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Il y a 10 ans, le retrait de la navette spatiale américaine
Il y a 10 ans, le retrait de la navette spatiale américaine
© NASA

| Philippe Varnoteaux 1135 mots

Il y a 10 ans, le retrait de la navette spatiale américaine

Le 21 juillet 2011, le retour sur Terre d’Atlantis marquait la fin de l’épopée des navettes spatiales américaines qui, 30 ans plus tôt, s’annonçaient comme des véhicules révolutionnant le transport spatial.

Lorsque le 8 juillet 2011 Atlantis décolle pour la 33e fois (135e d’une navette spatiale), l’émotion est grande à Cap Kennedy, car il s’agit du dernier vol d’un engin de ce genre. Huit ans plus tôt, la NASA, après avoir perdu sa seconde navette (Columbia) lors du retour sur Terre, prenait la décision d’arrêter le programme. Les vols ont toutefois perduré jusqu’en 2011, le temps de terminer l’assemblage de l’ISS (International Space Station) et d’assurer une ultime mission de maintenance du télescope spatial Hubble (2009).

 

Le dernier vol d’une navette spatiale habitée

Devant près d’un million de spectateurs le 8 juillet 2011 à 11h29 (heure de Floride) autour du Kennedy Space Center, Atlantis décolle et part rejoindre l’ISS pour une ultime mission (STS-135) de 12 jours avec dans sa soute Raffaello, un module logistique européen qui effectue son cinquièle et dernier vol. A bord, ont pris place quatre astronautes : le commandant Christopher Ferguson, le pilote Douglas Hurley et les spécialistes de mission Sandra Magnus et Rex Walheim. L’équipage est réduit à quatre personnes, au lieu de six à sept habituellement, car en cas de problème sur orbite celles-ci pourraient revenir dans un vaisseau russe Soyouz, étant donné que plus aucune autre navette n’est alors disponible.

Le 10 juillet, Atlantis s’amarre pour la douzième fois à I’SS (dans laquelle se trouvent six occupants) – 37e et dernier amarrage d’une navette à la station internationale. La mission principale consiste à extraire de la soute Raffaello à l’aide du bras robotique de la station, à le fixer sur l’ISS, puis à le décharger de ses 3,7 tonnes de fret (fournitures, nourritures, équipements scientifiques, etc.). Une fois l’opération terminée, de vieux équipements et déchets prennent place dans Raffaello, qui est ensuite remis dans la soute de la navette. Avant de revenir sur Terre, l’équipage manœuvre Atlantis afin de prendre des photographies de la station sous des angles inédits, permettant notamment d’obtenir des informations sur son état extérieur.

Treize jours après son décollage, Atlantis revient sur Terre avec succès. Peu après l’atterrissage au Kennedy Space Center, le commandant Ferguson déclare : « Mission terminée Houston. Après avoir servi le monde pendant plus de 30 ans, la navette est entrée dans l’histoire et s’est arrêtée pour de bon ». Après la réponse de Houston, il ajoute : « La navette spatiale a changé notre façon de voir le monde, et elle a changé notre façon de voir notre univers. Il y a beaucoup d’émotions aujourd’hui, mais une chose est sûre… l’Amérique n’arrêtera jamais d’explorer. Merci Columbia, Challenger, Discovery, Endeavour, et notre vaisseau Atlantis, merci de nous avoir protégé et mené ce programme à son terme. Dieu vous bénisse, Dieu bénisse l’Amérique ».

 

Quel bilan ?

Succédant à l’emblématique programme Apollo, les navettes spatiales américaines (Columbia, Challenger, Discovery, Atlantis, Endeavour) ont été pendant trente ans le symbole de la conquête spatiale des Etats-Unis, nation qui rêvait alors d’un vaisseau spatial universel, capable de tout faire : envoyer des hommes et des femmes travailler dans l’espace en bras de chemise, construire et ravitailler une station orbitale, embarquer des modules-laboratoires, placer sur orbite toute sorte de satellites commerciaux, scientifiques et militaires, etc. C’est d’ailleurs pour ces derniers que les navettes ont été dotées d’une impressionnante soute à la capacité exceptionnelle (30 tonnes)… mais au détriment de la sécurité des équipages.

