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Défense
Montée en puissance des Forces armées polonaises : 500 HIMARS, 600 obusiers K9, 96 Apache,... [partie 2]
Montée en puissance des Forces armées polonaises : 500 HIMARS, 600 obusiers K9, 96 Apache,... [partie 2]
© US Army

| Gaétan Powis 1508 mots

Montée en puissance des Forces armées polonaises : 500 HIMARS, 600 obusiers K9, 96 Apache,... [partie 2]

Cette deuxième partie se concentre sur la montée en capacité des matériels de soutiens aux troupes terrestres : obusiers automoteurs de 155 mm, et les lance-roquettes longue portée HIMARS, l'achat d'hélicoptères de transport moyen AW149 ou encore d'hélicoptères de combat AH-64 Apache dont la commande a été récemment triplée !

Renforcement de l'artillerie lourde

Après le renforcement des capacités aériennes ou encore de la cavalerie lourde (voir la première partie de cet article), la Pologne a aussi décidé de renforcer son artillerie lourde. En février 2019, elle avait déjà signé un contrat pour l'acquisition de 20 lance-roquettes M142 HIMARS pour un montant de 414 millions de dollars. Ils font partie du programme polonais WR-300 HOMAR, visant à donner une capacité de frappe en profondeur pour l'artillerie polonaise, avec une portée de 300 kilomètres. De fait, les Polonais disposeront également de missiles ATACMS en plus des roquettes guidées. Ces systèmes (sans l'ATACMS) ont déjà démontré leur capacité de destruction en Ukraine et ce, malgré leur faible nombre (

Le 26 mai, Mariusz Błaszczak, le ministre de la Défense polonais a annoncé par un tweet (ci-joint) avoir signé une lettre de demande (LOR) auprès des États-Unis pour l'importation de 500 HIMARS devant équiper 80 batteries. Les discussions sont toujours en cours.

A côté de ces HIMARS, il faut aussi prendre en compte la troisième partie de l'accord de coopération avec la Corée du Sud. En effet, après les 48 avions d'attaque FA-50 et 1000 chars K2/K2PL, la Pologne prévoit aussi l'achat de 600 obusiers automoteurs K9 de 155 mm. Hanwha Defense a d'ailleurs signé le 26 août le contrat d'une valeur de 2,4 milliards de dollars. Tout comme les chars, 212 K9A1 seront construits en Corée du Sud et livrés entre 2024 et 2026 (communiqué de presse). Après cette date, le reste de la commande de K9PL serait alors directement produite sous licence en Pologne. Il dispose d'une capacité shoot-and-scoot grâce à son chargeur automatique : en un peu plus de 2 minutes, un K9 peut s'être installé, avoir tiré 8 coups pendant une minute et s'être remis en mouvement. Il peut aussi tirer plusieurs obus avec une charge et une élévation différente, permettant à tous les obus d'arriver en même temps sur la cible (capacité MRSI). Ces deux capacités permettent d'éviter les tirs de contrebatterie ennemis ainsi que d'effectuer des frappes massives avec un faible nombre d'obusiers.

Enfin, la coopération entre ces deux pays ne semble pas s'arrêter à cet accord puisque la Pologne serait actuellement en discussion avec la Corée du Sud pour l'achat de lance-roquettes multiples K239 Chunmoo. Il s'agit d'un camion tout terrain équipé d'un lanceur proche du lanceur du M270 MLRS. Il n'aurait cependant pas la capacité de tirer des ATACMS.

En revanche, chacun des deux paniers de roquette peut emporter :

  • 20 roquettes de 130 mm d'une portée de 36 km
  • 6 roquettes de 230 mm d'une portée de 80 km
  • 6 roquettes guidées de 239 mm d'une portée de 160 km

Si les Polonais décident d'acheter ces lance-roquettes, ils seront probablement utilisés afin de remplacer les lance-roquettes de plus petites portée (BM-21 ou encore RM-70) pour les tirs de contre-batteries, laissant les HIMARS frapper dans la profondeur.

Sans oublier la défense aérienne et les voilures tournantes

Le système antiaérien Narew est bientôt sur le point d'être livré à la Pologne. Ce système antiaérien courte portée est développé par PGZ et MBDA afin de remplacer d'anciens systèmes antiaériens datant également de l'époque soviétique et devenus totalement dépassés. Cet article parle justement d'un récent exercice comprenant les divers véhicules d'une future batterie antiaérienne Narew.

Les hélicoptères sont aussi concernés puisqu'au début du mois de juillet, un contrat d'achat de 32 hélicoptères moyens AW-149 était signé (article sur le sujet). Toutefois, c'est surtout un autre contrat, qui a démontré une fois de plus le besoin urgent de monter en puissance pour la Pologne. Il s'agit du remplacement des 30 hélicoptères d'attaques Mi-24 Hind par 32 hélicoptères de combat. Les deux hélicoptères en lice étaient l'AH64E Apache ou l'AH-1Z Viper. C'est finalement l'Apache, dans sa version modernisée AH64Ev6 qui a gagné la compétition mais au lieu des 32 hélicoptères prévus, la Pologne a triplé la commande avec au final 96 Apache commandés (plus d'infos dans cet article) !

