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Défense
Premier accompte émirati pour Dassault : le méga-contrat Rafale prend vie
Premier accompte émirati pour Dassault : le méga-contrat Rafale prend vie
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| Gaétan Powis 421 mots

Premier accompte émirati pour Dassault : le méga-contrat Rafale prend vie

Dassault Aviation a très récemment annoncé avoir reçu le premier acompte du contrat de 14 milliards signé avec les Émirats Arabes Unis. Ils seront les premiers utilisateurs à l'export de la dernière version du Rafale. Deux autres contrats avaient été signé le 3 décembre, confirmant la volonté des Émirats de moderniser leur Force aérienne.

Le contrat prend vie

Le 19 avril, Dassault Aviation a publié un communiqué de presse concernant le contrat Rafale émirati : Dassault confirme avoir reçu le premier acompte des Émirats Arabes Unis (EAU). Cette étape est importante car elle permet à Dassault d'officiellement lancer les divers développements concernant les futurs Rafale émiratis (avec leurs propres spécifications). Pour rappel, le 3 décembre 2021, la France et les EAU signaient un contrat de 14 milliards d'euros pour la livraison de 80 Rafale aux standards F4.

Le standard F4

L'Armée de l'Air des Émirats sera donc le premier utilisateur - en dehors de la France - du Rafale F4. Il suit la lignée des différentes améliorations du Rafale ;

  • F1 pour les premiers avions de la Marine
  • F2 pour l'ajout de capacités air-sol et air-air
  • F3 et F3R pour une polyvalence plus élargie

Le standard F4 comprendra :

  • Une meilleure connectivité ; nouvelles liaisons satellite et intra-patrouille, nouveau serveur de communication et radio logicielle.
  • Évolution des capteurs et aides au pilote grâce à une amélioration de l'optronique frontale, du radar et des capacités viseur de casque.
  • Emports d'armements modernes ; missiles air-air MICA NG ou encore la dernière version de la bombe AASM de 1.000 kg.
  • Un calculateur moteur modernisé ; la version actuelle a déjà fait ses preuves mais Safran est sur le point de terminer une version améliorée de ce dernier. Il sera d'ailleurs le premier calculateur moteur certifié aux dernières normes de cyber-sécurité.
  • Un nouveau Système de Pronostic et d'Aide au Diagnostique est également prévu (solutions basées sur le Big Data et l'intelligence artificielle).

Il est prévu que le premier Rafale F4 effectue les tests de validation du standard F4 en 2024 mais certaines fonctions seront disponibles dans le courant de cette année. Les premières livraisons aux EAU sont prévues en 2027, avec le dernier avion livré en 2031.

Les avions de combat de l'Armée de l'Air des Émirats 

En janvier 2022, elle comptait notamment :

  • 20 AT-802 (avion d'attaque au sol)
  • 56 F-16E (version multirôle)
  • 44 Mirage 2000-9/EAD/RAD (chasse/multirôle/reconnaissance armée)

En dehors des 80 Rafale commandés le 3 décembre il ne faut pas oublier les autres contrats puisqu'en tout, 3 commandes ont été formellement signées ce jour-là : les 80 Rafale avec Dassault Aviation (14 milliards d'euros), un contrat avec MBDA, concernant les munitions des avions, principalement des missiles air-air MICA NG et air-sol SCALP-EG pour un total de 2 milliards d'euros et enfin, un troisième contrat avec Airbus Helicopters pour 12 hélicoptères de transport tactique Caracal (1 milliard d'euros).

Mirage 2000-9 émirati lors d'un vol de démonstration.
Mirage 2000-9 émirati lors d'un vol de démonstration. © Dassault Aviation
Mirage 2000-9 émirati lors d'un vol de démonstration.