Les navettes spatiales n’ont finalement pas atteint le principal objectif fixé à l’origine : un véhicule en grande partie réutilisable décollant au moins une fois par mois, devant faire chuter le prix du kilogramme en orbite renvoyant ainsi les lanceurs classiques à l’âge de la préhistoire. Malheureusement, les navettes se sont avérées être particulièrement dangereuses, complexes et coûteuses. Dangereuses, car de nombreux dysfonctionnements ont émaillé le programme avec en plus la perte de deux navettes : Challenger le 28 janvier 1986 (73 secondes après le décollage) et Columbia le 1er février 2003 (lors de son retour sur Terre), entrainant à chaque fois la mort de sept astronautes. Complexes et coûteuses, car finalement celles-ci ont sans cesse subi des modifications en fonction des missions, sans compter l’entretien et la nécessité de les moderniser au fur et à mesure de leur vieillissement…

Ainsi, les navettes ont été lancées au mieux neuf fois par an (1985) avant le drame de Challenger et, après, de deux à sept fois, huit au maximum (1992, 1997). Suite au second drame de 2003, la fréquence des vols n’a plus été que de un (2005) à quatre (2008), au maximum cinq (2009), soit au final 4,5 vols pas an... Après avoir réalisé son 39e et dernier vol en février-mars 2011 (STS-133), la navette Discovery « repose » au Musée national de l’Air et de l’Espace près de Washington, Endeavour, après son 25e vol (STS-134) en mai 2011, au musée du California Science Center, et Atlantis au musée du Centre spatial Kennedy en Floride. Quant à Enterprise, un prototype utilisé pour des tests d’approche et d’atterrissage qui n’a cependant jamais été dans l’espace, elle se trouve au musée de la Mer, de l’Air et de l’Espace de New-York.

 

Les navettes, un « accomplissement » de l’astronautique américaine ?

Si pour les vols habités, les navettes ont montré leur limite, en revanche, elles ont démontré leur intérêt pour la construction et la maintenance de la station orbitale ISS, ainsi que la capacité à pouvoir réparer sur orbite des satellites, à commencer par le célèbre télescope Hubble (lancé par Discovery en avril 1990 puis) visité à cinq reprises en décembre 1993 (Endeavour), février 1997 (Discovery), décembre 1999 (Discovery), mars 2002 (Columbia) et mai 2009 (Atlantis). Grâce à cette maintenance, Hubble a pu fonctionner à ce jour pendant plus de trois décennies… et révolutionner le petit monde de l’astronomie.

Au moment de la retraite des navettes en 2011, le président américain Barack Obama a exprimé sa « fierté » et a souligné que l’épopée des navettes marquait un « accomplissement extraordinaire ». Il a également mis en avant son « impatience vis-à-vis du prochain chapitre de notre prééminence dans l’espace », qui s’est traduit par le fait de laisser aux compagnies privées la charge d’amener des hommes et des femmes sur orbite à l’aide de moyens moins onéreux et moins dangereux… L’opération est réalisée neuf ans plus tard, en mai 2020, par le Crew Dragon Demo 2 de SpaceX embarquant à cette occasion deux vétérans des navettes (Robert Behnken, Douglas Hurley).

 

Quelques références

Un ouvrage : The Space Shuttle. Celebrating Thirty Years of NASA’s First Space Plane, Piers Bizony, Zenith Press, 2011. En Français, voir le hors série n°36 d’Espace Magazine, « L’épopée d’un engin hors du commun », mars 2008.

Le site de la NASA sur le dernier vol d’Atlantis

Une vidéo sur la dernière mission d’Atlantis, The final Flight, NASA, 2011

La liste de l’ensemble des vols des navettes spatiales américaines

 

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

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