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Défense
Sommet de l'OTAN de Madrid : adhésions, soutien à l'Ukraine, renforcement des moyens et nouveau Concept Stratégique
Sommet de l'OTAN de Madrid : adhésions, soutien à l'Ukraine, renforcement des moyens et nouveau Concept Stratégique
© NATO

| Gaétan Powis 1519 mots

Sommet de l'OTAN de Madrid : adhésions, soutien à l'Ukraine, renforcement des moyens et nouveau Concept Stratégique

Le Sommet de Madrid est très important pour l'OTAN : la Turquie doit lever son veto sur l'adhésion de la Finlande et de la Suède, un plan d'aide non létale doit être décidé pour l'Ukraine, un nouveau Concept Stratégique doit être adopté suite au changement de l'environnement stratégique et de fait, l'OTAN revoit ses capacités fortement à la hausse et notamment sur son flanc Est.

Un sommet avec de nombreux invités

Entre les 28 et 30 juin, les chefs d'États et de gouvernements des pays membres de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) vont se rencontrer à l'occasion d'un sommet de l'OTAN à Madrid (Espagne). Il doit démontrer une fois de plus l'unité de l'Alliance face à une crise majeure, à savoir l'annexion de la Crimée par la Russie. Cette unité ne concerne pas seulement les 30 pays membres puisque des délégations de plusieurs États partenaires sont également invitées :

  • Géorgie
  • Australie
  • Nouvelle-Zélande
  • Japon
  • Corée du Sud
  • Ukraine, dont le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui s'est adresser à l'assemblée par visioconférence ce mercredi

D'après les mots du Secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, ce sommet est très important :

"Le Sommet de Madrid sera un somme pivot. Nous nous mettrons d'accord sur un nouveau concept stratégique, le Concept Stratégique de Madrid, qui sera le modèle de l'OTAN dans un monde plus dangereux et imprévisible."

Le problème du veto turc sur les adhésions finlandaises et suédoises

Ce mardi 28 juin, en ouverture du Sommet de Madrid, l'OTAN a déjà réglé un gros problème, apparu à la mi-mai 2022 : il s'agit du désaccord de la Turquie sur l'adhésion de la Suède et de la Finlande. Le président turc Recep Tayyip Erdogan mettait un veto depuis la mi-mai sur ces deux adhésions. Ce mardi soir, Jens Stoltenberg a officiellement annoncé qu'un accord avait été signé entre la Turquie, la Finlande et la Suède.

Un problème d'avions de combat ?

Officiellement, les États-Unis ne seraient pas intervenus auprès de la Turquie dans ces négociations. Cependant, il fort probable que ces derniers aient joués la carte de la modernisation de la flotte d'avions de combat turque : dans une récente interview, le Président turc avait souligné qu'il était important pour son pays de relancer le contrat de 40 F-16 de seconde mains mais modernisés au Block 70 Viper et l'achat de 80 kits de modernisation. 

Or, durant une interview datée du 29 juin 2022, l'assistante au Secrétaire d'État à la Défense, Celeste A. Wallander, a confirmé que des discussions étaient en cours :

"[...] le Department of Defense soutient pleinement les plans de modernisation de la Turquie pour sa flotte de F-16. Ces plans sont en préparation. Et, vous savez, ils doivent passer par nos processus d'acceptation de marchés. Mais les États-Unis soutiennent la modernisation de la flotte de chasseurs turcs parce que c'est une contribution à la sécurité de l'OTAN et donc à la sécurité américaine."

Pour rappel, la Turquie possédait en janvier 2022 un total de 167 F-16C de combat et 86 F-16C/D d'entrainement. L'Armée de l'air turque comprenait aussi à cette date un total de 48 F-4E Phantom II de combat, mis en service entre 1978 et 1993 (pour la plupart en seconde main).

Un résumé du 29 juin en une conférence de presse

La conférence de presse du Secrétaire général de l'OTAN résume assez bien les différentes thématiques abordées et décisions prises durant ce 29 juin.

Résumé des récentes décisions prises par les chefs d'États et de gouvernements des 30 pays membres de l'OTAN lors du Sommet de Madrid (juin 2022).
Résumé des récentes décisions prises par les chefs d'États et de gouvernements des 30 pays membres de l'OTAN lors du Sommet de Madrid (juin 2022). © Air&Cosmos
Résumé des récentes décisions prises par les chefs d'États et de gouvernements des 30 pays membres de l'OTAN lors du Sommet de Madrid (juin 2022).

"[...] La guerre du président Poutine contre l'Ukraine a brisé la paix en Europe et a créé la plus grande crise sécuritaire en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.[...] L'OTAN a répondu avec force et unité. [...] L'Ukraine peut compter sur nous aussi longtemps qu'il le faudra. Les Alliés continueront à fournir une aide militaire et financière importante. Et aujourd'hui, les dirigeants ont convenu de renforcer notre soutien en convenant d'un programme d'assistance global [Comprehensive Assistance Package] pour l'Ukraine. Cela comprend : 

  • des communications sécurisées
  • du carburant
  • du matériel médical
  • des gilets pare-balles
  • des équipements de déminage
  • des équipements pour contrer une menace chimique et biologique
  • et des centaines de systèmes anti-drones portables

A plus long terme, nous aiderons l'Ukraine à passer de l'équipement de l'ère soviétique à l'équipement moderne de l'OTAN : booster l'interopérabilité, renforcer d'avantage ses institutions de défense et de sécurité.[...] Une Ukraine forte et indépendante est vitale pour la stabilité de la zone euro-atlantique.