Répondre à () :

JP | 23/04/2022 15:21

(JP) LE RAFALE ET APRES. L'entrée en vigueur du contrat de 80 Rafale F4 notifié fin 2021 avec les Emirats, si elle ne constitue pas une surprise, consolide à un niveau élevé le carnet de commande de Dassault pour cet appareil, sans préjuger de commandes à venir dont certaines apparaissent probables. Ceci a pour effet de renforcer la capacité d'investissements de l'entreprise au bénéfice, si le choix en est fait d'un successeur pour le Rafale. Quel successeur pour le Rafale ? La voie semble toute tracée, le Scaf, fruit d'une coopération franco-germano-espagnole, est dans tous les agendas. Notons toutefois qu'il est le fruit d'une association d'intérêts divergents qui voient la France rechercher un appareil de combat de nouvelle génération afin de répondre aux besoins de l'AAE et de la Marine, alors que l'Allemagne qui reste par ailleurs attachée à un tropisme américain inébranlable, recherche au travers de ce programme à développer ses compétences et son industrie en matière d'aéronautique militaire. Toutefois, en admettant qu'il voit le jour, le Scaf, à sa mise en service en 2040/45 sera confronté à l'apparition de technologie disruptives alors matures à même de rendre obsolète son "design" fortement inspiré des appareils américains nomenclaturés 5G / 6G / ... (à suivre)

JP | 23/04/2022 15:42

(JP) (suite 1) Les technologies disruptives : elles s'appuient, pour l'essentiel, sur la physique quantique avec deux applications pertinentes aux avions de combat : les capteurs quantiques et les calculateurs quantiques. Les capteurs quantiques utilisent les propriétés de la physique quantique qui s'observent à l'échelle atomique (atome, ion, photon). L'état quantique de l'atome est "ultra-sensible" à la moindre modification de son environnement. Cette caractéristique est mise à profit pour l'élaboration des détecteurs quantiques. A titre d'application, Thales développe un analyseur de spectre capable de reconnaitre simultanément des centaines de fréquences différentes d'ondes radio-électriques caractérisées. L'application potentielle est la possibilité d'intercepter et d'identifier (au moyen de calculateurs quantiques, cf. ci-après) des communications, des ondes radars, des signatures d'avions et de missiles dans un spectre jusqu'ici inexploré. En ce qui concerne plus précisément la technologie des radars quantiques, elle s'appuie sur la disposition de paires de photons similaires. En raisonnant sur une seule paire de photons, le principe est que le radar émet un photon et garde en stock son sosie. Si en réception, le radar peut discriminer au milieu d'un flux radio-électrique intense, un photon identique à celui stocké, preuve est faite qu'un mobile est détecté (là encore, le calcul quantique est un élément fort de la discrimination). (à suivre)

JP | 23/04/2022 15:57

(JP) (suite 2) Le calcul quantique, quant à lui, apporte des capacités de traitement sans commune mesure avec les calculateurs actuels les plus puissants à architecture massivement parallèle. Les calculateurs quantiques, à la différences des calculateurs classiques qui gèrent des bits (0 ou 1) fonctionnent avec des qubits qui sont (en simplifiant) une superposition d'états entre 0 et 1 . IBM, GOOGLE, ATOS, l'industrie chinoise et d'autres développent d'ores et déjà les premiers ordinateurs quantiques. A titre d'exemple, le Google SYCAMORE a une capacité de 55 qubits, le chinois ZUCHONGZHI 2 a une capacité de 66 qubits, ce qui leur donne un potentiel de traitement plus de 10 millions de dois supérieur aux calculateurs classiques. On entre dans un autre monde. La difficulté étant que pour manipuler des qubits, il est necessaire de se situer au voisinage du Zéro Absolu (-273 °C). En France, l'ENS, le CEA, .... travaillent sur le calcul quantique. La start-up Alice&Bob s'est illustrée récemment en avançant la possibilité de générer des qubits "stables" puis de les multiplier dans un environnement convenable. L'horizon fixé est 2026, autant dire demain..... (à suivre)

