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Ukraine
Ukraine : L’Otan fait le pari de la guérilla (MàJ)
Ukraine : L’Otan fait le pari de la guérilla (MàJ)

| Yannick Genty-Boudry 1294 mots

Ukraine : L’Otan fait le pari de la guérilla (MàJ)

L’art de la guérilla est fermement ancré dans la culture militaire ukrainienne. Après la seconde guerre mondiale, l’armée soviétique qui venait pourtant de triompher de l’Allemagne hitlérienne, a dû lutter jusqu’en 1956 pour annihiler définitivement les groupes de partisans anti-communistes. Loin d’être dérisoires, les récentes livraisons d’armements légers occidentaux cherchent précisément à incapaciter le dispositif russe dans le cadre d’une stratégie du faible au fort. D'ailleurs dans une interview accordée à la BBC au lendemain du début de l'offensive russe, le général Adrian Bradshaw, l’ancien patron des SAS et ancien DSACEUR, déclarait « Sooner or later, russians will discover in Ukraine that their afghan nightmare was a tea party ». Quels sont les éléments qui permettent d’expliquer une telle assurance ?

Missiles antichars

Le mois dernier, Washington à fait parvenir à Kiev plus de 300 missiles FGM-148 Javelin d’une portée de 1,5 km utilisés pour la première fois en Irak face aux chars T-72 russes, qui constituent actuellement le gros des forces blindées déployées en Ukraine. Le 18 février, l’Estonie a également livré un « nombre substantiel » de ces missiles et a annoncé il y a 48h une nouvelle livraison, mais sans en révéler les quantités. Mais c’est la Grande-Bretagne qui a effectué dans ce domaine le geste le plus spectaculaire avec la livraison en janvier de 2000 NLAW (Next Generation Light Anti-Tank Weapon) conçu par le suédois Saab-Bofors et produit par Thales UK. Si sa portée ne dépasse pas 800m, il est surtout destiné à être utilisé dans les espaces confinés soit contre des blindés, soit contre les autres véhicules militaires ou encore des centres de commandement. Ces armements utilisables par de simples fantassins, sont particulièrement bien adaptés aux combats en zone urbaine. Selon nos informations la France étudierait quant à elle la livraison du nouveau missile portatif Enforcer déjà livré à l’Allemagne, ainsi que le MMP (Missile Moyenne Portée), qui a succédé au Milan. Associé au micro-drone NX70 de Novadem, le MMP permet à un opérateur d’exploiter la portée de 5000 m du missile sans jamais dévoiler sa position. Mais le MMP peut également permettre d’envisager des opérations de guérilla navale puisqu’un poste de tir intégré sur les embarcations légères réalisées par Zodiac a été présenté lors du salon Euronaval 2018. A ces livraisons s’ajoutent également les 1400 roquettes antichars Panzerfaust 3 que Berlin et la Haye ont décidé de livrer samedi. Mais tout le monde attend la décision d’Ankara, par ailleurs très lié à Kiev sur les programmes d’armements, pour la fourniture de nouveaux drones armés Bayraktar TB-2, connus pour avoir détruit plusieurs véhicules anti-aériens russes Pantsir ou Repellent en Libye, Syrie et Arménie. Des drones qui seraient parvenus ces derniers jours à neutraliser au moins deux colonnes de véhicules russes à proximité du Dombass et de Kharkiv. Or selon une déclaration du ministre de la défense ukrainien Alexei Reznikov, de nouveaux TB2 seraient sur le point d'arriver en transitant probablement par la Pologne. Et de fait, le site Flightradar24 démontre que des avions de fret Antonov 124 ukrainiens effectuent des allers-retours réguliers vers les bases militaires turques.

