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Défense : retour sur l'affaire des sous-marins australiens
Défense : retour sur l'affaire des sous-marins australiens

| Thibault Mallet 3680 mots

Défense : retour sur l'affaire des sous-marins australiens

La rupture récente du méga contrat de sous-marins avec nos amis australiens a donné du grain à moudre à certains adeptes d’un sport que pratiquent nos adversaires industriels et beaucoup de nos compatriotes : le French bashing. Retour sur les grands programmes de sous-marins partout dans le monde et l'analyse des offres françaises et américaines.

Les sous-marins français jouent dans la cour des grands

Le choix australien, principalement politique, peut se comprendre, même si leur façon de faire laisse vraiment à désirer. Mais l’argument selon lequel l’offre initiale franco-américaine (et oui la traîtrise venait des 2 côtés de la table) était dépassée, est ridicule.

La France, sous l'impulsion gaullienne d'indépendance stratégique, avec un peu d’aide de ses alliés, va se lancer dès les années 50 dans un programme gigantesque. En une génération, il va permettre à la France de revenir au top niveau technologique et industriel et de retrouver une place équivalente à la Grande-Bretagne d'un point de vue militaire. Le SNA Suffren (type Barracuda) qui rentre tout juste en service dans la marine nationale en est le symbole le plus récent.

Ce SNA français de dernière génération aurait-il eu une chance contre un dérivé du SSN Virginia Américain dans le cadre d’un appel d’offre non biaisé ?

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Le Suffren, premier SNA de la classe Barracuda ©
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Le sous-marin, concentré ultime de technologies

Les sous-marins peuvent être considérés aujourd'hui comme les systèmes d’armes les plus complexes, les plus coûteux et finalement les moins connus du grand public. Mais comment comparer des navires lorsque la plupart des données clés ne sont pas accessibles?

Toutes les grandes puissances ont développé leur savoir-faire selon leurs moyens et leurs priorités stratégiques. Il est indispensable de revoir l’histoire de ces programmes de ces 70 dernières années afin d’avoir des éléments de comparaison. Dès 1954, les sous-marins nucléaires de premières générations vont démontrer leur énorme potentiel offensif contre les navires de surface. Cette révolution change les règles de la guerre de course.

L'US Navy dans la course aux sous-marins

Hyman Rickover rejoint le programme de sous-marin nucléaire de l'US Navy en 1946. Ses méthodes peu orthodoxes de recrutement et de management qu'il va imposer pendant quarante années, vont permettre à l'US Navy de se doter d’une force sous-marine sans équivalent dès les années 70.

Entre 1955 et 1957, le premier SSN Le Nautilus coule, de manière simulée et sans être inquiété, les escorteurs et les porte-avions qu’il engage. En retour, il subit plus de 5000 attaques des escorteurs qui ne parviennent à le détruire fictivement que 3 fois ! L’estimation de sa survivabilité, 100 fois supérieure aux sous-marins classiques, va pousser l’US Navy à stopper tout projet de sous-marin classique définitivement.

Ces derniers sont incapables d’engager un SNA; les torpilles de l'époque étaient bien trop lentes. Cependant, il reste de nombreux défauts à corriger pour que ces bateaux soient également efficaces contre l'énorme flotte sous-marine soviétique.

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L'USS Nautilus, premiers sous-marin nucléaire de la Marine américaine ©
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Le programme Sturgeon de deuxième génération représente un saut qualitatif et quantitatif énorme, produit à raison de 4 exemplaires par an, pendant 9 ans. Il s'agit du premier vrai sous-marin chasseur multirôle. De nouveaux équipements apparaissent; sonars remorqués permettant une détection à des distances beaucoup plus importantes, torpilles à grande vitesse filoguidees efficaces contre tout type de cible, missiles anti sous-marins SUBROC conçus pour être tirés près de la surface pour sortir de l’eau et voler comme un missile pour se rapprocher rapidement et larguer une charge nucléaire sur une cible qui n’avait aucune chance de s'échapper. Cette arme imparable a probablement été conçue pour couler à coup sûr un SNLE soviétique surpris en train de tirer ses armes de fin du monde…

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L'arrivée en 1972 du fameux SSN 688 Los Angeles de troisième génération va permettre à l'US Navy de maintenir son avance jusqu'à la fin de la guerre froide. Il va être produit à 62 exemplaires, une quantité inégalée pour une classe de sous-marins qui en 2022 représente encore plus de la moitié des sous-marins de l’US Navy.

