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Défense
Le contrat Rafale en Serbie au milieu de la guerre d'influence entre la Russie, l'Union européenne et la Chine
Le contrat Rafale en Serbie au milieu de la guerre d'influence entre la Russie, l'Union européenne et la Chine

| Gaétan Powis 493 mots

Le contrat Rafale en Serbie au milieu de la guerre d'influence entre la Russie, l'Union européenne et la Chine

Le Président serbe a publiquement dévoilé la volonté de son pays d'acheter des avions de combat Rafale. Cette manœuvre est perçue comme une volonté pro-européenne et d'éloignement de la Russie. Toutefois, il ne faut pas oublier que la Chine augmente aussi son influence en Serbie, risquant de mettre à mal ce contrat.

Une annonce du Président serbe

Le 11 avril, Aleksandar Vučić, le Président serbe, a annoncé que des discussions étaient actuellement en cours pour l'achat d'avions de combats Rafale. Le nombre de 12 appareils a été évoqué. La Serbie discute aussi avec trois autres pays pour un second lot de 12 avions de combat "occidentaux" (pour reprendre le terme utilisé par le Président serbe). Ces 24 avions de combat devront remplacer les appareils actuellement en service au sein de l'Armée de l'air serbe :

  • 17 J-22 Orao datant de l'époque yougoslave.
  • 10 MiG-29A/S de combat dont 4 de seconde main (russes, livrés en 2017).
  • 3 MiG-29UB d'entrainement dont deux de seconde main (russes, livrés en 2017).

Un contexte géopolitique européen

La Serbie souhaiterait rentrer dans l'Union européenne mais il faut d'abord qu'elle coupe ses liens avec Moscou. Depuis son indépendance, la Serbie entretient des relations très fortes avec la Russie. Elle est dépendante des énergies provenant de Russie. Elle a également acheté de très nombreux matériels militaires d'origine ex-soviétiques/russes. Par exemple, en 2021, elle commandait encore 4 hélicoptères de combat Mi-35 et 3 Mi-17 russes.

Toutefois, les commandes commencent à se tourner vers des appareils d'origine européenne : 

  • 6 hélicoptères H145M (2 de transport et 4 de combat) commandés en 2016 (livrés entre 2018 et 2020)
  • 11 hélicoptères  H145M commandés en 2021
  • 2 avions de transport tactique C-295W commandés en février 2022

Ce à quoi il ajouter la volonté d'achats de 12 avions Rafale et 12 avions "occidentaux".

Réception du premier hélicoptère H145M par le Ministre de la défense serbe.
Réception du premier hélicoptère H145M par le Ministre de la défense serbe. © Airbus
Réception du premier hélicoptère H145M par le Ministre de la défense serbe.

Le problème de l'influence chinoise

Cependant, la Serbie se rapproche aussi de la Chine. Ainsi, depuis 2019, la Serbie a emprunté 8 milliards de dollars à la Chine pour la rénovation d'infrastructures. Ce prêt devra être remboursé dans les 25 à 30 prochaines années. Il faut également ajouter les nombreux investissements toutes directions des entreprises d'état chinoises. En conséquence de l'augmentation de cette influence, elle se rapproche aussi militairement de la Chine ; en 2019, des militaires chinois avaient été invités à s'entrainer auprès des militaires serbes et elle a également acheté des drones et des systèmes anti-aériens longue portée (plus d'informations dans cet article).

Cette dernière commande de systèmes anti-aériens chinois pourrait devenir un frein au contrat des 12 Rafale : les utilisateurs et futurs utilisateurs asiatiques du Rafale verraient d'un très mauvais œil le binôme Rafale-matériels chinois. Par exemple, le Pakistan utilise de nombreux systèmes chinois que l'Inde a décidé de contrer avec des Rafale. Or, ce contrat avec la Serbie pourrait remettre en question l'avantage technologique du Rafale sur ces systèmes et de fait, remettre tout simplement en question les contrats concernant des Rafales en Asie. Pour rappel, en 2019, le contrat des F-35 turcs qui avait été rompu suite à l'achat de systèmes anti-aériens longue portée S-400 russes.

Ainsi, la Serbie cherche à se réorienter sur la scène internationale mais la course d'influence entre la Russie, l'Union européenne et la Chine pour cet État des Balkans ne fait que commencer.


Répondre à () :

JP | 15/04/2022 14:44

Le potentiel contrat serbe est marginal. Il est inopportun de signer une telle vente avec un pays peu fiable aux alliances incertaines. Pat ailleurs, les conséquences de la vente de Rafale au Qatar auraient dû être tirée.

zlatan | 15/04/2022 17:22

On voit que le dernier post est pas très informé... La serbie est un état réellement neutre. Je l'invite à regarde l'article politique étrangère de la Serbie sur wiki cela date déjà du moyen age... Elle acheté des armes a tous et fait du commerce avec tous. En faite la Serbie est un état libre pas prisonniers ni de l'OTAN ni de l'UE ni de la chine usa ou Russie...

JP | 15/04/2022 19:05

@Zlatan. La Serbie reste très liée à la Russie tout en jouant un jeu d'équilibre pour faire avancer sa candidature auprès de l'UE. Le risque n'est pas nul de voir les russes avoir accès au Rafale, même si la sagesse commande de ne lui livrer que la version F3R. L'exemple du Qatar est là pour servir de leçon. Bien cordialement.

| 15/04/2022 23:42

jmarc G. La Chine avancerait-elle les fonds, à la Serbie, afin d'acheter les Rafales ?? La Chine a pris l'habitude de prêter beaucoup, surtout en espérant une incapacité de rembourser, de telle sorte qu'elle prenne caution- ou compensation..- sur des biens visés, comme un port...un aéroport...une autoroute etc..

Loufi | 16/04/2022 08:21

On peut aussi le voir dans l'autre sens et permettre de mettre à jour la base de donnée de spectra sur ces matériel chinois

| 20/04/2022 13:21

Ca serait déjà bien bien que l 'Europe achète européen , et que comme l Allemagne par exemple arrête de nous cocufier en achetant des avions Made in USA plutôt que des Rafales

JP | 21/04/2022 13:08

Il n'est pas interdit de rêver.....

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