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Défense
Le Tejas indien passe à Mark 2 et gagne en performances pour accompagner le Rafale face au Pakistan et à la Chine
Le Tejas indien passe à Mark 2 et gagne en performances pour accompagner le Rafale face au Pakistan et à la Chine

| Louis Humeau 662 mots

Le Tejas indien passe à Mark 2 et gagne en performances pour accompagner le Rafale face au Pakistan et à la Chine

L'avion multimissions indien HAL Tejas Mark-2 a franchi une étape majeure de sa conception en novembre 2021 avec la validation de sa revue critique de conception. Cette étape doit permettre le développement de prototypes et la préparation des essais de l’aéronef.

Une montée en puissance progressive

Le programme indien Light Combat Aircraft, initié dans les années 1980, a permis d’aboutir au chasseur de 4ème génération HAL Tejas Mark-1, entré dans les forces en 2015. Comme tout appareil, il est ensuite progressivement amélioré par l’adjonction de nouvelles capacités, et deux évolutions majeures sont désormais prévues : le Tejas Mark-1A, premier standard majeur d'amélioration, puis le Tejas Mark-2 dont les évolutions sont bien plus lourdes. Tandis que le premier doit effectuer son premier vol en mars prochain en vue d’une intégration dans les forces aériennes en 2024, le Tejas Mark-2 n’était encore qu’un projet sur le papier jusqu’à l’acceptation officielle de sa revue critique de conception mi-novembre .

Celle-ci est une étape clef qui regroupe notamment toute la revue technique de l’aéronef ainsi que des analyses de gestion des risques. Cette validation par l’adjoint au chef d’état-major de l’Armée de l’air indienne marque le début de la conception des deux premiers prototypes en vue d’un premier vol en 2023. 

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Le HAL Tejas dispose d'un panel d'emport croissant ©
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La dernière évolution de la famille d’avions HAL Tejas

L’arrivée d’une nouvelle version de l’avion est une bonne nouvelle pour le Tejas, toutes les difficultés de développement du Mark-1 n’étant pas encore résolues. Sa certification finale avait d’ailleurs été effectuée alors que 25 défauts subsistaient encore, dont des capacités essentielles comme le ravitaillement en vol par des tankers IL-78 ou par des chasseurs Su-30MKI indiens en buddy-buddy (ravitaillement entre chasseurs). Même si 12 de ces défauts ont été réglés, l’IAF espère voir toutes les limitation être levées et gagner en performances grâce aux versions Mark-1A et Mark-2.

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Un temps envisagé sur Mk-1A, l'IRST sera finalement déployé sur le Mark-2 ©
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La panoplie d'armements disponibles s'élargit considérablement avec le 1A, avec des armements de la quasi-totalité des fournisseurs mondiaux, à l'exception notable de MBDA ©
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Si la Mark-1A permettra notamment l’intégration d’un radar à balayage électronique actif AESA , le Mark-2 se définit comme un véritable avion de génération 4.5. Il comporte d’ailleurs tellement d’évolution majeure que certains analystes considèrent qu’il s’agit d’un nouvel appareil plutôt que d’une amélioration. D’une masse maximale à 17,5 tonnes contre seulement 13,5 tonnes pour le Mark 1, son empreinte radar est réduite grâce à ses matériaux absorbants et il disposera aussi d’une optronique passive dotée de capacités ISTR, du viseur de casque amélioré DASH IV déjà validé sur Mark-1 ainsi que d’une suite de guerre électronique améliorée.

Son autonomie s'accroit largement, et la panoplie d’armements pouvant être mise en œuvre s’élargira également considérablement, avec l’intégration des missiles air-air longue portée Meteor, du missile de croisière Storm Shadow et d’autres armements développés par le centre R&D de la défense indienne (DRDO). Côté moteur, il sera propulsé par le moteur F-414 de General Electric plutôt que les F-404, moins performants équipant les versions installées sur Mark-1 et Mark-1A.