Très silencieux, rapide et armé de plus de 35 torpilles/ missiles, il dispose sur les derniers modèles de 12 tubes verticaux pour missiles de croisières.

Il est raisonnable de penser que pendant les années '80, 3 ou 4 Los Angeles patrouillent en permanence en Mer du Nord, avec souvent l’aide de sous-marins de la Royal Navy et de notre Marine, prêts à empêcher tout déploiement de navires soviétiques. Plus de 150 torpilles et plusieurs dizaines de missiles antinavires prêts à l'emploi; de quoi donner de sacrés cauchemars à tous les marins soviétiques en mission.

Britania, maîtresse des profondeurs  

La Royal Navy ne domine plus les mers depuis la seconde guerre mondiale, mais sa relation de partenaire privilégiée avec les US va lui permettre de maintenir son rang et son expertise dans la guerre navale pendant toute la guerre froide. L’accord négocié en 1955 par Lord Mountbatten (l'ancêtre de l’Aukus) permet à la Royal Navy d'économiser de nombreuses années de recherche en greffant la partie propulsion d’un SNA américain à un avant Made in Britain pour obtenir ses premiers SNA. Entre 1960 et 1970, la RN va mettre en service une douzaine de sous-marins nucléaires d’attaque extrêmement discrets grâce à des solutions développées localement très novatrices. 

Le Swiftsure de deuxième génération fut équipé dès son lancement en 1971 d’une hélice carénée (pump jet) permettant de réduire énormément les bruits d'hélices. Cette technologie est si efficace qu'elle est devenue un standard sur les sous-marins français et américains à partir des années 90 soit 20 ans plus tard. Une mission du Swiftsure dans la deuxième partie des années 70 permet de se faire une bonne idée du niveau du Submarine Service de sa Gracieuse Majesté.

Lors d’une patrouille très au nord, le Swiftsure détecte la signature sonore du nouveau porte aéronef soviétique, le Kiev. La mission d’un sous-marin en temps de paix est de cataloguer la signature sonore de tous les navires, amis et ennemis. Pour cela, il faut se rapprocher le plus possible afin de l'écouter parfois pendant des jours et d'enregistrer tous ses bruits émis. L'objectif étant par la suite de partager l'enregistrement sonore avec tous les autres sous-marins pour faciliter sa détection et donc sa destruction en temps de guerre.

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Le Swifture, premier appareil de sa classe qui servira jusqu'en 2010 ©
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Pour un commandant de sous-marin, être le premier à compléter le fichier de signature sonore d'un navire aussi important est une vraie consécration professionnelle. Il faut bien comprendre que le Kiev est un navire à vocation principalement anti sous-marine, lourdement armé, doté de nombreux moyens de détections, d'hélicoptères et soutenu par de nombreux navires d’escortes. Le commandant anglais, conscient que même en temps de paix, un sous-marin de l’Otan repéré dans les eaux soviétiques serait très probablement la cible de tir réel, va faire honneur à la devise de son arme “we come unseen”.

Il décide de cacher son bateau à 3 mètres sous la quille du Kiev. Le Swiftsure et son équipage vont y rester pendant plusieurs heures pour filmer la coque et les hélices avec son périscope. Il faut tout de même visualiser l'exploit; se cacher sous un navire de 40 000 tonnes avec un sous-marin ! Le célèbre polaroid du Mig 28 en vol inversé de Maverick et Goose dans Top Gun fait pâle figure !

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Le Kiev, premier "croiseur lourd porte-aéronefs anti-sous-marin" ©
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Ce fait d’arme révélé par la BBC en 2013, permet de se faire une bonne idée de la qualité du matériel et du niveau d'entraînement des marins anglais. Les sous-marins ont aussi permis à la Royal Navy de ne pas être inquiétée très longtemps par la flotte argentine qui n’avait pas de moyen moderne pour les chasser. 

Les commandants britanniques sont tous sélectionnés lors du fameux “Perisher course”; exercices très réalistes pendant lesquels les candidats sont poussés au-delà de leurs limites.

Les années 80 vont voir l'arrivée de la classe Trafalgar introduisant d'autres nouveautés la rendant toujours plus efficace; tuiles anéchoïdes pour être encore plus discret, et surtout la nouvelle torpille Spearfish, capable de filer à plus de 60-80 nœuds.

La Royal Navy dispose à cette époque d’une quinzaine de SNA modernes qui ont grandement contribué à tenir la Flotte Rouge en respect. Mais les Britanniques, en sacrifiant leur industrie de défense, deviennent de plus en plus dépendants de leurs cousins américains.