JP | 23/04/2022 16:43

(JP) (suite 3) Retour au successeur du Rafale. Les capacités des détecteurs et des calculateurs quantiques rendront à l'évidence totalement obsolètes des appareils au design furtif tels que les F22, F35, .... et un Scaf qui de prime abord s'en inspire. Alors, pourquoi ne pas reprendre le problème à zéro en considérant toutes hypothèses jusqu'ici écartées au nom de la sacro-sainte furtivité et d'un fonctionnement en réseau unifié autour du contestable F35. Quand la France a proposé un partenariat stratégique à la Belgique visant à équiper sa force aérienne d'un appareil de nouvelle génération, le deal aurait inclus une contribution belge à l'élaboration d'un Rafale XL associant une évolution de l'appareil actuel aussi bien d'un point de vue de l'architecture que de celui de la cellule. A la même époque, on pouvait voir (dans A&C) des images d'un Rafale NG de dimension accrue par homothétie du Rafale actuel, doté de réservoirs conformes et d'antennes de radar de "peau" ..... (à suivre)

JP | 23/04/2022 16:53

(JP) (suite 4) Un substitut au Scaf pourrait être le développement de ce Rafale NG doté comme il se doit de toutes les capacités qu'offrira, à coup sur, à l'époque de sa mise en service toutes les technologies disruptives associées à la science quantique. Dassault Aviation est, sans conteste, un des tout meilleurs avionneurs et également un excellent intégrateur systèmes. La société est à la mesure du défit. Rien n'empêche pour autant des coopérations sur les "briques de base", comme en son temps (1999 et au delà) le programme d'études amont AMSAR (Airborn Multirole Solid State Activ Array Radar) franco / anglo / allemand avait permis d'élaborer les cellules AsGa dont Thales a su tirer profit pour construire le RBE2.

JP | 24/04/2022 14:41

(JP). (fin). Début janvier de cette année, Safran annonçait les échos premiers essais réussis d'une évolution sensible du M88 devant conduire à l'élaboration d'un nouveau moteur pour le Scaf. Les travaux ainsi engagés pourraient très bien être utilisés afin de motoriser un Rafale NG "sur vitamine".

| 27/04/2022 21:43

Peut-être monsieur (JP) pourrait il faire part de ses idées, qui me semblent intéressantes, à Dassault.

JP | 28/04/2022 08:37

(JP). Dassault est à la pointe des meilleures technologies. Et que sait on du plan B évoqué par Éric Trappier ? Bonne journée.

| 28/04/2022 12:52

Certes Dassault est au top mais maintenant que notre cher Président europhile est réélu, je crains que dans le duel Trappier (Dassault) contre Barre (DGA) il choisisse le point de vue du patron de la DGA pour une fusion des programmes Tempest et Scaf, au motif que c’est l’intérêt de l’UE ...

JP | 28/04/2022 14:10

(JP). La fusion des programmes Tempest et Scaf est un non-sens économique et industriel. Elle conduirait à la multiplication des spécifications, à la dilution des compétences, à la duplication des fabrications et à un allongement des délais. Tout ça pour fabriquer une machine probablement obsolète à sa mise en service.

| 28/04/2022 15:07

L’intérêt de la défense européenne est avant tout de disposer du meilleur matériel; ensuite de permettre à des entreprises Européennes de participer aux projets. Mais ne nous leurrons pas : il ne s’agit pas d’associer toutes les entreprises d’un secteur. Le but est de les mettre en concurrence et ensuite de sélectionner les plus intéressantes... Il est évident que dans le cadre d’une fusion des programmes Tempest/Scaf, il n’y a pas place pour BAE, Airbus et Dassault. Comme, il n’y a pas place pour RR, MTU et Safran.

JP | 28/04/2022 18:55

@|. Quand on voit la bataille de chiffonniers auquel se livre Airbus DS pour récupérer les commandes de vol du Scaf, on peut douter que votre (pertinente) vue des choses ait quelque chance d'aboutir. Mais cela fait du bien de rêver. Bien cordialement.

