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Défense
26 août 1944, libération de Paris : quand la descente des Champs-Élysées était à deux doigts de se terminer sous les V1 et V2
26 août 1944, libération de Paris : quand la descente des Champs-Élysées était à deux doigts de se terminer sous les V1 et V2
© US Library of Congress

| Gaétan Powis 1142 mots

26 août 1944, libération de Paris : quand la descente des Champs-Élysées était à deux doigts de se terminer sous les V1 et V2

Alors que la 2e division blindée avait reçu la reddition des forces allemandes de Paris la veille, le général De Gaulle a décidé d'organiser un rendez-vous avec les Parisiens le 26 août : il descendra à pied les Champs-Élysées. Très peu de personnes sont alors au courant mais sur l'ordre d'Hitler, les Allemands prévoient de faire pleuvoir à cette même date une pluie de V1 et V2 sur la capitale.

Le début de la libération qui se joue à 120 secondes

Dans la nuit du 19 au 20 août 1944, un C-60 Lodestar des Forces aériennes françaises libres (FAFL) effectuait un vol entre Gibraltar et le Royaume-Uni pour atterrir en France. Alors que les consignes de sécurité étaient de voler tous feux éteints afin de ne pas être repéré, l’un des quelques passagers présents dans la cabine alluma alors un cigare : ce n’était ni plus, ni moins que le Général de Gaulle, transporté par son Lodestar "France". L’avion, pourtant en surcharge d’une demi-tonne s'arrache tant bien que mal de Gibraltar.

Arrivé au Sud de l’Angleterre, l’escorte de chasseurs prévue n’était pas au rendez-vous et le niveau des réservoirs était fort bas. Le pilote, le colonel André de Marmier, a alors décidé de se dérouter sur l’Angleterre. C’était sans compter les réticences du général : il doit se poser en France. L’avion parvient à se poser sur l’aérodrome de Maupertus (Manche, France). Alors que l’avion effectuait ses derniers mètres, une lampe s’allumait : le France ne disposait plus que de 120 secondes d’autonomie. 

Arrivé à Cherbourg, le général de corps d'armée Pierre Koenig (4 étoiles, général en chef des FFI) lui apprend que Paris s'est soulevé depuis le 19 août. De Gaulle n'a plus qu'une idée en tête : convaincre le général Eisenhower (4 étoiles, général en chef des forces alliées en Europe) de faire rentrer des troupes dans Paris. Avec insistance, ce sera chose faites le 22 août en fin d'après-midi.

Un vol en Piper Cub sur Paris

La 2ème division blindée (2e DB) française du général de division (3 étoiles, 3S) Leclerc fonce sur Paris dès le 23 août au matin. L'idée est simple : effectuer une charge de cavalerie de 200 kilomètres vers la capitale. Le 24 août, les résistants commencent dangereusement à s'affaiblir et le font savoir via les lignes téléphoniques vers les zones libérées. Leclerc décide alors d'envoyer le capitaine Jean Callet, pilote de l’un des Piper Cub de la 2ème Division blindée, et son observateur, au-dessus de Paris. Malgré une DCA intense et après de nombreuses manœuvres aériennes, le Piper Cub laisse tomber un message : "Tenez bon, nous arrivons ! Général Leclerc". Le soir même, et contre toute attente, la 9ème compagnie du Tchad du capitaine Drone entrait dans Paris par la porte d’Orléans. Les Français et Espagnols (la Nueve comprend 146 soldats espagnols sur un effectif de 160 hommes) se dirigent au centre de la résistance parisienne : la Préfecture de Police sur l’île de la Cité. Le lendemain matin, c’est au tour de toute la 2ème DB de rentrer dans Paris et de libérer la capitale.

Un défilé qui aurait pu mal tourner

Le 25 août et après des combats intenses dans la ville, les troupes allemandes se rendent. Dans la journée, le général de Gaulle est également dans la capitale française. Il prévoit alors plusieurs cérémonies le 26 août : un hommage devant la Tombe du Soldat inconnu et surtout, un grand défilé entre l’Étoile et la Concorde, avec de Gaulle en tête, suivi des hautes autorités civiles et militaires de la France libre.

Ce même 25 août mais à Rastenburg (Pologne), Hitler décide de détruire totalement Paris au vu des destructions non effectuées par les Allemands sur place. Il ordonne alors à la Luftwaffe mais aussi et surtout à toutes les rampes de V1 (photo ci-jointe) et stations de lancement de V2 de cibler Paris dès le lendemain.