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Vue sur le Kiev depuis le périscope du Swifture ©
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La flotte au drapeau rouge

Dans les années 50, la suprématie navale de l’Otan était incontestable. Les dirigeants soviétiques ont donc choisi d’investir dans une force de sous-marins nucléaires, qui avec l’aviation navale à long rayon d’action avait pour objectif de couler les convois de ravitaillements en cas de conflit en Europe.

La première génération de sous-marins soviétiques développée à la hâte ne fut pas un grand succès accumulant de nombreux défauts de fabrication (fuites de réacteurs...), et manque d’attention à la sécurité des équipages. De plus, la formation plus rudimentaire des marins soviétiques, n'était plus adaptée à des machines de haute technologie. Ces sous-marins étaient en fait plus dangereux pour leur équipage que pour l'ennemi.

Comment reconnaît-on un marin soviétique de la flotte du Nord ? Il brille dans le noir… 

Ces sous-marins étaient si peu fiables qu’ils n’ont même pas été engagés pendant la crise de Cuba.

Le commandant d’un des 4 sous-marins diesel de type Foxtrot qui a eu à affronter l'US Navy pendant cette crise s'est vu reprocher par Kroutchev lui-même, d’avoir fait surface. Kroutchev pensait que les sous-marins engagés étaient nucléaires...

Il faut savoir que cette mission a failli mal finir; un officier du sous-marin, probablement épuisé, voulait tirer une torpille à tête nucléaire sur la frégate qui les harcelait depuis des jours. La 3eme guerre mondiale s’est joué à peu de chose...

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Les générations suivantes s'améliorent

La deuxième génération, bien que toujours beaucoup plus bruyante que ses adversaires, a fait apparaître de nombreuses innovations; réacteurs compacts très puissants permettant à des sous-marins à coque en titane de dépasser les 40 kts, de plonger à plus de 1000 mètres leur conférant une certaine invulnérabilité. Les premiers sous-marins lance missiles de croisières sont également apparus à cette époque, une vraie révolution dans la guerre de course.

La troisième génération déployée dès le début des années 80 voit enfin des sous-marins de niveau technologique comparable à leurs adversaires; les Japonais ayant vendu des outils numériques permettant aux soviétiques de fabriquer des hélices enfin silencieuses. Les commandants soviétiques avaient enfin les moyens de faire jeu égal grâce à leurs nouveaux Sierra, Akula et Victor III. Cette génération était équipée de nouvelles armes redoutables; missiles comparables au SUBROC larguant soit des charges nucléaires soit des torpilles classiques, mais aussi de l'énorme torpille anti porte avion de 650 mm à remontée de sillage. L’arme la plus originale est sans conteste la torpille Chkval, qui atteint des vitesses de plus de 200 kts sous l'eau en créant une bulle de gaz devant son nez.

Certaines sources parlent aussi d’un système de défense tirant des petites torpilles de 324 mm pour intercepter les torpilles ennemies.

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La torpille Chkval dans sa bulle de gaz. En 2018, la Russie a annoncé le développement d'un submesibles autonome de grande tailles aux mêmes performances de vitesse. ©
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Toujours à la recherche de systèmes novateurs pour compenser leur infériorité, les soviétiques ont également mis en service des systèmes de détection non acoustique, SOKS dès les années 70. Cet ensemble de capteurs repère le sillage d’un sous-marin, en détectant diverses traces présentes dans l’eau (chaleur radioactive, hydrogène, traces de peinture, etc). Un Victor ainsi équipé a réussi à pister un SNLE américain dans les années 80, un exploit que les Américains ont longtemps pensé impossible vu leur discrétion. Ces systèmes sont présents sur les derniers Akula et Yassen.

La discrétion, caractéristique inhabituelle pour des productions russes, en a surpris plus d’un, comme ce commandant américain du SNA Bâton Rouge qui en 1992 perdant la trace d’un Sierra qu'il pistait, a fini par se faire surprendre par ce dernier lorsque le sous-marin russe l’a percuté avec son kiosque en titane en faisant surface. La coque beaucoup plus fragile du sous-marin américain ne l'a pas suffisamment protégé pour empêcher des dommages structurels graves. Celui-ci est rentré au port et n’a jamais été réparé. Le sous-marin russe porte depuis, fièrement sur l’avant de son massif, cette marque de victoire. De là à penser que la collision était intentionnelle…

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Le croiseur sous-marin

Les Soviétiques ont également inventé une nouvelle classe de navires, le croiseur sous-marin de la classe Oscar. Ces monstres de 20 000 tonnes produits à plus de 10 exemplaires, embarquent, en plus de leurs 28 torpilles, 24 missiles P 700 Granit de 7 tonnes, les tueurs de porte-avions. A la même période, notre premier SNA Rubis de 2600 tonnes et ses 14 torpilles / missiles rentrait en service.