Aujourd'hui, les dirigeants de l'OTAN ont décidé un changement fondamental dans notre défense et notre dissuasion pour répondre à une nouvelle réalité de sécurité :

  • nous renforcerons nos défenses avancées, 
  • nous améliorerons nos groupements tactiques dans la partie orientale de l'Alliance, jusqu'au niveau de la brigade,
  • nous transformerons la Force de réaction de l'OTAN et augmenterons le nombre de forces à haut niveau de préparation à plus de 300.000.

Nous augmenterons également notre capacité à nous renforcer, notamment avec :

  • davantage d'équipements prépositionnés et des stocks de fournitures militaires,
  • plus de capacités déployées vers l'avant, comme la défense aérienne,
  • renforcement des capacités de commandement et de contrôle
  • et des plans de défense mis à jour, avec des forces pré-assignées pour défendre des alliés spécifiques

C'est la première fois depuis la guerre froide que nous avons ce genre de plans avec des forces pré-affectées. Ils travailleront avec les forces de défense intérieure et se familiariseront avec le terrain local, les installations et les stocks prépositionnés pour que nous puissions nous renforcer encore plus vite.

Faire plus coûtera plus cher. Aujourd'hui, les Alliés se sont réengagés à respecter l'engagement que nous avons pris en 2014 de consacrer au moins 2 % de leur PIB à la défense. [...]

Les Alliés investissent davantage dans des capacités modernes, contribuent à plus de déploiements et d'exercices OTAN et nous avons convenu d'augmenter le financement commun de l'OTAN pour financer les installations dont nous avons besoin pour le renforcement, ainsi que plus de formations, d'entrainements, de commandement et de contrôle et d'engagements avec des partenaires.

Nous sommes confrontés à un changement radical de notre environnement de sécurité. Et la concurrence stratégique augmente dans le monde entier. Aujourd'hui, les dirigeants ont donc approuvé le nouveau concept stratégique de l'OTAN - il est publié au moment où nous parlons. C'est le nouveau Concept Stratégique [il définit les valeurs fondamentales, principes et tâches de l'OTAN par rapport à son environnement]. [...] Il indique clairement que la Russie représente « la menace la plus importante et la plus directe » pour notre sécurité. Dans le concept actuel, nous affirmons que la Russie est un « partenaire stratégique ». Dans le concept actuel, nous ne mentionnons pas la Chine avec un seul mot. Dans ce document, les Alliés déclarent que les politiques coercitives de la Chine « défie nos intérêts, notre sécurité et nos valeurs ». Le concept définit également notre position commune sur la lutte contre le terrorisme, ainsi que les cyber-menaces et les menaces hybrides.

[...] Nous lançons le Fonds Innovation de l'OTAN. Soutenu par les Alliés, il investira 1 milliard d'euros dans des start-up et des fonds développant des technologies émergentes à double usage, comme l'intelligence artificielle. En collaboration avec le Defence Innovation Accelerator for the North Atlantic - ou DIANA - le nouveau fonds exploitera la meilleure nouvelle technologie pour la sécurité transatlantique. 

Le changement climatique est un défi majeur de notre époque et l'OTAN s'est engagée à jouer son rôle pour atténuer l'impact sur notre sécurité. Aujourd'hui, nous avons convenu d'une nouvelle méthodologie pour cartographier les émissions militaires de gaz à effet de serre et nous nous sommes mis d'accord sur des objectifs concrets pour réduire les émissions de l'OTAN. Notre objectif est de réduire les émissions des organismes et commandements de l'OTAN d'au moins 45 % d'ici 2030 et de tendre vers le Net Zero d'ici 2050. C'est une étape importante pour notre Alliance. Nous ne pouvons pas choisir entre avoir des armées vertes ou des armées fortes. Ils doivent être les deux. [...]

Dans un monde plus dangereux et plus compétitif, nous devons travailler encore plus étroitement avec des nations et des organisations partageant nos mêmes idées. Cet après-midi, nos partenaires indo-pacifiques, l'Australie, le Japon, la Nouvelle-Zélande et la République de Corée, participeront pour la première fois à un sommet de l'OTAN. Nous serons également rejoints par l'Union européenne, la Finlande, la Géorgie et la Suède. Aujourd'hui, les dirigeants de l'OTAN ont pris la décision historique d'inviter la Finlande et la Suède à devenir membres de l'OTAN. L'accord conclu hier soir par la Turquie, la Finlande et la Suède a ouvert la voie à cette décision. [...] Et hier soir, nous avons rencontré le président Erdoğan, le président Niinistö et le Premier ministre Andersson, et nous avons pu parvenir à l'accord final."

Durant la séance de questions-réponses, le Secrétaire général a notamment parlé des livraisons à l'Ukraine. Il a précisé que des annonces ont été faites par plusieurs pays dont l'Allemagne, la Norvège et les Pays-Bas. Il a aussi répondu à une question sur la durée d'intégration de la Suède et de la Finlande : il s'agit d'une des intégrations les plus rapides de l'Alliance puisque ces deux pays ont demandé à devenir membre de l'Alliance en mai et signeront le Protocole d’Accession à la fin de ce mois de juin. Il précise toutefois qu'il est impossible de donner une estimation pour leur complète intégration dans l'OTAN car les parlements des pays déjà membres doivent ratifier ces deux accords d'accession.


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