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Ukraine
[Guerre navale en Ukraine 1/2] Des dauphins dans Sébastopol, une corvette aux capacités mer-air augmentées et le problème mondial des exportations ukrainiennes
[Guerre navale en Ukraine 1/2] Des dauphins dans Sébastopol, une corvette aux capacités mer-air augmentées et le problème mondial des exportations ukrainiennes
© Mil.ru

| Gaétan Powis 1229 mots

[Guerre navale en Ukraine 1/2] Des dauphins dans Sébastopol, une corvette aux capacités mer-air augmentées et le problème mondial des exportations ukrainiennes

Depuis le début de la guerre, les Russes déploient de nombreux matériels sur le terrain mais aussi pour la protection de leurs bases en Russie ou en Crimée, comme le démontre les enclos pour dauphins à l'entrée de la base navale de Sébastopol. Les Russes cherchent aussi à garder une certaine maitrise de l'espace aérien au-dessus de leurs unités navales et ont récemment ajouté un système Tor sur un patrouilleur de haute mer. Enfin, la dimension maritime est très importante dans ce conflit car le blocus naval russe sur les ports ukrainiens peut créer de nombreuses crises mais donne également un moyen de pression mondial pour la Russie.

Des dauphins dans Sébastopol

Lors de la chute de l'Union Soviétique, l'Ukraine a récupéré de nombreux matériels mais aussi le "Akvamarin Sevastopol" où la flotte de la mer Noire entrainait des dauphins et des otaries. Depuis les années 90, les animaux étaient utilisés comme une attraction touristique ou à des fins thérapeutiques. Cependant, avec l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014, les animaux marins ont repris un entrainement militaire ; peu après cette annexion, un employé du complexe avait annoncé que les dauphins et otaries allaient être entrainés pour la recherche d'objets immergés et d'hommes grenouilles. Par ailleurs, en 2017, un zodiac de la Flotte de la mer Noire et un dauphin équipé (matériel inconnu) ont été photographiés dans le port de Sébastopol (tweet ci-joint).

Or, depuis le mois de février, un double enclos pour dauphin est visible à l'entrée de la base navale de Sébastopol. Ce serait le second déploiement de ces mammifères durant une opération de combat après la Syrie. Dans ce cadre-ci, les navires de combat russes sont en théorie à l'abri d'une attaque aérienne ukrainienne. En revanche, le réel danger devrait provenir de la mer, soit par un acte de sabotage ennemi, soit par des mines marines dérivantes. Avec un entrainement rigoureux, les mammifères sont capables de détecter d'infimes objets sous-marins dans des eaux troubles ou peu profondes, là où un sonar ne pourrait être déployé.

Les Russes ne sont pas les seuls à utiliser des mammifères marins à des fins militaires puisque depuis 1959, l'US Navy entraine des dauphins et des otaries via le programme US Navy Marine Mammal Program. La Corée du Nord se serait aussi lancée dans un programme militaire concernant des mammifères marins ainsi qu'Israël, mais pour ce dernier, aucune image ne vient confirmer l'utilisation de dauphins militaires.

Depuis le mois de février et grâce aux nombreuses photos satellites, il est possible d'apercevoir que les Russes ont déployé un bassin pour dauphins à l'entrée de la base navale de Sébastopol.
Depuis le mois de février et grâce aux nombreuses photos satellites, il est possible d'apercevoir que les Russes ont déployé un bassin pour dauphins à l'entrée de la base navale de Sébastopol. © Analyse : Air&Cosmos, Image : Maxar
Depuis le mois de février et grâce aux nombreuses photos satellites, il est possible d'apercevoir que les Russes ont déployé un bassin pour dauphins à l'entrée de la base navale de Sébastopol.

Un Tor sur une corvette

Depuis le 24 février, le croiseur lance-missiles russe Moskva était chargé de la couverture anti-aérienne de la mer Noire grâce à ses systèmes S-300F (SA-N-6). Toutefois, depuis la perte du bâtiment (article détaillé), seulement quelques navires disposent encore d'une capacité mer-air mais à courte portée. Les Russes doivent donc trouver des solutions afin d'améliorer la protection de leurs navires et pouvoir continuer leur blocus maritime.

Or, ce 7 juin, le patrouilleur de haute mer Vasily Bykov (projet 22160) était photographié avec un système antiaérien courte portée Tor. Cette classe de patrouilleurs ne dispose pas de systèmes antiaériens, hormis la possibilité pour l'équipage d'utiliser des MANPADS. Ce n'est pas la première fois que les Russes déploient un système Tor sur un navire : des essais avaient été effectués en 2016 avec l'intégration d'une plateforme Tor M2KM sur la plage arrière d'une frégate russe. La qualité des photos ne permet cependant pas d'identifier avec exactitude la version exacte du système Tor déployé sur le Vasily Bykov.