A la fin de la guerre froide, les Russes auront construit 376 sous-marins nucléaires en brisant à peu près tous les records possibles : taille, puissance de feu (Oscar,  Typhoon), vitesse (Alfa, Mike), immersion maximale grâce aux coques en Titane (Alfa, Mike et Sierra) et malheureusement également le nombre d’accidents, près de 20 sous-marins ont été perdus.

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Schéma de l'Oscar II, avec sa large panopolie d'armements ©
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Marine Nationale priorité à la dissuasion !

Le premier sous-marin nucléaire français a failli être un sous-marin d’attaque. Le projet est mis en sommeil; la France à cette époque n'étant pas capable de produire des réacteurs suffisamment compacts. Malgré des relations tendues avec les Américains, ceux-ci vont tout de même fournir à la France suffisamment d’uranium enrichi pour alimenter les réacteurs d’une première génération de sous-marins lanceur d’engin du type Redoutable, clef de voûte de la dissuasion nucléaire française des années 70 et 80. 

Le programme d’un SNA nucléaire est relancé en 1972 avec un premier exemplaire mis en service en 1983. L'expérience accumulée avec le programme Le Redoutable, permet le développement d’un réacteur nucléaire extrêmement compact, qui pour des raisons de coût est implanté dans une coque dérivée du dernier sous-marin classique français L’Agosta. La France réussit le tour de force de développer un sous-marin nucléaire de moins de 3000 tonnes, ce qu'aucun de nos alliés ne nous pensait capable de réussir. Cependant, il fallut attendre le début des années 90, pour que ces bateaux arrivent à maturité.

Une fois la coque des Rubis redessinée et les dernières technologies intégrées, la Marine disposait enfin d’un système d’arme performant et silencieux. Ils sont désormais capables de se mesurer aux meilleurs sous-marins étrangers. Il est important de noter que la France mettait aussi en service dans les années 90 une nouvelle génération de SNLE considérés à l'époque comme les sous-marins les plus silencieux du monde.

Lors d’une patrouille en 2009, un sous-marin de ce type a percuté un SNLE britannique, aucun des deux navires n’ayant été capable de détecter son confrère avant l’impact. S'ils sont tous deux rentrés au port sain et sauf, cet incident confirme que cette génération de sous-marin est extrêmement difficile à détecter assurant ainsi sa quasi invulnérabilité.

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Le Terrible est le dernier SNLE français de la classe Le Triomphant. Il est admis au service actif en 2008 et profite des dernières évolutions technologiques, le rendant encore meilleur que la tête de classe. ©
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Les SNA de la classe Rubis sont encore très actifs; en février 2022 4 exemplaires sont en mer, 2 en protection du GAN en Méditerranée et 2 en Atlantique. Tous sont occupés à pister des navires désormais russes qui recommencent à faire des ronds dans l’eau de manière très peu amicale. Mêmes anciens, ils sont toujours équipés des dernières technologies dans les domaines des détecteurs, armements et discrétion acoustique. Le Suffren, premier SNA du programme Barracuda est la dernière évolution du savoir-faire français. Deux fois plus gros que le Rubis, il intègre tous les progrès réalisés depuis 30 ans.  

Comment comparer cette dernière production française avec le SSN Virginia produit à 21 exemplaires sur les 66 envisagés? Comment se comparer avec un pays qui dépense 18 fois plus dans son budget de défense, et qui a produit 6 fois plus de sous-marins nucléaires que nos chantiers? Maîtrisons-nous les savoir-faire indispensables pour rendre ce matériel utile en cas de conflit ? Sans rentrer dans des guerres de chiffres qui sont invérifiables, il est plus utile de rappeler quelques événements de ces 40 dernières années qui illustrent bien la qualité de notre matériel et des marins qui les utilisent.

1971 : Un sous-marin de construction française de type Daphné, le PNS Hangor de la marine pakistanaise, va couler une frégate indienne à l'aide d’une torpille acoustique. Cela reste à ce jour le seul sous-marin ayant coulé une cible avec une torpille de ce type (le HMS Conqueror aux Malouines a tué sa cible avec 2 torpilles non guidées). La marine pakistanaise utilise encore aujourd'hui des sous-marins français de type Agosta 90, ainsi que la marine indienne avec des Scorpènes, sous-marin classique très performant. Le “combat proven” reste le meilleur argument de vente.

