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Avions de combat
Le Shenyang J-15 change-t-il la donne face à Taïwan ?
Le Shenyang J-15 change-t-il la donne face à Taïwan ?

| Dénys Karakaya 1313 mots

Le Shenyang J-15 change-t-il la donne face à Taïwan ?

L’avionneur chinois Shenyang a révélé la photo d’un chasseur sur les réseaux sociaux chinois . L'appareil serait une nouvelle version du J-15, avion de chasse multirôle embarqué et apte au catapultage. Une véritable révolution capacitaire pour la Chine et une montée en puissance très importante pour le pays. Analyse de Dénys Karakaya, IPSA Paris, article extrait du reportage complet disponible dans le Air&Cosmos de la semaine.

Le J-15, héritier des projets soviétiques

Le Shenyang J-15 est un avion de chasse embarqué biréacteur de fabrication chinoise. Son développement, basé sur un travail de rétro-ingénierie fait sur deux prototypes de Soukhoï Su-33 récupérés en Ukraine, a officiellement commencé en 2006. Le J-15 existe actuellement sous 3 versions : une version monoplace multirôle, une version biplace d’entraînement et une version dédiée à la guerre électronique.

Appareil encore récent, le J-15 souffre de nombreux « problèmes de jeunesse ». Basé sur la technologie STOBAR (décollage sur porte-avion à la force des réacteurs uniquement), sa capacité d’emport se limite aujourd’hui à seulement 4 missiles, ce qui est bien peu pour un avion de supériorité aérienne et d’attaque d’objectifs maritimes de surface. Cependant, Shenyang semble apporter des réponses à ce problème de taille…

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Le Soukhoï T10-K7 est l’un des deux prototypes du Soukhoï Su-33 revendus à la Chine. ©
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Une nouvelle version à la fiche technique intéressante

Le 14 décembre 2021, l’avionneur Shenyang dévoile sur le réseau social chinois Weibo une photo montrant un appareil tiré par un tracteur de piste (image ci-contre).

Cet appareil est un J-15, avec de nombreuses modifications visibles. La première est le changement des pylônes d’emport missile en saumon d’aile qui adoptent la même forme que ceux montés sur le Shenyang J-16 (appareil basé sur le J-11, licence du Soukhoï Su-27SK). Ces nouveaux pylônes permettraient l’emport du missile air-air à guidage infrarouge chinois PL-10, dont les observateurs supposent une bien meilleure manoeuvrabilité que le PL-8 précédemment monté sur le J-15. Toujours du côté de l’utilisation de missiles infrarouges, le système IRST a été changé pour un système possiblement plus performant et à plus longue portée que celui des J-15 actuellement en service.

Plusieurs indices permettent également de déduire qu'un nouveau radar a également été installé. Sur la photo publiée par Shenyang, le radôme a été modifié ainsi que la position et la forme des lamelles pare-foudre qui y sont montées. Cette modification indique le passage possible à un radar à antenne active (AESA), dont la Chine maitrise déjà la technologie (notamment sur le J-10C, voir notre article sur le sujet), et permettant l’utilisation des derniers missiles développés tels que le PL-15 dont la portée opérationnelle officielle dépasse les 200 km. Ce nouvel équipement donnerait une très grande capacité au J-15, lui ouvrant les portes du combat BVR (Beyond Visual Range, au-delà du champ visuel du pilote). L'appareil disposerait donc de toute la panoplie des armements, des missiles courte-portée jusqu'aux missiles BVR.

L’appareil présenté par Shenyang serait la tant attendue version J-15T, capable d’être catapultée depuis un pont d’envol et dont les prototypes sont observés au sol ou en vol depuis 2016. Le tracteur de piste cachant la vue du train d’atterrissage ne nous laisse que le loisir de faire cette supposition sans pour autant la confirmer. Cet avion de chasse, en plus, n’a ni la peinture jaune caractéristique des prototypes chinois, ni les marquages de poursuite optique circulaires ; mais arbore une peinture grise assez proche de celle des avions de série. Cela semble indiquer une mise en service prochaine.