JP | 30/04/2022 17:13

(JP). Le problème posé plus largement est celui d'un changement de paradigme. Au cas d'espèce, il s'agit d'anticiper les conflits à venir dans un esprit prospectif et non plus dans la continuité des affrontements passés. La ligne Maginot était l'exemple parfait d'un outil "new look" à même de donner la suprématie dans un conflit du type de la 1ère guerre mondiale. Et puis vint la blitzkrieg. On connaît la suite. Plus près de nous, la reconnaissance aérienne ne se concevait qu'au seul moyen d'avions. Et puis sont arrivés les drones et, avec 20 ans de retard, nous disposerons peut-etre d'un Eurodrone... (a suivre)

JP | 30/04/2022 17:33

(JP). (suite). Il s'agit aujourd'hui de discerner les terrains futurs d'affrontements, que les confrontations soient de haute ou basse intensité : l'espace. le cyberspace, les fonds marins, .... et également d'identifier les technologies disruptives à l'échéance retenue : le domaine quantique, les armes à énergie dirigée, les vecteurs hypersoniques, ... A ce moment de la réflexion, il est pertinent de développer le plus en amont possible les briques de base technologiques qui devront intégrer à terme choisi les supports les plus pertinents qu'ils soient aériens, maritimes, terrestres, ... A quoi bon débuter aujourd'hui la construction d'un (seul) PA pour succéder au Charles de Gaulle. Quel en est le besoin ? Quelle est sa "chance de survie" à l'échéance de sa mise en service ? Doit-on, dès maintenant, construire un avion de 5ème, 6ème, ... génération par pure mimétisme industriel ? Je proposais ci dessus une autre démarche pour disposer du bon avion au bon moment. Là est le changement de paradigme.

| 05/05/2022 15:27

de jmG. à JP: Bonjour JP, je reviens vers vous après un moment d'absence. Vos craintes intuitives, vous amènent à penser que les technologies de ruptures, mis déjà en cours de gestation, rendent obsolètes les projets dont le SCAF. Pourquoi pas....? Dans le même temps vous craignez un abandon de l'allemagne par séduction de la technologie américaine. Hypothèse à retenir. Maintenant l'Allemagne peut jouer sur 2 tableaux le SCAF, et les projets américains G5, G6. Effectivement une trop grande frénésie européenne, en ces matières, pourrait entrainer un isolement de Dassault, mais par conséquent une grande difficulté pour l'industrie aéronautique française. Il y a déjà eu une tentative d'isoler Dassault dans les années 90-2000 avec l'Eurofichter-Typhoon, elle a échoué devant la supériorité du rafale ( mais pas grâce à Sarko et Hervé.Morin..). Les équipes de recherche en France, en matière de physique quantique, en application aéronautique-spatiale, ne sont pas manchotes. Les hypothèses que vous exprimez sont à garder sous le coude, de là à sombrer dans le pessimisme du pire, je n'irai pas jusque là. Bien amicalement. jm G.

JP | 06/05/2022 08:56

Bonjour. Merci pour votre commentaire très pertinent. Je ne suis en aucun rien pessimiste. J'essaie juste de procéder à une analyse lucide. La nécessité de changer de paradigme vaut d'ailleurs pour tout le monde et pas uniquement pour la France. Par ailleurs, la volonté d'abattre, ou au moins de marginaliser Dassault, est vieille comme l'entreprise Les américains s'y étaient déjà essayé avec le F104, ils continuent avec le F35. Mais les technologies de rupture et l'ouverture au delà de l'Europe (sans l'exclure pour autant) laissent la porte ouverte à bien des possibilités. Quant à l'Allemagne, hors du Scaf, elle a le choix entre l'achat sur étagère de matériel américain (ce vers quoi elle semble s'orienter) et un ralliement au Tempest (avec un rôle secondaire puisque la maîtrise d'œuvre est à Bae et les contributions majeures reviennent à SAAB et Leonardo, Airbus DS étant un acteur de second plan). Qu'en pensez vous ? Bien cordialement.

JP | 15/05/2022 12:20

@Gaetan Powis. Dommage que ne vous associez pas à cet échange. Tout ceci est d'une ardente actualité. Bien cordialement

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