1981 : Lors d’un exercice, une frégate française, la Georges Leygues, équipée d’un nouveau système sonar à immersion variable, détecte un sous-marin russe de type Victor qui se croit à l'abri de toute détection sous une couche d’eau plus froide. La poursuite dure 19h, durant laquelle le sous-marin russe tente de s'échapper à très grande vitesse, mais la frégate et son hélicoptère finissent pas le forcer à faire surface juste devant la flotte de l’Otan qu’il pistait. Bonne démonstration de savoir-faire.

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Le PNS Hangor, sous-marin diesel-électrique de classe Daphné qui a servi dans la marine pakistanaise jusqu'en 2006. ©
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1996 : Une révolution commence. La France met en service sur 3 frégates de type De Grasse le premier sonar actif très basse fréquence, le SLASM, qui donne aux frégates ASM des distances de détection très importante et jusqu'alors inconnue. Le chasseur devient le chassé. Les marins racontent avec fierté les exercices interalliés où ce nouveau système déroute les sous-marins américains qui sont repérés à grande distance par ce nouveau chant du loup. Le CAPTAS de Thales, descendant direct de ce système, équipe aujourd'hui la plupart des bâtiments ASM européens; même les Américains s’y intéressent. Ces dernières années, trois frégates FREMM françaises équipées du CAPTAS ont été mises à l'honneur pour leur efficacité lors d'exercice ASM avec la flotte américaine.

1999, Kosovo : L’Amiral Coldefy raconte dans ses mémoires comment, lors de ce conflit, la marine française a démontré à ses alliés britanniques et américains devant les bouches de Kotor, que nous maîtrisons parfaitement l‘utilisation d’une force de sous-marins.

1998 et 2015 : Deux SNA français, le Casabianca et le Saphir, se sont illustrés à presque 20 ans d’intervalles en coulant virtuellement à chaque fois le porte-avions US et son escorte lors d’exercices.

2016 : Record battu: nos SNA ont passé la barre des 1000 jours en mer en une année !!

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La frégate La Motte-Picquet appartient à la classe Georges Leygues, il est lancée en 1985 et est dédié à la lutte anti-sous-marine. ©
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SNA français contre SSN américain

Les sous-marins, contrairement aux avions de chasse, font assez peu de show aérien ou de defile, leurs performances réelles restent souvent inconnues même de nombreuses années après la mise à la casse de ces merveilles de technologie. Ce qui rend impossible un comparatif basé sur des chiffres, souvent délibérément imprécis.

Le SNA français est 2 fois plus petit, ce qui limite forcement le nombre d’armes et d'équipement emportés mais il embarque tout ce dont il a besoin pour se comparer au matériel US le plus récent :

  • Sonar de coque et de flanc (2 fois plus gros que sur le Rubis)
  • Contres mesures anti-torpille
  • Complément d’armement respectable ( 24 soit 10 de plus que le Rubis)
  • Isolation acoustique, matériel sur plot élastique
  • Hangar amovible derrière le massif pour l’emport de commando + mini sous marins
  • Vitesse silencieuse 2 fois supérieure au Rubis
  • Mise en œuvre du missile de croisière MdCN (une nouveauté pour un sous-marin francais).

Il n’y a vraiment qu’un seul domaine où le SSN Virginia est largement supérieur, la puissance de feu. Beaucoup plus importante que pour le projet que la France proposait à l'Australie; une offre française à propulsion nucléaire n'y aurait rien changé. Il est difficile de blâmer un commandant de sous-marin lorsqu'on lui offre de telles machines de guerre. Le Virginia ajoute avec cet armement une mission supplémentaire de frappe stratégique sur le territoire chinois, ce qu'une offre française n’aurait pas permis avec une puissance de feu équivalente. C'est un message clair à ce pays ayant des velléités de domination dans la zone indo-pacifique.

Il n'est pas interdit de s’interroger sur la capacité d’une marine d’un pays de 26 millions d’habitants à absorber financièrement et humainement un programme de cette ampleur. La RAN opère aujourd'hui 6 sous-marins classiques dont l'équipage est de 50 marins. Les problèmes de recrutement sont mis en évidence par le fait que jamais plus de 4 sous-marins ont pu être armés simultanément faute de marins, et que sur les 4 commandants de sous marins identifiés sur le site web officiel, 3 sont originaires d’autre pays du Commonwealth (deux Canadiens et un Anglais).

