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Défense
Le SCAF est (PRESQUE) en bonne voie
Le SCAF est (PRESQUE) en bonne voie

| Xavier Tytelman 718 mots

Le SCAF est (PRESQUE) en bonne voie

Alors qu'un accord politique autour de l'avion de combat SCAF a été annoncé la semaine dernière, l'avenir du programme semble aujourd'hui dépendre des avancées du projet de char franco-allemand MGCS...

L'Allemagne a enfin signé

Au cœur et au vu des nombreux rebondissements médiatiques des derniers mois autour du SCAF (Système de Combat Aérien du Futur) entre l’Allemagne, la France et l’Espagne, l’annonce du 18 novembre du ministère de la Défense allemand avait pu redonner du baume au cœur : un accord aurait été trouvé entre les trois pays (voir notre article ici). Déclaration confirmée par le président Macron peu après, soulignant qu’il s’agissait d’un “grand pas en avant” pour la collaboration européenne en matière de défense. 

Cependant et bien qu’un  accord politique semble effectivement acté, un compromis entre tous les industriels est nécessaire. Le président de Dassault Aviation, Eric Trappier, laissait planer un doute quant aux suites de cet accord, indiquant qu’il restait encore des éléments à valider. “Il y a une pseudo annonce politique qui a été faite. Je pense que les autorisations allemandes, difficiles à obtenir, sont sorties et ça a donné lieu à des fuites. Ce n’est pas encore tout à fait réalisé”. 

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Le SCAF, capture d'écran d'une vidéo de la DGA ©
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La mise au point est claire : bien qu’en bonne voie, le programme de chasseur de sixième génération NGF, clé de voûte du projet SCAF, n’a pas encore définitivement acté par l’ensemble des industriels et il n’est pas impossible de repartir sur de longs rounds de négociations pour réussir à obtenir un compromis sur les 2% de sujets encore en discussion. Dans les faits, aucun contrat de développement concret ne semble en effet se trouver au stade de la signature…

Le programme MGCS, l’autre condition du SCAF

Car outre les difficultés autour de la définition du contour de l’accord industriel pour le NGF, le Bundestag a ajouté une complexité de taille : aucun accord sur le SCAF ne sera signé sans une garantie sur l’autre programme franco-allemand phare : l’intégration de Rheinmetall au développement du char de combat MGCS devant remplacer les Léopard 2 et Leclerc à partir de 2035. Or le futur char, proposé en coopération par le français Nexter et l’allemand Krauss Maffei Wegmann, est en concurrence avec le modèle KF51 proposé par Rheinmetall qui a déjà affiché sa volonté de faire cavalier seul sur ce projet.

Un projet qui avance d’autant plus rapidement que l’industriel développe son char seul et sur fonds propres : après une première présentation à Eurosatory en 2022, un démonstrateur est attendu dès 2026. Les dernières déclarations du chef d'État major de la Bundeswehr sont également on ne peut plus claires, ce dernier souhaite “des blindés qui roulent, des avions qui volent,... et pas de ces projets européens qui ne marchent jamais.”

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Il n'existe aujourd'hui aucune vue d'artiste du MGCS, si ce n'est cette silhouette extraite d'une vidéo sur le système SCAF ©
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La tentation des projets nationaux

Car sur les deux rives du Rhin, nombreux sont ceux qui estiment avoir la légitimité pour gérer ces grands programmes structurants, sans prendre en compte une volonté d’indépendance stratégique et industrielle qui ne peut être qu’européenne, aucun pays n’ayant les moyens d’une souveraineté globale. De nombreux décideurs allemands estiment qu’il pourrait être avantageux de ne pas s’embarrasser d’un partenaire français dont le char n’avait pas trouvé son marché à l’export, le Leclerc n’ayant été vendu qu’aux Emirats et en Jordanie, contre plus d’une quinzaines de clients pour le Leopard 2… Un discours que l’on retrouve en France de manière symétrique concernant le Rafale dont les ventes à l’export dépassent largement celles de l’Eurofighter.

Sans accord rapide sur le MGCS, une perte de capacité industrielle est donc à craindre pour le matériel terrestre pour la France, le “plan B” allemand étant plus avancé que le “plan A” commun aux deux pays. Reste à savoir si le FCAS et son NGF pourront avancer malgré tout, le coût de développement d’un avion de sixième génération -estimés entre 60 et 80 Md€- ne permettant pas d’imaginer une aventure solitaire.

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Le Rafale a systématiquement surpassé l'Eurofighter dans les compétitions auxquelles les deux avions ont participé: Suisse, Corée du Sud, Pays-Bas, Brésil, Indonésie, Singapour, Inde... ©
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Trois options s’offrent donc à nous :

  • un accord global portant sur l’ensemble des composantes du SCAF (MGCS, NGF…),
  • un développement partagé uniquement pour le NGF tandis que le KF51 s’imposerait comme char allemand, situation défavorable à la France,
  • une absence globale d’accord, conduisant chaque pays à envisager des développements séparés…

D’après nos informations, les prochaines semaines pourraient être cruciales, mais le volontarisme allemand retrouvé sur le projet du NGF ainsi que le retour de budgets de défense à la hauteur des enjeux outre-Rhin sont de bonne augure pour une signature, en vue de la mise en œuvre de l’avion à horizon 2040.


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Manu31 | 25/11/2022 18:00

Toutes les coopérations industrielles ont été un échec et dommageable pour l'industrie française. Sans la volonté de Dassault de faire cavalier seul avec le rafale, il aurait fallu acheter l'Eurofighter ou le Gripen ou un avion américain. Il ne faut pas oublier que la France a coulé le programme du char Leclerc. Au départ plus de 1000 chars étaient prévus pour la France et plus de 300 pour les Émirats Arabes Unis, quand la France a décidé de réduire ses achats à moins de 300 chars, le programme devenait déficitaire et annonçait la faillite de GIAT Industrie. Le déclin de l'industrie française est inéluctable. A une époque la France investissait 50% dans l'industrie spatiale européenne, sa part a chuté sous les 20%. Avec la création d'EADS, les hélicoptères ont été fabriqués davantage sur le territoire allemand que français. Les allemands négocieront toujours à leur avantage. La fusion de Thales et Safran qui aurait créer un champion, a été refusé par l'État français. Macron est un banquier et ne comprend rien à l'industrie et la recherche -développement. Il a fini de détruire tout le tissu industriel français. ll faudra se résoudre à acheter américain ou allemand. Les compétences françaises se perdent tout comme le savoir. L'éducation française finira de tuer la recherche et l'industrie car les enfants d'aujourd'hui seront incapables de nous remplacer.

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