Entre Paris et Varsovie, un partenariat à consolider
Entre Paris et Varsovie, un partenariat à consolider
© État-major des armées/France

publié le 22 avril 2026 à 12:00

820 mots

Entre Paris et Varsovie, un partenariat à consolider

La rencontre d'Emmanuel Macron et Donald Tusk à Gdańsk, en Pologne, a été l’occasion de confirmer le renforcement des liens stratégiques entre Paris et Varsovie. Les décisions concrètes de mise en œuvre sont cependant encore en cours de discussion.


Moins d’un an après la signature du Traité de Nancy qui actait le renforcement de la coopération dans le domaine de la défense entre la France et la Pologne, le président de la République était en visite officielle à Gdańsk le 20 avril. Il y a rencontré le Premier ministre Donald Tusk au cours d'un premier sommet bilatéral annuel, qui avait pour vocation de confirmer une « relation de proximité renforcée », selon l’Élysée. La présidence française précise que les discussions ont notamment porté sur « la mise en œuvre des programmes de l’Union européenne de soutien à la base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE) », mais aussi sur les suites à donner au discours d’Emmanuel Macron à l’Île Longue début mars, lorsqu’il avait cité la Pologne parmi les pays susceptibles de participer à la « dissuasion avancée » et à « l’épaulement conventionnel » sur le continent européen.

« Assurer une présence de Rafale en Pologne aurait beaucoup de valeur pour Varsovie, explique un connaisseur du secteur à Air & Cosmos. Ce qui permettrait de renforcer la présence de la France sur le flanc Est ». Ce cas de figure n’est – pas encore – à l’ordre du jour, Emmanuel Macron et Donald Tusk s’étant contentés d’évoquer la poursuite des discussions dans le domaine de la dissuasion avancée, sans donner davantage de précisions sur les modalités concrètes de mise en œuvre, qu’il s’agisse d’exercices conjoints, de partage d’informations ou de déploiements.

Satcom militaire

Présentés comme « cruciaux » pour la stratégie de défense polonaise par la Team France Export (Business France), les programmes militaires spatiaux font, eux, l’objet d’investissements conséquents. Thales Alenia Space, Airbus Defence & Space et le groupe polonais Radmor ont annoncé, en marge de cette visite, la signature d’un accord de coopération industrielle, pour développer un satellite de télécommunications de défense géostationnaire, au bénéfice des forces armées polonaises.

Cette déclaration intervient alors que la Pologne doit recevoir en 2027 deux satellites optiques intégrés à la constellation Pléiades Néo, commandés à Airbus Defence & Space en décembre 2022, afin de renforcer les capacités d’observation et de renseignement, aussi bien pour des besoins militaires que civils.

Du côté de l’industrie aéronautique, les investissements français se retrouvent surtout dans la chaîne d’approvisionnement, un secteur dans lequel « la France joue un rôle non négligeable », explique-t-on à Air & Cosmos. Le cœur de l’activité aéronautique est concentré dans le sud-est du pays, au sein de la « vallée de l’aviation », où se sont regroupées plus de 210 entreprises du secteur, que ce soit dans le domaine de la production, de la maintenance et de la R&D.

Des opportunités européennes ?

La Pologne a triplé son budget de défense en 2014 et 2024, selon une étude de l'Institut français des relations internationales (Ifri), et consacré 4,3 % de son PIB à des dépenses de défense (données estimées Otan 2025). D'après l'institut de recherche Sipri, elle est ainsi devenue le premier importateur d'Europe derrière l'Ukraine sur la période 2021-2025, mais avec quasiment aucun achat européen : 44 % de ses importations sont des matériels américains (F-16, F-35, Patriot, AH-64E Apache…) et, surtout, 47 % sont coréens (FA-50).

Cependant, Varsovie étant la première bénéficiaire du programme de prêt européen Safe (la Commission européenne a validé le plan d’investissement de 43,7 Md€ en janvier), « les possibilités d’initiatives communes en matière d’armement ne feront que se multiplier », explique le Dr. Aleksander Olech, responsable de la coopération internationale pour le think tank polonais Defence24, dans une note de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

Quelques années après la crise des Caracal (2016), le contact entre la France et la Pologne a été rétabli. Varsovie est le 12ème client de Paris en matière d’armement et comptabilise 2 Md€ de prises de commandes sur la période 2015-2024, dont 1,2 Md€ rien qu’en 2024.

Le renforcement de la relation stratégique avec la France pourrait ouvrir la voie à des acquisitions européennes et des possibilités de coopération entre les forces armées. Car des discussions auraient été lancées dans le domaine du guet aérien, avec le GlobalEye de Saab en ligne de mire. C'est également le cas sur le segment du transport tactique et du ravitaillement en vol, l’A400M et l’A330 MRTT d’Airbus ayant fait l’objet d’un intérêt accru de la part de Varsovie – même si ces prospects ne font pour l’instant l’objet d’aucune procédure d’achat ferme.