Quant à elle, la France opère un système à deux équipages par sous-marin, Rouge et Bleu afin de maximiser le nombre de jours à la mer. Mettre en œuvre 8 navires nucléaires de 10 000 t suggère que les Australiens doivent recruter 5 fois plus de marins pour les armer et acquérir des compétences dans le nucléaire qu’ils n’ont pas aujourd'hui. Le programme français était raisonnable, moderne et bien adapté aux besoins australiens d'évoluer d’une marine côtière à une marine de haute mer.

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L'USS Virginia a un déplacement de 7800 t. Il a été admis au service actif en 2004. ©
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Si l’Australie choisit le Virginia Américain, ce qui est compréhensible étant donné les relations historiques entre les trois pays, cela reste un défi générationnel gigantesque que les Australiens ne pourront réussir, que si l'investissement humain et financier est à la hauteur. La peur de la Chine sera peut-être le catalyste nécessaire.

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Tableau comparatif des SNA et SSN ©
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La France a produit moins de sous-marins nucléaires d'attaque que tous les autres pays cités précédemment, mais grâce à sa politique d'indépendance industrielle elle maîtrise, avec les Etats-Unis, la Russie et peut-être désormais la Chine, l’ensemble des technologies nécessaires pour concevoir un sous-marin de qualité.

Les succès à l’exportation de nos sous-marins classiques Agosta et Scorpène le démontrent régulièrement (27 exemplaires vendus). Nous avons un savoir-faire, il nous reste à le faire savoir de façon efficace. Pas mal pour un petit pays de 70 millions d'habitants !

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Julie | 30/03/2022 12:19

@l'auteur. Merci pour cette synthèse très détaillée. Vous notez que la technologie des sous marins français est au meilleur niveau, comparable à la technologie américaine. Le marché australien est une triste felonie qui n'éclaire en rien sur les qualités respectives des machines "sur le marché" aujourd'hui. Mais comment ne pas penser à l'extrême vulnérabilité des porte-avions aux armes hypersoniques et réorienter les investissements prévus pour le successeur du CDG au bénéfice de SNA supplémentaires ? Qu'en pensez-vous ? Cordialement

Loufi | 30/03/2022 14:14

Les armes hypersoniques n'existent pas

Thib | 30/03/2022 14:18

Merci pour votre commentaire. Il est difficile d'opposer SNA contre PA, ils ont des missions tres complementaires L'extreme vulnerabilite des portes avions est quand même relative. Comparez la situation des annees 80 a aujourdhui, Les missiles sont plus rapide oui, mais il y en avait tellement de disponible dans les annees 80, que les PA francais seul n'avait aucune chance de survie en cas d'attaque s'ils étaient isoles. Les PA modernes sont bien mieux defendu, et oui un missiles hypersonique est presque impossible a intercepter. Mais comment sont- ils guides ( a mach 6/7/8 y a t il un moyen de guidage qui fonctionne? comment repèrent-ils la cible? combien les y en a t il?? un Mig 31 c'est gros, pas discret, et il n'y en a pas tant que ca. Un porte avion çà bouge, ça brouille, et un bateau en mer c'est pas ci facile que ça a trouver, C'est une menace sérieuse, mais pour moi le vrai ennemi du PA c'est le sous marins, beaucoup plus dur a detecter qu'un gros MIG.

Julie | 30/03/2022 16:07

@Thib. Merci pour votre commentaire. Permettez moi ces quelques remarques. Dans les années 1980, il ne s'est pas trouvé de porte-avions attaqués, il est donc difficile de se faire une idée précise de leur capacité de survie à cette époque. Par ailleurs, un porte-avions peut être suivi par des moyens spatiaux dès sa sortie du port. Il peut, de plus, être extrêmement vulnérable à certains passages (ex : le canal de Suez difficilement évitable à moins de faire un long détour par le Cap pour rejoindre, par exemple, l'océan Indien et au delà). L'unicité d'un porte-avions rend ses missions. potentielles impossible à accomplir lors de ses périodes de maintenance, en gros la moitié du temps sur sa durée de vie. Enfin, si la précision du guidage des missiles hypersoniques demande encore un peu de mise au point, nul doute qu'à l'échéance (2038 ? 2040?) de la mise en service du successeur du CDG, cette précision se trouvera très fortement optimisée. Je vous rejoint sur la menace que représente un sous-marin pour un porte-avions. Cette menace pourrait même être l'arme absolue pour peu que le submersible soit équipé de missiles hypersoniques, ce qui est tout à fait envisageable à l'échéance en question. Dernière chose, la France, comme tous les pays, est obligée de faire des choix. Tout n'est pas financable. Sans CDG 2, nous retrouverions une marge supplémentaire pour des financements plus judicieux et, en particulier, des SNA. Bien cordialement.