Certaines sources émettaient l'hypothèse que le patrouilleur était utilisé en tant que ferry pour amener le Tor sur l'île aux Serpents. Toutefois, les dernières informations situent le patrouilleur le 18 juin non loin de plateformes roumaines situées à environs 120 km au Sud de l'île aux Serpents (tweet ci-joint*).

Il reste à savoir comment réagira le Tor embarqué à l'environnement maritime : Quelle précision en haute mer ? Quel risque va poser la corrosion sur un système développé pour être utilisé sur la terre ferme ? Est-ce que le Tor utilise directement les capacités de détection du navire ? Une chose est sûr : d'après TASS, la Marine russe a annulé les six autres commandes de la classe Vasily Bykov suite au mauvais retour d'expérience après les opérations de combat. TASS annonce également la mise à disposition optionnelle de plusieurs systèmes Tor M2KM pour les cinq autres unités.

* [L'auteur du tweet a publié un erratum, il s'agit bien d'un Ka-29B et non d'un Ka-27 sur le second patrouilleur]

L'importance de la mer

Un blocus maritime

En 2020, l'Ukraine était le cinquième exportateur de blé mondial avec 18,1 millions de tonnes, juste derrière la France et ses 20,45 millions de tonnes. Les combats vont surement diminuer la production mais le problème principal reste le transport en dehors de l'Ukraine : 90 % des graines sont exportées par voie maritime. Le port de Marioupol était déjà, avant-guerre, sous un blocus partiel de la part des Russes puisque ces derniers ont construit un pont sur le détroit de Kertch, empêchant les navires à fort tonnage de passer de la mer Noire en mer d'Azov, diminuant dès facto la capacité d'export de ce port. 

En revanche, à l'Ouest, le grand port d'Odessa et les plus petits ports de cette partie de l'Ukraine sont à l'arrêt pour deux raisons :

  • En partie suite au danger des mines. En vue d'éviter la création d'un front russe sur leurs arrières, les Ukrainiens ont miné toute la côte et le déplacement de navires n'est désormais possible que par certains corridors mais le danger d'une mine perdue est bien existant.
  • Mais surtout parce que les Russes cherchent à empêcher la vente de ces graines pour interdire leur vente et donc diminuer les rentrées financières pour l'Ukraine.

L'exportation de graines

Ces graines sont bien évidemment achetées au sein du continent européen mais il ne s'agit pas d'une dépendance vitale, en comparaison à d'autres pays, comme le démontre le graphique ci-joint. 

C'est aussi un moyen de pression pour la Russie envers ces pays : la Russie produit elle aussi un nombre important de blé et peut faire chanter des pays dépendant du blé ukrainien, comme par exemple dans le cas où d'un vote à l'ONU sur une décision concernant le conflit en cours. Enfin, il s'agit là d'une bombe à retardement pour des pays faiblement stable voire instables comme le Liban, la Libye ou encore le Bangladesh.

L'exemple présenté ici ne reprenait que le blé mais les cultures ukrainiennes produisent aussi du maïs, des graines de tournesols (et son huile), etc ... que d'autres pays ne pourront également pas recevoir. 

Une solution étrangère ?

L'impossibilité pour l'Ukraine d'exporter son blé va devenir très problématique pour certains pays dont la situation interne n'est déjà pas très stable.
A court ou moyen termes, le blocus peut devenir très problématique pour certains pays dont la situation interne n'est déjà pas très stable. © Data : FAO / Mise en page : Air&Cosmos
L'impossibilité pour l'Ukraine d'exporter son blé va devenir très problématique pour certains pays dont la situation interne n'est déjà pas très stable.

Actuellement, le port de Constanța (Constanța, Roumanie) fait office de port de secours. Certains spécialistes s'accordent pour dire que ce dernier est le port le plus moderne de la mer Noire mais qu'il est trop petit pour faire face à l'afflux de produits agricoles ukrainiens de différentes sortes. Par ailleurs, le transfert entre l'Ukraine et la Roumanie n'est pas aisé et très lent : la différence d'écartement des rails oblige un lent transfert des wagons ukrainiens vers des wagons roumains. L'option routière est quant à elle congestionnée et ne peut soutenir un trafic élevé. Cependant, une fois arrivé dans ce port, deux solutions sont possibles pour les grains ; le transfert mondial par haute mer via la mer Noire ou un transfert axé sur l'Europe grâce à un canal reliant le port au Danube. Le port de Varna (Varna, Bulgarie), également sur la mer Noire, est plus éloigné mais moins congestionné. Il fait alors office de second port de sortie pour les exportations ukrainiennes.

La seconde partie sera centrée sur les récents combats en mer Noire. Le lien sera ajouté à cet article lors de la publication.


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