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Le Tejas 1 dispose également d'une version biplace notamment dédiée à l'entraînement ©
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La course à l'autonomie industrielle

L’IAF doit aujourd’hui compter sur ses alliés pour s’équiper : alors que le pays compte 7 types d'avions de chasse dans sa flotte, seul le Tejas est construit localement par la société indienne Hindustan Aeronautics Limited (HAL) et opère aux côtés des MIG-21 et MIG-29, Su-30, Jaguar, Mirage 2000 et Rafale. Ses commandes atteignent 123 unités, mais seule une petite cinquantaine d'appareils a déjà été livrée. Même s’il est de conception indienne, le Tejas Mark-1 est encore composé à 25% d’équipements étrangers (comme le moteur américain, le canon de 23mm russe, le radôme britannique, les équipements de guerre électronique israéliens…), mais ceux-ci représentent plus de 40% de la valeur de l’avion, une proportion qui doit diminuer avec les nouvelles générations de l’avion. 

Cette forte volonté d’indépendance industrielle se retrouve donc logiquement sur les futurs développements prévus. Le radar AESA du Mk2 est indien et remplace un système israélien, et l’AMCA -chasseur de 5ème génération actuellement en développement- devra ainsi être propulsé par un moteur indien en s’appuyant sur les essais du GTX-35VS Kaveri, tout comme le futur bimoteur embarqué TEDBF devra entrer en service à partir de 2031.

Le Tejas dans toutes ses variantes accompagnera donc le Rafale pendant plusieurs décennies dans l'IAF, mais les tentatives pour navaliser l'avion ont été abandonnées devant l'ampleur de la tache, laissant le F/A-18 et le Rafale M en compétition pour ce marché.

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Si la majorité des équipements de l'avion sont de conception nationale, les matériels à plus forte valeur restaient étrangers sur les premières versions de l'avion. Une situation qui doit évoluer vers une autonomie croissante de l'Inde pour répondre à ses besoins. ©
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Le HAL Tejas est bien plus petit que le Su30 MKI, d'où une autonomie et un rayon d'action limités. Ici un Hawk, un Su-30 MKI, le HAL Tejas et sa version navalisée, un temps envisagée pour équiper le porte-avions ©
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Petrau | 06/01/2022 11:33

D'ici une dizaine d'années, l'Inde, la Corée et peut-être d'autres pays seront en mesure de produire en toute indépendance des avions de combat à même de contribuer à leur sécurité (et aussi disponibles sur le marché de l'exportation). Cela devrait faire réfléchir tout ces pays européens qui délèguent à prix d'or leur sécurité aux États-Unis. Je ne vois pas d'exemple dans l'histoire d'un pays venant au secours d'un autre sans qu'il soit lui-même menacé.

Math | 06/01/2022 14:39

Ça donne une idée des défis qui attendent Dassault si rien n’est fait pour européaniser nos ventes. L’Inde ne sera plus un client dans 10 ans. Cela peut potentiellement avoir un impact sur leur politique étrangère également. En tous les cas, ça ne plaide pas pour un assemblage en Inde de Rafale. Et ça montre à quel point la course industrielle va être dure dans les années à venir. Bravo aux Indiens. Mais c’est à peu près tout. L’Europe va devenir un champ de bataille entre européens et américains sur le plan industriel car nous n’aurons pas d’autre choix que de développer nos ventes ici. Aujourd’hui les moyens de l’Inde ont leur limite, mais ça ne durera pas. Leur besoin est immense, la compétition stratégique qu’ils mènent avec la Chine et les sujets d’orgueil national risquent de faire passer à l’arrière plan la gueguerre F35/Rafale/Su35 très rapidement. A un certain stade d’intensité, les Indiens et les Chinois passeront inévitablement devant les USA, probablement d’ici 2050, car les USA n’auront pas les ressources en ingénierie pour rester pertinent, la France encore moins. Cela va maintenant très vite. La seule manière de faire quelque chose est de s’unir toujours plus avec nos voisins, tant qu’il est encore temps. Les effets collatéraux de cette accumulation de puissance se feront sentir dans nos TOM, arsenal nucléaire ou pas. L’attitude défaitiste des allemands n’aide pas. D’autant que la grille de lecture: « les USA nous protegerons » va devenir obsolète, car les USA ont de moins en moins d’avance et de moins en moins de ressources disponibles pour les défendre. L’aïkido ne change pas la donne, loin de là. Démographiquement, cela pèse moins de la moitié de l’Inde. Et la prétendue alliance avec l’Europe ressemble à une farce, car il ne risqueront jamais l’essentiel pour nous. Ils vont vers les 40% de Latinos qui ne ressentent rien pour l’Europe. Il est plus que temps de se débrouiller entre nous. La stratégie de ne rien faire sans les autres européens a des atouts mais ne génère aucun effet d’entraînement. Il y a probablement un mix à trouver entre Investissements soutenus dans notre défense et redressement industriel du pays. En tous les cas, le temps des politiques de gaspillage social est derrière nous.