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22/04/2026 12:00
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Entre Paris et Varsovie, un partenariat à consolider

La rencontre d'Emmanuel Macron et Donald Tusk à Gdańsk, en Pologne, a été l’occasion de confirmer le renforcement des liens stratégiques entre Paris et Varsovie. Les décisions concrètes de mise en œuvre sont cependant encore en cours de discussion.

Entre Paris et Varsovie, un partenariat à consolider
Entre Paris et Varsovie, un partenariat à consolider

Moins d’un an après la signature du Traité de Nancy qui actait le renforcement de la coopération dans le domaine de la défense entre la France et la Pologne, le président de la République était en visite officielle à Gdańsk le 20 avril. Il y a rencontré le Premier ministre Donald Tusk au cours d'un premier sommet bilatéral annuel, qui avait pour vocation de confirmer une « relation de proximité renforcée », selon l’Élysée. La présidence française précise que les discussions ont notamment porté sur « la mise en œuvre des programmes de l’Union européenne de soutien à la base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE) », mais aussi sur les suites à donner au discours d’Emmanuel Macron à l’Île Longue début mars, lorsqu’il avait cité la Pologne parmi les pays susceptibles de participer à la « dissuasion avancée » et à « l’épaulement conventionnel » sur le continent européen.

« Assurer une présence de Rafale en Pologne aurait beaucoup de valeur pour Varsovie, explique un connaisseur du secteur à Air & Cosmos. Ce qui permettrait de renforcer la présence de la France sur le flanc Est ». Ce cas de figure n’est – pas encore – à l’ordre du jour, Emmanuel Macron et Donald Tusk s’étant contentés d’évoquer la poursuite des discussions dans le domaine de la dissuasion avancée, sans donner davantage de précisions sur les modalités concrètes de mise en œuvre, qu’il s’agisse d’exercices conjoints, de partage d’informations ou de déploiements.

Satcom militaire

Présentés comme « cruciaux » pour la stratégie de défense polonaise par la Team France Export (Business France), les programmes militaires spatiaux font, eux, l’objet d’investissements conséquents. Thales Alenia Space, Airbus Defence & Space et le groupe polonais Radmor ont annoncé, en marge de cette visite, la signature d’un accord de coopération industrielle, pour développer un satellite de télécommunications de défense géostationnaire, au bénéfice des forces armées polonaises.

Cette déclaration intervient alors que la Pologne doit recevoir en 2027 deux satellites optiques intégrés à la constellation Pléiades Néo, commandés à Airbus Defence & Space en décembre 2022, afin de renforcer les capacités d’observation et de renseignement, aussi bien pour des besoins militaires que civils.

Du côté de l’industrie aéronautique, les investissements français se retrouvent surtout dans la chaîne d’approvisionnement, un secteur dans lequel « la France joue un rôle non négligeable », explique-t-on à Air & Cosmos. Le cœur de l’activité aéronautique est concentré dans le sud-est du pays, au sein de la « vallée de l’aviation », où se sont regroupées plus de 210 entreprises du secteur, que ce soit dans le domaine de la production, de la maintenance et de la R&D.

Des opportunités européennes ?

La Pologne a triplé son budget de défense en 2014 et 2024, selon une étude de l'Institut français des relations internationales (Ifri), et consacré 4,3 % de son PIB à des dépenses de défense (données estimées Otan 2025). D'après l'institut de recherche Sipri, elle est ainsi devenue le premier importateur d'Europe derrière l'Ukraine sur la période 2021-2025, mais avec quasiment aucun achat européen : 44 % de ses importations sont des matériels américains (F-16, F-35, Patriot, AH-64E Apache…) et, surtout, 47 % sont coréens (FA-50).

Cependant, Varsovie étant la première bénéficiaire du programme de prêt européen Safe (la Commission européenne a validé le plan d’investissement de 43,7 Md€ en janvier), « les possibilités d’initiatives communes en matière d’armement ne feront que se multiplier », explique le Dr. Aleksander Olech, responsable de la coopération internationale pour le think tank polonais Defence24, dans une note de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

Quelques années après la crise des Caracal (2016), le contact entre la France et la Pologne a été rétabli. Varsovie est le 12ème client de Paris en matière d’armement et comptabilise 2 Md€ de prises de commandes sur la période 2015-2024, dont 1,2 Md€ rien qu’en 2024.

Le renforcement de la relation stratégique avec la France pourrait ouvrir la voie à des acquisitions européennes et des possibilités de coopération entre les forces armées. Car des discussions auraient été lancées dans le domaine du guet aérien, avec le GlobalEye de Saab en ligne de mire. C'est également le cas sur le segment du transport tactique et du ravitaillement en vol, l’A400M et l’A330 MRTT d’Airbus ayant fait l’objet d’un intérêt accru de la part de Varsovie – même si ces prospects ne font pour l’instant l’objet d’aucune procédure d’achat ferme.



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