Photo du supposé premier exemplaire de série du J-15T, partagée sur les réseaux sociaux chinois par l’avionneur Shenyang
Photo du supposé premier exemplaire de série du J-15T, partagée sur les réseaux sociaux chinois par l’avionneur Shenyang © Shenyang
Photo du supposé premier exemplaire de série du J-15T, partagée sur les réseaux sociaux chinois par l’avionneur Shenyang
Premier prototype du J-15T, permettant de visualiser la roulette de nez renforcée, mais aussi les évolutions du nez.
Premier prototype du J-15T, permettant de visualiser la roulette de nez renforcée, mais aussi les évolutions du nez. © Andreas Ruprecht
Premier prototype du J-15T, permettant de visualiser la roulette de nez renforcée, mais aussi les évolutions du nez.
Le drone furtif Hongdu GJ-11 présenté lors d’une parade militaire pourrait jouer le rôle de drone embarqué sur le porte-avion type 003, pour escorter les appareils de combat
Le drone furtif Hongdu GJ-11 présenté lors d’une parade militaire pourrait jouer le rôle de drone embarqué sur le porte-avion type 003, pour escorter les appareils de combat © Fighter Jets World
Le drone furtif Hongdu GJ-11 présenté lors d’une parade militaire pourrait jouer le rôle de drone embarqué sur le porte-avion type 003, pour escorter les appareils de combat

Le J-15T, un possible élément dissuasif vis-à-vis de Taiwan

La Force Aéronavale Chinoise semble opérer une montée en puissance soutenue. En 2013, elle réceptionnait à peine son premier type d’avion capable d’opérer depuis son premier et unique porte-avion nouvellement achevé : le Liaoning. En 2019, la Chine met en service son second porte-avions STOBAR, basé sur le Liaoning : le Shandong.

Cette montée en puissance se confirme par les soupçons du lancement imminent du troisième porte-avions chinois : le Type 003. Ce bâtiment, équipé de catapultes électromagnétiques, aura la capacité de faire décoller des appareils plus lourds et aux missions très variées, mais qui sont encore au stade de développement. Seul le J-15T semble proche d’une mise en service depuis le Type 003. Cette nouvelle version, n’ayant plus la limitation sur la masse maximale au décollage inhérente au système STOBAR et dont la part des matériaux composites dans son aérostructure serait encore augmentée, pourra alors décoller à pleine charge et aurait donc la possibilité d’utiliser totalement ses 12 points d’emports.

Futur « camion à bombes » de l’aéronautique navale chinoise, le J-15T pourra être un élément dissuasif important envers Taiwan du fait de ses supposées capacités. D’autant plus que la Chine semble monter encore d’un cran les pressions envers son voisin : de plus en plus d’intrusions d’appareils chinois dans la zone d’identification de défense aérienne de Taiwan sont relevées, d’autant plus que ces appareils apparaissent en groupe de plus en plus grands…

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En haut : Première apparition en vol du Shenyang J-35, version navalisée du chasseur furtif FC-31. En bas : l'avion de guet aérien KJ-600, reprend l’architecture du Northrop Grumman E-2 Hawkeye americain. © Weibo & CCTV
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Porte-avion Type 003 en cours de construction dans les chantiers navals de Shanghai
Porte-avion Type 003 en cours de construction dans les chantiers navals de Shanghai © CSIS
Porte-avion Type 003 en cours de construction dans les chantiers navals de Shanghai

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Petrau | 21/01/2022 17:30

"Le J15 change t'il la donne face à Taïwan ?". Si vous me permettez, je pense que le problème se pose différemment. La Chine n'est pas une démocratie. Elle a le temps pour elle et elle "récupérera" l'île le jour où elle le décidera. On peut illustrer le raisonnement avec quelques considérations militaires : Taïwan est située à quelques encablures du continent, ce qui donne à la Chine un avantage logistique certain. Si le potentiel militaire de la Chine est encore inférieur à celui des Usa, le rattrapage se fait à une vitesse accélérée, en particulier dans le domaine naval... Mais de mon point de vue, évidemment contestable, les États-Unis n'interviendront pas pour secourir l'île. Non seulement leurs échecs en Iraq et en Afghanistan restera longtemps dans la mémoire du peuple américain et rendra très difficile une nouvelle aventure extérieure, mais la Chine ne commettra jamais l'erreur commise par le Japon en attaquant Pearl Harbour. N'oublions pas que les USA sont entrés en belligérance contre les forces de l'Axe uniquement après cette attaque. Par ailleurs, si nous observons ce qui se passe en Ukraine, on ne peut que constater que les américains ont déclaré que quoi qu'il advienne, ils n'interviendront pas militairement. Taïwan est tout simplement dans la zone d'influence chinoise et la Chine, première puissance démographique, sera inéluctablement à terme la première puissance tout court. Alors, J15 ou pas, le moment venu les dés seront jetés et on connaît l'issue. Mais ce n'est que mon opinion. Bien cordialement.