Fabrice | 30/03/2022 16:39

Si les porte-avions étaient perçus comme très vulnérables, la Chine et les États Unis réduiraient leurs investissements ce qui ne semble pas être le cas…la précision et la manœuvrabilité des missiles hypersoniques restent à prouver sur des cibles mobiles, et du reste, les parades se développent. La complémentarité avec les SNA est évidente mais l’état français raisonne à budget très contraint…il en faudrait à minima 2 de plus.À l’idéal relancer une série de 4 à 6 supplémentaires incluant des silos verticaux mais la on demande une rallonge de 10 milliards…

Hannosset | 31/03/2022 17:53

@loufi. Bien sûr que si elles existent !!! D’ailleurs je me souviens avoir lu un excellent article du professeur Petrau dans La Tribune (ou dans Guadeloupe Dimanche, sais plus...). Bisous de Guadeloupe où je suis en vacances.

Hannosset | 31/03/2022 18:03

@Thibaut Mallet. Étant en vacances, je n’ai pas lu votre (long) article. Par contre, je lis votre commentaire. Manifestement, vous connaissez la matière! Félicitations! Je ne sais pas quand, mais je lirai votre article. Promis.

Julie | 30/03/2022 17:43

@Fabrice. J'ai lu il y a quelques temps (je crois que c'est dans La Tribune, désolé mais je ne note pas ma source à chaque fois que je lis un article) que les États-Unis envisageaient de réduire de huit à quatre leur programme de nouveaux porte-avions. Par ailleurs, l'Inde a indiqué réfléchir à renoncer à un 3ème PA au bénéfice de sous marins supplémentaires qui pourraient être à propulsion nucléaire. La Russie n'a aucun PA en construction. Reste la Chine dont on connaît peu les ambitions en la matière. Il semble bien que les choses bougent. Bien cordialement.

Thibaut mallet | 30/03/2022 19:41

Hello Julie 1) Dans les années 80 les russes étaient capable de lancer des strikes de +100 missiles supersoniques ( mach 2/3) sur les groupes de PA allies. A cette époque, les défenses Francaise auraient été complètement saturées, les américains avait le système Aegis, pas nous. Les SAM Francais etaient le masurca, le SM1 et le crotale. parfaitement insuffisant pour arrêter une attaque simultanée de plus de 10 missiles. La doctrine était de se rapprocher le plus vitre possible d'un groupe de PA US afin de se mettre sous sa protection... 2)Un satellite n'est pas partout a la fois, il survole un point du globe que toutes les X heures, ils sont de plus suivi en permanence, et peuvent être aveugles, voire détruit, ( systeme Graves Francais, armes ASAT), bref oui il peut repérer un navire, mais de la le positionner en temps réel c'est un autre problème, Maintenant le porte avions est un outils d'une telle adaptabilité, que toutes les puissances maritimes s'en dote, Les russes n'ont plus les moyens de leur ambitions depuis longtemps comme les événements nous le démontre, les Chinois apprennent vite et en prévoient aux moins 3. les américains ont 8/10 porte avions CATOBAR mais aussi 10 STOVL pour des f35/AV8B (ainsi que l'espagne l'italie, l'egypte, la turquie ) La réflexion a ce sujet est n'est ce pas plus flexible d'en faire plus de petits ( 50Kt) , que de n'en faire que des tres gros A suivre. Bref non je ne crois pas que le porte avions soit mort, bien au contraire, il est de plus en plus efficace, si il est bien entoure. Les sous marins ne sont pas non plus la panacée, certaine percée technologique pourrait le rendre obsolète aussi. Le PA Francais et son groupe aeronaval est depuis 10-15 ans un outils vraiment a la pointe dans tous les domaines ( Air surf sub) Ce n'etait vraiment pas le cas en 1985!! Il est sage d'avoir ses œufs dans plusieurs paniers, si la technologie reste au top ( donc gros investissement permanent) afin de ne pas se faire distancer par armes hypersonique, a energie dirigee ou canon électromagnétique.. la liste est longue... nous verrons

