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Défense
Rafale Grèce : les dessous du contrat
Rafale Grèce : les dessous du contrat

| La Redaction

Rafale Grèce : les dessous du contrat

Si le premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a en effet annoncé le 12 septembre à Thessalonique, l'intention de son gouvernement pour procéder à l'acquisition de 18 Rafale, certains détails de ce contrat en gré à gré ne seraient toujours pas tranchés.

10+8 ou 12+6 ?

 

Le contrat avec la Grèce associerait appareils neufs et d'occasion

Contrairement au contrat avec la Croatie qui porte sur la revente de Rafale de seconde main prélevés sur les stocks de l'Armée de l'Air, celui avec la Grèce associerait appareils neufs et d'occasion. Le gouvernement français a proposé dans un premier temps la construction de 8 appareils pour soutenir la chaîne de production de Dassault Aviation. Mais les autorités grecques pencheraient elles plutôt en faveur de 6 Rafale neufs afin de réduire le coût du programme, et pour disposer dés que possible d'un escadron opérationnel. Et ce, d'autant que les avions d'occasion seraient eux extrêmement récents puisque tous au standard F3-O4T. Un standard déployé dans l'Armée de l'Air entre fin 2012 et 2018. Equipés du missile SCALP et du radar AESA RBE-2, ces 18 appareils offriront à la Grèce une supériorité aérienne incontestable face à la Turquie. C’est donc sans doute pour ne pas pénaliser les aviateurs français, mais aussi pour permettre à Dassault et à ses sous-traitants de faire face à la crise du secteur aérien, que le Ministère des Armées anticiperait la livraison de la cinquième tranche des Rafale.

Paris avant Washington

Cette décision du gouvernement Mitsotakis prise en fait à la fin du mois d'août, alors que les tensions avec Ankara culminaient après la collision en Mer Egée des frégates Limnos et Kemal Reis, aurait en fait surpris les industriels français. En effet fin 2019, Athènes s'était engagé auprès de Washington sur l'acquisition de deux contrats majeurs d'un montant total de 4,5 milliards de dollars : la modernisation de 84 F-16 au standard Viper, et l'achat de 24 F-35 à partir de 2024. Mais l'Elysée avait dès janvier 2020 initié un accord gouvernemental pour renforcer son alliance militaire avec la Grèce. Un accord qui prévoit notamment le renforcement de la présence de la Marine Nationale en Mer Egée, une coopération industrielle et des transferts de technologies accrus, mais surtout la mise en place d'opérations navales, aériennes et terrestres conjointes. Les effets de cet accord n'ont pas tardé à se manifester comme l'ont démontré la présence le 13 août dernier d'une frégate Lafayette près du port de Larnaca, suivie par l'arrivée simultanée de 2 Rafale français en Crète puis à Chypre, et enfin le 3 septembre par le déploiement du bâtiment d’écoute de la Marine Nationale, le Dupuy-de-Lôme. Le 8 septembre, la Ministre des Armées Florence Parly, s’entretenait avec son homologue Nikolaos Panayotopoulos pour entériner la décision du gouvernement grec.

Contrats d'armements et alliances de revers face à Ankara

Mais cet accord intergouvernemental est à placer dans une perspective plus globale, à la fois diplomatique et opérationnelle. Entre le mois de juin et de juillet, le parlement grec a approuvé plusieurs programmes militaires destinés à doter le pays d’atouts capacitaires face à Ankara. Comme la modernisation des hélicoptères gunship AH-64 Apache ou naval S-70 et MH-60, des 4 sous-marins type 214 avec de nouvelles torpilles lourdes ainsi que des missiles anti-navires AGM-84 Harpoon, ou encore des 4 frégates allemandes Meko 200. Par ces contrats de modernisation et d’acquisition le gouvernement Mitsotakis a donc non seulement fidélisé la France, les Etats-Unis, et l'Allemagne pour isoler diplomatiquement la Turquie. Mais il se place également en position de se doter à court terme de systèmes et d’équipements communs aux adversaires déclarés du gouvernement Erdogan comme l'Egypte, les EAU, ou encore Israël. Un contexte qui ouvrent la voie à de futures opérations combinées.
 

 

 

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Point derva | 14/09/2020 09:55

Très intéressé par vos commentaires informations sur la situation géopolitique militaire que connaît cette région du monde

vVDB | 14/09/2020 12:12

Il faut annuler les achats de F35... Il manque 2 porte avions à la France...

Murray Henly | 14/09/2020 23:43

Erdogan est en voie de conduire la Turquie vers l'abîme. En d'autres temps, il aurait déjà été victime d'un coup d'État, mais il a depuis longtemps déjà pris soin d'effectuer une purge chez ses généraux pour nommer des supporteurs.

hlo60 | 16/09/2020 12:05

Il s'agit ni plus ni moins d'une coalition contre les frères musulmans (QATAR et Erdogan/AKP en Turquie) qu'il va falloir mener sur tous les fronts et donc sur le long terme. Les Etats-Unis sont mal à l'aise dans cette histoire avec la Turquie qui est dans l'OTAN. Mais le Président MACRON a bien raison de dire que l'OTAN est dans une mort cérébrale, car elle l'est effectivement. Où est l'ennemi quand la Russie est notre allié de fait dans cette confrontation (les frères musulmans sont considérés comme une organisation terroriste en Russie et ils ont bien raison) ? Une solution de moyen terme est d'affaiblir Erdogan, tout en permettant la Turquie d'avoir ou de partager des réserves de gaz pour moins dépendre de la Russie qui tord le bars à tout le monde dans la région. Equation compliquée. Pour autant il faut pendant ce temps montrer les muscles pour amener les turcs à la table des négociations. Il suffit de regarder où se trouve l'ïle de Kastellorizo pour comprendre la rage des Turcs sur le découpage des zones exclusives maritimes. On pourrait également mettre dans l'équation la république fantoche du nord de Chypre mais là c'est une autre histoire.

hlo60 | 16/09/2020 12:07

.... la Russie qui tord le BRAS à tout le monde .... c'est plus lisible

Max | 17/09/2020 10:40

Commentaire judicieux. Il faut toujours laisser une porte de sortie à l'adversaire. Est-ce qu'Erdogan s'en contenter car son appétit est sans limite, il s'inscrit dans l'agenda des Frères musulmans mâtiné d'un relent d'Empire Ottoman. Gageons qu'il n'y ait personne pour répondre par la force à ses multiples provocations. Il appellerait au djihad des nations musulmanes contre l'Europe, terre d'accueil de millions de musulmans !

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