Hannosset Étienne | 06/01/2022 14:57

Je trouve votre commentaire très intéressant.

Bouchet | 06/01/2022 17:02

Pas si sûr ! Dans 10 ans Dassault avec ou sans l'Europe aura développé des engins bien plus sophistiqués qu'aujourd'hui. On aura encore grimpé d'échelle et si vous lisez attentivement les informations concernant la défense nationale vous y verrez que les succès à l'international de Dassault Safran Thales Naval group etc de plus en plus présents sur le marché de la guerre en préparation vont booster les recherches et les financements sans lesquels l'innovation ne peut se faire. Les commandes actuelles ont d'ores et déjà propulsé les entreprises citées dans le futur. L'inde restera encore longtemps en queue de gondole et la Chine n'est pas à l'abri d'une stagnation dont on voit déjà les effets sur l'économie et en particulier sur l'innovation. Quant aux usa notre protecteur tout puissant il reste et pour quelques temps encore et de loin la première puissance militaire au monde. Mais bien sûr il faut s'attendre à quelques ajustements nécessaires et la course est lancée depuis une trentaine d'années déjà ! L'inde n'en n'es pas à son premier coup d'essai. Au contraire je dirai que la recherche a des fins militaires n'a jamais donné d'aussi bons résultats en Europe. Technologiquement nous rattrapons les Usa à vitesse grand V... dans 20 ans le monde aura-t-il de nouveaux maitres ? Pas si sûr... il y a beaucoup d'effets d'annonces ici ou la mais l'interconnexion des marchés et l'imbrication quasi organique des échanges entre nations de plus en plus importants il devrait résulter au contraire d'une impossibilité de séparer l'ivraie du bon grain. Les batailles sont idéologiques mais les peuples sont riches et ils n'ont pas le même sens du sacrifice qu'en 39 ou avant. Je parle ici des pays avancés technoloqiquement... maintenant des escarmouches ici ou là... une meteore... il faut bien tester quelques missiles...

Petrau | 06/01/2022 18:04

Si l'on considère la geostrategie comme la continuité du passé, votre raisonnement, très intéressant, se tient. Mais tout change avec la montée en puissance ultra-rapide de nouveaux champs de conflits potentiels : l'espace et plus encore le cyberspace. Une agression dans ce dernier domaine peut potentiellement paralyser un pays, c'est à dire toute son économie et ses moyens de défense. Et c'est dans ces domaines qu'il faut préparer les conflits de demain, d'autant que la dimension démographique n'est pas nécessairement déterminante. J'ai déjà écris que nous ne refererons pas la bataille de Koursk, ni celle de Midway, ni celle d'Angleterre. En conséquence, il me semblerait pertinent de tout remettre à plat en ce qui concerne les conflits "classiques". Il me semble que l'utilité des porte-avions, compte tenu de leur extrême vulnérabilité aux vecteurs hypersoniques est très discutable. La mise en œuvre de chars lourds l'est également. Ce qui me paraît plus pertinent que jamais est la force nucléaire qu'il serait pertinent de renforcer. C'est l'arme du dernier recours et le discours doit toujours être que nous n'hésiterons pas à l'employer. Sachant que c'est une arme de souveraineté et que ce type d'arme n'est à l'usage que du seul territoire national. La force nucléaire française n'a aucune vocation à défendre l'Europe. Tenir ce discours serait lui faire perdre sa crédibilité. Au risque de paraître brutal, aucun pays ne sacrifiera sa sécurité au profit d'un autre s'il n'est pas lui même menacé. C'est la leçon de l'histoire. Il ne faut jamais l'oublier. C'est l'erreur (la faute) tragique que commettent de nombreux pays européens en remettant, à prix d'or, leur sécurité et, par conséquent leur souveraineté, aux États-Unis. Même l'Histoire récente ne les fait pas réfléchir. Bien cordialement.

Hannosset Étienne | 06/01/2022 14:56

Je trouve votre commentaire très intéressant.

Patrick Allard | 07/01/2022 16:25

Parmi les équipements/armements intégrés au Tejas vous oubliez de mentionner le dernier en date: l'Hammer (AASM) de Safran

Mike Oreon https://ijrfpioqqerjw.com 123 | 21/01/2022 01:17

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