Julie | 30/03/2022 20:23

@Thibault Mallet. Merci pour vos très intéressants commentaires Cordialement

Flo | 31/03/2022 00:23

La capacité de projection du PA le rendra toujours indispensable Pour les US, 12 PA est l'objectif annoncé depuis 2017 sous l’impulsion de Trump avec la doctrine suivante : 4 en opération, 4 en entrainement et 4 en maintenance.

forêt10 | 31/03/2022 11:05

Intervention de Thibaud: "2)Un satellite n'est pas partout a la fois, il survole un point du globe que toutes les X heures, ils sont de plus suivi en permanence, et peuvent être aveugles, voire détruit," Avec la constellation "Unseelabs" cette limitation de la géolocation "horaire" d'un navire en mer, sera du domaine du passé, 5 satellites sont déjà en orbite, 2 supplémentaires vont être positionnés en avril, les 13 restants sont déjà budgétés. Concernant le Rail Gun, il semblerait que les américains s'en distanceraient, l'ISL continue les travaux, mais ceux-ci n'avancent pas beaucoup, en fait ils pataugent depuis 11 ans maintenant, seuls les chinois semblent continuer (à petits pas) dans cette direction. Amicalement.

Hannosset | 31/03/2022 17:35

@Flo. Votre information était manifestement nécessaire... Puis je me permettre de préciser qu’aux 12 CVN, il faut ajouter 9 porte aéronefs.

Hannosset | 31/03/2022 17:44

@forêt 10. J’apprécie votre commentaire. Unseelabs est une PME française REMARQUABLE ! Elle a été capable de sortir du carcan des œillères nationalistes mortifères pour collaborer avec les Allemands et Americains avec le succès qu’on connaît. Évidemment, certains reprocheront à cette entreprise qui gagne d’avoir choisi SpaceX et Rocket Lab ...

Hannosset | 31/03/2022 18:05

@Thibault Mallet. C’est à votre commentaire, ici, que je voulais réagir.

Philippe | 31/03/2022 17:53

Je me souviens que dans les années 90, toute la base de données acoustiques magnétique sous-marine française avait été pillée par un commando. L'article disait que cette base était très convoitée car peut être la plus complète : Nos sous-mariniés avait depuis très longtemps commencé à la construire. A l'époque, les américains avaient fait une sorte de retour technologique sur les concurrents en inventant des détecteurs top niveau... Je m'étais dis à l'époque qu'un super sonar sans données ne servait à rien !...

Hannosset | 31/03/2022 18:31

Votre réflexion était et reste pertinente. C’est sur base de ces données que sont formées les "grandes oreilles." Pour être performant, il faut avoir le meilleur sonar, la base de données la plus complète et les meilleures "grandes oreilles."

Loufi | 01/04/2022 06:27

Même principe que les signature électromagnétiques des radars, avions et autres équipements. L'otan s'en donne à cœur joie avec le conflit ukrainien pour mettre à jour ses bases de données.

Foudre | 02/04/2022 09:51

Les Australiens ont fait revirement à 180° en choisissant un flotte de SNA sous traité aux US. Cette peur d'impérialisme Chinois sur l'Océanie et l'impossibilité de mettre en place et faire fonctionner une flotte de sous marins de haute technologie demandant de grand savoir faire techniques et de nombreux personnels pour leurs mise en œuvre. C'est compréhensible. Ils ont eux les yeux plus gros que le ventre. Ils sont donc passés à une flotte de SNA armés par des personnels mixte Anglo-saxons et le soutien sera sous-traité de la même manière aux US avec certaines capacités réalisées en Australie. Ils auraient par contre pu éviter de nous faire un petit dans le dos avec cette histoire d'accord sacré. C'est pas trop digne d'un grand pays comme l'Australie...

Julie | 03/04/2022 14:09

@Foudre. Un accord de défense ne vaut que tant qu'il n'est pas dénoncé par l'une des parties prenantes. C'est d'ailleurs ce qu'a fait l'Australie avec la connivence des américains au cas d'espèce des sous marins Barracuda. L'accord Ankus qui lie les australiens et les américains (et accessoirement les anglais) dépendra toujours de la stratégie américaine centrée sur une perspective de tension sino-americane. Si, le moment venu, les américains trouvent un accord avec la Chine, l'Australie se retrouvera seule. Une leçon de l'Histoire est qu'il ne faut jamais déléguer sa souveraineté et donc sa défense à un état tiers. Mais les leçons de l'Histoire sont rarement retenues ....

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