Ainsi, le 26 août au matin, le colonel général Jodl téléphone au quartier général du groupe d'armée B. Le maréchal Model est cependant en inspection et c'est le général Hans Speidel, son adjoint, qui prend les ordres : comme prévu dans les préparations ordonnées hier, il faut au groupe d'armée transmettre l'ordre pour faire pleuvoir les V1 et V2 sur la capitale française. La "pluie" aurait commencé moins d'une heure après avoir reçu l'ordre. Cependant, le général Speidel ne transmettra jamais l'ordre aux différentes batteries.

Missile V1 allemand : il peut transporter une ogive de 0,85 tonnes à 640 km/h.
Missile V1 allemand : il peut transporter une ogive de 0,85 tonnes à 640 km/h. ©
Missile V1 allemand : il peut transporter une ogive de 0,85 tonnes à 640 km/h.

Dès lors, le 26 août 1944, après l'hommage au soldat inconnu, le général de Gaulle descend les Champs-Élysées devant plus d'un million de parisiens en liesse. Cette manifestation est très importante pour la France car elle assoit définitivement l’autorité du général de Gaulle en tant que chef du gouvernement provisoire. Il gagne ainsi un pari qu'il avait lancé depuis Londres, un beau jour de 18 juin 1940.

La descente de l'avenue des Champs-Élysées se fait devant une foule en liesse.
La descente de l'avenue des Champs-Élysées se fait devant une foule en liesse. © IWM
La descente de l'avenue des Champs-Élysées se fait devant une foule en liesse.

La Luftwaffe attaque aussi

En dehors de quelques combats dans la banlieue Nord, la libération de la capitale est totale mais elle se termine quand même par des destructions : l'état-major de la Luftwaffe en France à aussi reçu des ordres : il faut détruire les infrastructures permettant l'approvisionnement de la capitale française. Afin de garantir une certaine sécurité face à la chasse alliée, un raid de nuit d'environ 100 à 150 avions est organisé. La défense antiaérienne n'est pas encore installée dans la ville, qui n'est protégée que par les véhicules DCA de la 2ème DB. 

En tout, 431 immeubles sont détruits et 1.600 endommagés. L'hôpital Bichat est presque totalement détruit et la Halle aux vins est aussi touchée. Les milliers de litres de vin enflammés allumeront un énorme incendie qui éclairera la capitale durant toute une partie de la nuit. D'après les rapports de l'époque, 189 personnes sont décédées et 890 blessées.

La 2e DB file vers l'Est

Un cas d'école et une capture inestimable

Le 2ème DB se dirigera ensuite vers l'Est. Leclerc organise en détail la prise de Baccarat (cette action est depuis un cas d'école pour la cavalerie), arrive à prendre Strasbourg à la grande surprise des Alliés (achevant lui aussi un serment fait à Koufra, en Libye, le 2 mars 1941). Cerise sur le gâteau, une partie de la 2ème DB capture le Berghof (résidence d'été d'Hitler) le 4 mai 1945 au soir et hisse les couleurs françaises le 5 mai (un groupement avait alors décidé de sortir de sa zone d'opération et de capturer ce symbole du nazisme avant les Américains). Les Américains arrivant dans la région, le groupement se retire, non sans avoir repris quelques souvenirs.

La fin brutale de l'épopée Leclerc

A la fin de la guerre, Leclerc n'a que 42 ans et est promu général de corps d'armée (4S). Il signe pour la France l'acte de reddition du Japon sur l'USS Missouri le 2 septembre 1945, avant de recevoir sa cinquième étoile de général en 1946. Il est inspecteur général des forces terrestres d'Afrique du Nord quand son avion s'écrase dans une tempête de sable le 28 novembre 1947. Il n'y aura aucun survivant. Le 28 novembre 1952, le "lion impatient" comme le surnommait certains généraux américains, est promu à titre posthume au grade de maréchal de France (7 étoiles, grade le plus élevé au sein de l'armée). Le char de combat actuellement en service au sein de l'Armée de Terre est d'ailleurs nommé en son honneur.

Seconde Guerre mondiale V2 V1


Répondre à () :

| 26/08/2022 10:45

Juste un détail de précision, c'est un V2 qui détruisit l'hôpital Bichat Paris18é en 1944, excellent documentaire à retrouver, diffusé sur la chaîne Public Sénat en 2019/2020 - de mémoire-. Le gouvernement de coalition, après la libération, se tut à ce sujet, afin de récupérer des ingénieurs allemands dans le domaine des fusées, ce qu'il fit en 1946, lesquels ingénieurs en techniciens furent installés à Vernon dans l'Eure. Autre documentaire remarquable diffusé sur Arte " les enfants allemands de Vernon ". jmarc G.

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