Manpads

Au cours de ces dernières années les missiles anti-aériens portatifs ou Manpads, ont constitué la principale menace pour les forces aériennes déployées sur les théâtres extérieurs. Le plus célèbre d’entre eux reste le missile Stinger américain médiatisé lors de l’invasion de l'Afghanistan par les troupes soviétiques, et modernisé depuis à plusieurs reprises. En 2018, l’ambassadeur d’Ukraine aux Etats-Unis, Valeriy Chaly, avait officiellement demandé l’acquisition de plusieurs milliers de ces missiles pour un montant de 750 M$. Kiev espérait alors constituer grâce à eux un arsenal hautement dissuasif face à Moscou. Mais cette demande est restée, du moins officiellement, lettre morte. La situation pourrait toutefois évoluer très rapidement, puisque ce week-end la Maison Blanche a demandé au Congrès de débloquer une aide de 6,4 G$, dont plus de la moitié porterait sur des équipements militaires. Si la Lettonie et la Lituanie ont déjà fait parvenir à Kiev quelques dizaines de Stinger ces dernières semaines, l’Allemagne et les Pays-Bas ont décidé d'en prélever prés de 700 sur leurs stocks pour les acheminer en urgence. La France étudierait également la possibilité de livrer ses missiles Mistral, et la Grande-Bretagne ses STARStreak. Si ce dernier réalisé par Thales n’a pas bénéficié des mêmes succès à l’export que le Mistral ou le Stinger, il présente toutefois l’avantage grâce à son guidage laser de résister aux contre-mesures infrarouge ou électromagnétique déployées sur la majeure partie des aéronefs russes, dont plusieurs centaines d'exemplaires sont actuellement impliqués sur le théâtre des opérations. Il semble que ce soit ce missile qui soit parvenu à tenir en échec la toute récente suite d'autoprotection Vitebsk-BM du groupe KRET, déployée sur les appareils Su-25, Mi-24, et Ka-52 qui sont désormais régulièrement détruits en vol.

Forces Spéciales

Certes la supériorité des forces conventionnelles russes est écrasante, mais loin d’être négligeables ces armements pourraient s'avérer disruptifs sur l’issue du conflit. Si lors de la première guerre du Golfe en 1991 la coalition a déversé sur l’Irak une quantité de bombes aériennes plus de cinq fois équivalente à toutes celles-utilisées lors de la seconde guerre mondiale, plus de 80% des missiles Scud qui constituaient alors la principale menace ont en fait été détruit par des commandos d'élite, comme les SAS, munis de simples missiles Milan. Enfin rappelons également que la livraison des missiles Stinger au travers de l’opération Cyclone, a précipité la défaite des Russes en Afghanistan à partir de 1986 en impactant leurs capacités aériennes de contre guérilla (entre 1500 et 2000 unités livrées). Si comme les Afghans, les Ukrainiens disposent de volontaires aguerris, ils disposent surtout de forces spéciales entraînés depuis plusieurs années par les américains aux procédures occidentales, et comptent plus de 4000 "Spetsnaz" qui ont hérité de toute la culture de leurs homologues russes. Suite à l’annexion de la Crimée, la CIA a en 2015 initié un programme d’entraînement au travers de son « Ground Department » (1). Contrairement aux formations prodiguées par le SOCOM (Special Operations Command) américain ou ses homologues de l’Otan, la Centrale américaine a préparé le groupe Alfa du SBU à faire face à une invasion russe en recourant aux techniques de contre ingérence, à la neutralisation des HVT (High Valuable Targets), ou à l'édification de réseaux du type « Stay Behind », sans oublier la projection en janvier dernier de plusieurs experts cyber dédiés à la Lutte Informatique Offensive (LIO). Si la France reste elle plus discrète sur l’implication du COS et surtout du 13e RDP qui avait développé lors de la guerre froide une réelle expertise pour s’infiltrer derrière les lignes soviétiques, on notera néanmoins la facilité avec laquelle le GIGN est parvenu à rejoindre l’ambassade de France alors que toutes les routes étaient saturées par les flux de réfugiés, et l'espace aérien tenu par l’aviation russe. Le Canada a en revanche officiellement reconnu avoir déployé depuis 2014 plus de 200 instructeurs renouvelés tous les 6 mois, et surtout depuis janvier un contingent du Special Operations Regiment (2). Une unité composée de 3 compagnies dédiées aux « actions directes » et non à l'instruction... Enfin, depuis quelques semaines plus d’une centaine de SAS et de SBS britanniques ont également été déployés pour former les ukrainiens aux techniques avancées de sniping, d’embuscade, d'analyse de vulnérabilités et de sabotage (3). Ainsi, en plus du soutien apporté par les forces spéciales baltes, polonaises, ou encore géorgiennes (4), auxquelles se seraient ajoutés plusieurs instructeurs israéliens originaires d’Odessa et de Kiev, les ukrainiens semblent parés pour mener avec des moyens tactiques des opérations stratégiques, mais aussi pour déjouer celles de leurs adversaires. Un dispositif qui cherche non seulement à compliquer les objectifs militaires de Moscou pour s'emparer des centres de décision politique et militaire concentrés dans Kiev, mais surtout à précipiter les forces russes dans le piège de l'enlisement via une guerre non conventionnelle, aux moyens autrement plus conséquents que celle menée par les Talibans ou les djihadistes de la bande sahélo-saharienne. Un dispositif entraîné depuis 2014 par plusieurs membres de l'Otan au sein de la base militaire de Yaroviv à 10 km de la frontière ukrainienne, et bombardée le 13 mars par les bombardiers TU-95MS russes. Toute la question consiste désormais à savoir comment Moscou contournera cet écueil, d’autant que son armée n'a plus les moyens de déployer les 700 000 hommes nécessaires au contrôle d’un territoire grand comme la France, et que le recours à la terreur semble exclu en raison des liens qui unissent de nombreuses familles russes et ukrainiennes. 

