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Il y a 50 ans, disparaissait Vikram Sarabhaï, le père du spatial indien
Il y a 50 ans, disparaissait Vikram Sarabhaï, le père du spatial indien
© ISRO

| Philippe Varnoteaux 1029 mots

Il y a 50 ans, disparaissait Vikram Sarabhaï, le père du spatial indien

Grand bâtisseur d’institutions, le physicien Vikram Sarabhaï disparaissait le 30 décembre 1971, après avoir contribué à la recherche spatiale en Inde.

Jeunesse et formation

Né le 12 août 1919, Vikram Ambalal Sarabhaï est un des huit enfants d’une riche famille d’industriels de la ville d’Ahmedabad, dans l’Etat de Gujarat. Son père, Ambalal Sarabhai (1890-1967) a été un fondateur d’entreprises dans différents domaines (textile, huile, etc.), et a aussi participé au mouvement de l’indépendance indienne.

Après avoir commencé sa scolarité en Inde (qui est encore colonie britannique), le jeune Vikhram intègre le St John’s College à Cambridge au Royaume Uni, où il entame des études de physiques et de mathématiques. Au moment où se déclenche la Seconde Guerre mondiale, il retourne en Inde, s’engageant dans des recherches sur les rayonnements cosmiques à l’Indian Institute of Science (Bangalore), sous la conduite du physicien (prix Nobel 1930) sir Chandrashekhara V. Râman. En 1945, il retourne à Cambridge pour y poursuivre un doctorat sur « Cosmic Ray Investigations in Tropical Latitudes » (qu’il obtient deux ans plus tard).

 

L’entrepreneur et l’innovateur

Alors que l’Inde recouvre son indépendance (15 août 1947), Vikram Sarabhai revient en Inde, où il continue ses activités de recherche, et contribue à fonder à Ahmedabad le Physical Research Laboratory (PRL), dont il en fait un pôle d’excellence. Il y réunit peu à peu « une véritable armée de scientifiques compétents » qui, le moment venu, permettra d’engager l’Inde dans l’aventure spatiale…

Dans le même temps, il s’investit dans des entreprises familiales et des organisations, en créé de nouvelles, comme le Textile Industry’s Research Association à Ahmedabad (jouant un rôle notable dans la modernisation de l’industrie textile indien). A chaque initiative, Sarabhai développe de rigoureuses et efficaces méthodes managériales, n’hésitant pas à les diffuser à travers notamment l’Ahmedabad Management Association (1957).

L’homme est dès lors réputé pour sa créativité, son sens de la discipline, mais reste toujours humain, avec un esprit de pionnier qu’il déploie aussi et surtout dans le nucléaire et le spatial.

 

L’initiateur du nucléaire et du spatial indiens

Les recherches de Vikram Sarabhai l’amènent aux Etats-Unis où il noue des contacts au Laboratory for nuclear Science du Massachusetts Institute of Technology. Il est conforté dans son idée que l’énergie nucléaire ne peut que favoriser le développement économique et social de son pays. Il s’y investit fortement, au point d’être nommé en 1966 président de la Commission de l’énergie atomique. A ce titre, il favorise la construction de centrales nucléaires indiennes, jetant aussi les bases de la technologie nucléaire à des fins de défense.

Quant aux sciences et technologies spatiales, il est convaincu qu’elles offriront à son pays des outils pour résoudre les problèmes de sous-développement. Son esprit entrepreneurial l’amène là aussi à faire émerger des organisations adéquates. Il commence par convaincre ainsi le gouvernement de mettre en place dès février 1962 sous son autorité l’Indian National Committee for Space (Incospar), attaché au Département de l’énergie atomique indien.

 

Les premiers pas du spatial indien

Ensuite, le 21 novembre 1963, Sarabhai créé le Thumba Equatorial Rocket Launching Station (TERLS), centre de lancement de fusées-sondes (au Kerala). Grâce à ses contacts, il envoie aux Etats-Unis des Indiens parfaire leur connaissance en matière de techniques spatiales, les initiant notamment aux fusées-sondes. Ainsi, dès fin 1963, une première fusée-sonde américaine Nike-Apache peut être lancée depuis le TERLS.

En pleine Guerre froide, l’Inde est soucieuse de sa neutralité politique. Cela l’amène à coopérer avec également l’URSS et même la France avec laquelle s’établit un sincère et amical partenariat à partir de mai 1964, comme s’en souvenait Jacques Blamont, alors directeur scientifique et technique du Cnes : « Je me suis toujours bien entendu avec Vikram Sarabhai. C’était un personnage remarquable, très intelligent, on s’était rencontré je crois lors d’une réunion du Cospar et on s’est tout de suite entendu (…). Je suis allé en Inde les aider à lancer des fusées-sondes, on y a notamment fait nos expériences au sodium ».

Vikram Sarabhai veut cependant aller plus loin et plus vite. Pour cela, l’Incospar cède la place à une véritable agence spatiale, l’Indian Space Research Organisation (Isro), fondée le 15 août 1969. L’Isro s’engage dans plusieurs priorités : la construction d’une base spatiale (à Sriharikota dans l’Andra Pradesh, inaugurée le 9 octobre 1971), le développement d’un lanceur national, l’engagement dans des études spatiales d’application à commencer par les télécommunications.

 

L’expérience SITE

Pour Sarabhai, la révolution des satellites de communication doit faciliter la diffusion dans tout le pays des programmes éducatifs par télévision, seul moyen d’atteindre les zones rurales en sous-développement, l’Inde comptant alors une part considérable d’analphabètes. Dès 1967, Sarabhai met en place à Hamedabad l’Experiment Satellite Communication Earth Center, alors que l’Inde ne dispose pas encore de satellite ! En attendant de les avoir, il compte une fois de plus sur la coopération en utilisant des satellites étrangers. Des négociations sont ainsi entamées avec la Nasa américaine pour déployer le programme SITE (Système d’Instruction de Télévision Expérimentale par satellite). Si les Américains prévoient de lancer un satellite (ATS-6 en 1974) qui effectuera des expériences au-dessus de l’Inde pendant un an, les Indiens s’engagent dans la construction de 2 500 stations de réception. Le protocole d’accord est officiellement signé le 18 septembre 1969 entre l’Inde et les Etats-Unis. Si les premières réunions de travail commencent en avril 1970, malheureusement Vikram Sarabhai ne verra pas l’aboutissement du projet : il décède prématurément le 30 décembre 1971 d’un infarctus à Thiruvananthapuram, au Kerala. Il n’assistera donc pas au succès de l’expérience SITE en 1975 qui ouvrira la voie à l’engagement d’un programme opérationnel avec le satellite Insat (lancé en 1983).

Ainsi, selon le site gouvernemental indien de l’ISRO, Vikram Sarabhaï est « considéré comme le père du programme spatial indien, un grand bâtisseur d’institutions et a créé ou aidé à établir un grand nombre d’institutions dans divers domaines », lui valant de nombreuses distinctions et récompenses, comme la prestigieuse Padma Vibhushan (à titre posthume), pour « services exceptionnels rendus à la nation ».

 

Quelques références

- Un ouvrage : Vikram Sarabhai, The Man and the Vision, sous la direction de Padmanabh K. Joshi, MPP éd., Ahmedabad, 1992.

- Un reportage : sur « Vikram Sarabhaï, Space Pioneer from India ».

- Le site de l’Agence spatiale indienne

 

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

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