Des chiffres impressionnants

Les chars de combat montrent clairement la montée en puissance des forces terrestres polonaises. Ainsi, en gardant les Leopard déjà en service et en éliminant les matériels d'origine soviétique, la cavalerie lourde polonaise comprendra prochainement :

  • 180 K2
  • 116 M1A1
  • 250 M1A2 SEPv3
  • 142 Leopard 2PL (version 2A4 mais modernisées récemment)
  • 105 Leopard 2A5

De fait, à l'horizon 2025, les Polonais devraient disposer d'environ 793 chars de combats, avec 800 chars K2PL en passe d'être construits. Bien évidemment, sur ces 793 chars, certains ne sont pas récents mais il est possible de les moderniser. Par exemple, les Américains ont déjà demandé la modernisation de 100 M1A1 au standard M1A2 SEPv3 en plus des nouveaux M1A2 SEPv3. A titre de comparaison, les Armées de terre française et allemande possèdent aussi des chars plus anciens à côté de chars très modernes. Il n'empêche, leur nombre n'est en rien équivalent à la masse de char polonais ;

  • la loi de programmation militaire 2019-2025 prévoit un total de 200 chars Leclerc, dont 122 rénovés au standard XLR, en service au sein de l'Armée de Terre.
  • les Allemands de leur côté prévoient de disposer d'un total de 328 chars Leopard de différentes variantes à l'horizon 2023.

Pourquoi cette montée en puissance ?

La Pologne est très attachée à son indépendance et particulièrement face à l'Est. Historiquement, depuis 1918, la Pologne n'a été indépendante que pendant 54 années. Et encore, durant les premières années d'indépendance, elle a dû faire face à plusieurs invasions dont notamment l'invasion soviétique de 1919-1921. Les 50 autres années, la Pologne a été envahie par l'Allemagne nazie et l'Union soviétique sans qu'aucun pays allié ne vienne à son aide. En 1945, la Pologne est un champ de ruine et un cinquième de sa population est décédée, la plupart dans des crimes de guerre ou contre l'humanité. Les Soviétiques s'emparent alors du pouvoir et comme en 1939, les pays soutenant la Pologne ne protestent pas. Il faudra finalement attendre le 31 décembre 1989 pour voir la proclamation de la Troisième république de Pologne.

Il faut aussi ajouter un contexte géographique : en plus d'avoir vécu de nombreuses années sous l'emprise de Moscou, la Pologne est située sur la frontière Est de l'Union européenne mais aussi de l'OTAN. Elle partage avec la Lituanie 104 kilomètres et juste au sud de cette frontière, se trouve le corridor hautement stratégique de Suwałki. En cas de guerre, il est certain que les troupes Russes tenteront d'occuper la zone. Elle est le seul point de passage terrestre avec les trois États baltes sans devoir passer par un territoire russe. Or, elle se trouve tout juste entre l'exclave russe de Kaliningrad à l'Ouest et la Biélorussie à l'Est. Comme démontré au début du mois de février, la Biélorussie est un pays soutenant tout à fait la Russie, qui pourrait donc y déplacer des troupes. De l'autre côté, les Forces armées russes disposent de moyens nombreux et variés à Kaliningrad, avec des systèmes antiaériens longue portée, des missiles de croisières, des chars et autres blindés légers. De fait, le besoin de contrer la masse blindée russe au sein de cette plaine est vital pour la Pologne. A l'inverse, afin de soutenir la Lituanie, des brigades blindées de nombreux pays y sont déployées par rotations sous le commandement de l'OTAN.

Enfin, la plupart des commandes ont été effectuées récemment, et plus précisément après le déclenchement de l'invasion russe en Ukraine. Il s'agit réellement de l'élément déclencheur pour la Pologne. Avec son histoire troublée, la menace sur le corridor de Suwałki et un pays menaçant à l'Est, la Pologne a donc décidé de revoir à la hausse ses ambitions de défense. Cela doit lui permettre de disposer d'une force de dissuasion classique suffisante afin d'éviter tout risque d'invasion de la Russie. De plus, il ne faut pas aussi oublier que la Pologne a livré une partie de ses chars à l'Ukraine, diminuant de fait ses capacités de combat terrestre, dont de nombreux matériels datent encore de l'époque soviétique. 

Le Parlement polonais a déjà officialisé en mars 2022 (avec seulement cinq abstentions et aucun vote contre) l'augmentation de la part de PIB alloué aux Forces armées polonaises. Il devrait passer de 2 à prochainement 3%. Il est même possible qu'à termes, il arrive à 5 %. Le nombre de militaires devrait aussi plus que doubler, en passant de 110.000 à 250.000 soldats sous contrat (et 50.000 réservistes). Les Forces armées françaises, à titre de comparaison, devraient prochainement atteindre les 205.000 militaires.

Représentation du corridor de Suwalki. C'est depuis cette ville polonaise de 70.000 habitants que s'effectue la liaison terrestre entre la Lituanie, la Lettonnie et l'Estonie avec le reste du continent européen, en dehors de la Russie et de la Biélorussie. En cas de guerre, son contrôle est donc vital.
Représentation du corridor de Suwalki. C'est depuis cette ville polonaise de 70.000 habitants que s'effectue la liaison terrestre entre la Lituanie, la Lettonnie et l'Estonie avec le reste du continent européen, en dehors de la Russie et de la Biélorussie. En cas de guerre, son contrôle est donc vital. © Air&Cosmos (montage), Google Earth (carte)
Représentation du corridor de Suwalki. C'est depuis cette ville polonaise de 70.000 habitants que s'effectue la liaison terrestre entre la Lituanie, la Lettonnie et l'Estonie avec le reste du continent européen, en dehors de la Russie et de la Biélorussie. En cas de guerre, son contrôle est donc vital.

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