Hannosset Étienne | 25/01/2022 01:21

Vous avez beaucoup d’idées, cher ami. Finalement, vous avez toujours été face à une alternative : soit, personne n’accorde de l’importance à vos idées, disons, assez originales, soit vous avez terminé votre carrière comme expert es questions militaires auprès des plus grandes institutions militaires...

Phil | 21/01/2022 18:11

Juste pour dire que je trouve cette analyse très bonne, même si reste des variables, et qu'il ne faut pas sous-estimer la menace économique mondiale contre la chine. Il sera facile pour les américains de les ostraciser: c'est peut-être la puissance de l'unité chinoise qui peut conduire et justifier un isolement total: "on ne les connaît pas". Seuls contre le monde entier, c'est la défaite (de l'intérieur aussi) assurée.

Phil | 21/01/2022 18:17

J'ajouterais même que le comportement de leur chef est puissamment débile, car il suffirait de lâcher du lest sur les ouïgours, et de promettre plus de respect des brevets, pour dégonfler l'égo américain et leur enlever pas mal de justifications de conflits. Ne resterait à ceux-ci aux yeux du monde que l'évidence de leur volonté de domination.

Petrau | 21/01/2022 18:55

A. contrario, on ne peut que constater (et déplorer ?) que les protestations occidentales à propos des Ouïghours sont bien faibles. Justement parce que c'est la Chine. Évidemment, rien n'est jamais définitif et le régime chinois peut très bien s'écrouler comme en son temps l'URSS à la surprise générale. Mais rien ne dit pour autant qu'un nouveau régime ne serait pas tout aussi hégémonique dans sa zone d'influence.

Jdg | 21/01/2022 20:08

@phil: leur chef comme vous dîtes n'est absolument pas débile au contraire. Lâcher du lest pour faire quoi? Les usa ont plus besoin de la Chine que la Chine n'a besoin des usa. Ils laissent les usa fanfaronner mais au final quel changement ??? La Chine continue à augmenter sa puissance

Elyo | 22/01/2022 22:27

"La Chine récupérera Taïwan quand elle le décidera" est une déclaration très optimiste, pour cela il faudrait que les défenseurs de l’île renoncent à se battre et qu’ils ne bénéficient pas de la couverture radar et des moyens de détection des USA ! Si le conflit dure le prix à payer en vies humaines et matériels sera colossal pour la Chine qui n’a aucune expérience des guerres modernes. De plus comment réagirait le peuple chinois continental devant une hécatombe de ce qui ne sera qu’une guerre civile? "Les usa ont plus besoin de la Chine que la Chine n'a besoin des usa" là encore c’est une affirmation contestable car l’économie chinoise repose uniquement sur ses débouchés occidentaux et pas l’inverse. Si l’opinion mondiale ( hormis la Russie, l’Iran et la Corée du Nord ) poussse l’occident à boycotter l’Empire du Milieu c’est à coup sûr la ruine de son économie. Les dignitaires du PCC aiment trop leurs privilèges pour se lancer dans une guerre au cours de laquelle ils risquent de les perdre

Petrau | 23/01/2022 14:51

Si je peux me permettre, aucun pays n'a l'expérience des "guerres modernes". Tous les derniers conflits ont été des conflits asymétriques (Irak, Afghanistan,...) et force est d'ailleurs de constater que que ce sont les "faibles" qui l'ont emporté. Par ailleurs, un boycott de la Chine par l'occident (hormis le fait que l'Occident n'est qu'une partie du monde) est très improbable, si ce n'est inenvisageable, tant les économies sont interdépendantes. A noter également que des économies majeures, en Asie tout particulièrement, ont conclus un accord de libre échange économique avec la Chine qu' il serait pénalisant pour eux de dénoncer. Et même l'Inde qui n'entretient pas de bonnes relations avec la Chine n'ira pas jusqu'à la défier aux risque de fortes tensions sur ses frontières nord et ouest. L'Occident n'est (comprendre les USA) ne sont plus en mesure de régenter un monde devenu multipolaire. Enfin, n'oublions pas que la Chine réoriente depuis quelques années son système productif vers son marché intérieur, la rendant moins dépendante des exportations. Bien cordialement.

Hannosset Étienne | 25/01/2022 01:24

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