(1)https://www.latimes.com/opinion/story/2022-02-25/ukraine-cia-insurgents-russia-invasion

(2)https://globalnews.ca/news/8517110/canada-special-forces-ukraine-russia/

(3)https://mil.in.ua/en/news/britain-sent-more-than-100-special-forces-operators-to-ukraine-mirror/

(4)https://www.nato.int/nato_static_fl2014/assets/pdf/2022/2/pdf/Special-Operations-Forces-georgia.pdf

(5)https://www.nato.int/structur/nmlo/links/yavoriv-training-centre.pdf

Crash Mi-24 manpad.jpg
Un Mi-24 russe touché samedi par un missile Stinger.jpg ©
Crash Mi-24 manpad.jpg
TB2 Ukraine.jpg
Destruction de véhicules MLRS russes par un drone turc Bayraktar TB2.jpg ©
TB2 Ukraine.jpg
SBU 4.jpg
Les Spetsnaz ukrainiens du groupe Alfa entraînés par la CIA.jpg ©
SBU 4.jpg
https://twitter.com/i/status/1497643100373766144
https://twitter.com/markito0171/status/1497998365174513668?t=CjpUMX9xpCOPG7O3FpBYCw&s=03

Répondre à () :

Trophy974 | 27/02/2022 22:16

Il y’a donc des FS/instructeurs européens encore présents dans Kiev ou du moins sur le sol Ukrainien a l’heure où j’écris ce message ? Si j’ai bien compris, cela serait un bon point pour coordonner les acheminements d’armes venues d’Europes, former les ukrainiens à les utiliser et aider à la gestion de la défense de la capitale

anivia | 01/03/2022 09:33

Encore faut-il que ces armes arrivent jusqu'aux ukrainiens et soient utilisées au bon endroit....

luc | 03/03/2022 10:29

Même si Kiew tombe et que poutine mettent un régime fantoche comme à son habitude, le gouvernement peut être en exil ou ailleurs sur le territoire et la guerrilla continuera car personne n'obéira à ce régime, poutine a tout faux, et il le sait, seule sa haine ou sa folie, le fait continuer

Petrau | 03/03/2022 14:21

L'Europe s'honore en apportant son aide à L'Ukraine. Cet abominable agression aura au moins eu pour effet de faire prendre conscience aux européens qu'ils doivent prendre eux-mêmes en main leur défense. A cet égard, les décisions de l'Allemagne sont édifiantes. Et les États européens seront là, n'en doutons pas pour aider L'Ukraine à se relever et à l'intégrer dans leur espace de liberté

Loufi | 04/03/2022 02:39

Prendre en main leur défense mdr ??? Les commande d'abrahams, d'apache et de f35 vont pleuvoir.

Petrau | 04/03/2022 13:18

@Loufi. J'ai bien peur que vous ayez raison.... Cordialement.

Hannosset | 13/03/2022 18:55

@Loufi. J’espère que vous avez raison. Moi, à la place du responsable de la propagande chez Dassault, j’organiserais une opération spéciale avec un Rafale et une bombe nucléaire et en déjouant les défenses sol air russe (il suffirait que le Rafale vole à basse altitude) je détruirais Moscou. Sinon, Dassault ne vendra plus de Rafale sauf pour des opérations de police ...

luciano le viking | 07/03/2022 09:28

Si guerilla ...pourquoi attendre ...la meilleure defense c 'est l'attaque ! alors qu'une colonne de chars est immobilisee avant Kiev faute de bonne intendance ou autre statregie foireuse des russes ..et en plus avec des forets pour faciliter approche ..constituer un groupe de resistants tous les 500m en binome ( un avec lance missile anti chars + 1 à la Kala pour arroser et couvrir repli ) sur 30 km sur chaque flanc de cette colonne c 'est 2 fois 120 resistants ....en 1 mn un vrai merdier pour remettre colonne en marche avec carcasses et cadavres bonne chance

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