UH-60R “Sea Hawk” en octobre pour un total avoisinant les 6 milliards de USD, mais les arguments avancés par les autorités australiennes sont difficilement compréhensible. 

En effet, les deux appareils américains choisis sont justement pointés du doigt année après année pour leur mauvais niveau de disponibilité aux Etats-Unis. Selon un rapport du l'U.S. Government Accountability Office (équivalent américain de la Cour des comptes) publié en 2020, les flottes de Black Hawk et Sea Hawk n'ont pas réussi à atteindre leurs objectifs de disponibilité une seule fois entre 2011 et 2019, principalement en raison de retards de livraison des pièces détachées et des maintenances non planifiées. L'argument du coût laisse également nombre d'experts dubitatifs : l'achat de ces appareils neufs permettrait de réaliser des économies par rapport au simple maintien de la flotte actuelle.

Le GAO présente le nombre d'années ou les différents types d'hélicoptères ont atteint leur objectif de disponibilité. Les Black Hawk évoqués pour remplacer le NH90 n'ont jamais atteint leur objectif entre 2011 et 2019.
Le GAO présente le nombre d'années ou les différents types d'hélicoptères ont atteint leur objectif de disponibilité. Les Black Hawk évoqués pour remplacer le NH90 n'ont jamais atteint leur objectif entre 2011 et 2019. © U.S. GOVERNMENT ACCOUNTABILITY OFFICE
Le GAO présente le nombre d'années ou les différents types d'hélicoptères ont atteint leur objectif de disponibilité. Les Black Hawk évoqués pour remplacer le NH90 n'ont jamais atteint leur objectif entre 2011 et 2019.

Des performances opérationnelles inférieures

D’un point de vue technique, le MRH90 reste largement supérieur dans de nombreux critères. La structure est en composite en forme de diamant avec des prises d’air verticales, permettant la meilleure furtivité de sa catégorie. Le Taïpan peut transporter également jusqu’à 20 commandos équipés sur une distance jusqu’à 910 kilomètres sans réservoir supplémentaires tout en restant crashworthy (aptes à protéger leur occupant en cas de crash), tandis que les capacités ne sont que de 11 pax équipés sur une distance de 510 km côté américain.

Un revirement avant tout politique

Le ministre de la défense Australien avance également que les nouveaux hélicoptères permettraient à la flotte australienne de s'aligner sur celle des États-Unis, ce qui est priorisé étant donné la situation dans la région. Les problèmes de disponibilité auront eu donc été le facteur déclenchant pour la fin du Taïpan, dans un contexte de montée en tension de la région Pacifique entre la Chine d'une part, les Etats-Unis et leurs alliés d'autre part.

Cette accumulation de déconvenues pour l'industrie de défense européenne pourrait également remettre en cause la campagne d'acquisition d’hélicoptères légers lancée à la mi-2020 pour les opérations spéciales. Les entreprises ayant manifesté leur intérêt étant à l’époque étaient Airbus, qui à formé le consortium “Team Nightjar” avec des partenaires industriels locaux pour une version dédiée du H145M, contre Bell formant une alliance avec Babcock et proposant le B429.

Peter Dutton, Ministre de la Défense australien depuis le 30 mars 2021, lors d'une visite le  9 avril 2021 sur la base de MRH90 de Townsville, pour leur 5ème anniversaire
Peter Dutton, Ministre de la Défense australien depuis le 30 mars 2021, lors d'une visite le 9 avril 2021 sur la base de MRH90 de Townsville, pour leur 5ème anniversaire © Australian Army
Peter Dutton, Ministre de la Défense australien depuis le 30 mars 2021, lors d'une visite le  9 avril 2021 sur la base de MRH90 de Townsville, pour leur 5ème anniversaire

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Oscar | 14/12/2021 09:37

Comme pour le F-35, une preuve supplémentaire, s'il en était besoin, que les qualités intrinsèques des équipements sont souvent de peu de poids dans les décisions d'acquisition.

Petrau | 14/12/2021 17:12

L'Australie commet une erreur stratégique en mettant tout ses œufs dans le même panier (américain). L'histoire de l'abandon de l'Afghanistan devrait être dans toutes les mémoires. Que les australiens obéissent à l'oukase d'acheter outre-atlantique illustre parfaitement ce qu'est un abandon de souveraineté. Ceci est toujours porteur de danger. Le moment venu, et du fait de l'inévitable rééquilibrage des puissances au profit de la Chine, les américains seront amenés à discuter avec cette dernière. Et l'Australie avec ses immenses ressources de minerai pourrait faire une belle monnaie d'échange. Je le répète, il est toujours tragique d'abandonner sa souveraineté.

Hannosset Étienne | 16/12/2021 19:18

Le titre est orienté et mensonger. L’Australie à déjà signé deux mega contrats avec Rheinmetall et va vraisemblablement en signer un troisième. Je ne parle même pas des contrats avec Navantia.

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