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Il y a 50 ans, Mariner 9, le premier « satellite humain de Mars »
Il y a 50 ans, Mariner 9, le premier « satellite humain de Mars »
© Collection P. Varnoteaux

| Philippe Varnoteaux 1148 mots

Il y a 50 ans, Mariner 9, le premier « satellite humain de Mars »

Lancée le 30 mai 1971, la sonde américaine Mariner 9 se plaçait sur orbite autour de Mars le 14 novembre suivant. Pour la première fois, un engin construit par l’homme se satellisait autour d’une autre planète, de Mars en particulier.

En juillet/août 1969, en survolant Mars, les sondes Mariner 6 et 7 prenaient des dizaines de photos, dont 26 gros plans pour la première et 33 pour la seconde, couvrant un peu plus de 10% de la surface martienne (avec une résolution moyenne de 1 à 2 km par pixel). Celles-ci suscitaient de l’émotion et un regain d’intérêt pour l’exploration martienne, car elles montraient une planète qui n’est pas « lunaire » et qui dans le même temps mettait définitivement fin au mythe des canaux. Pour en savoir plus, les responsables du programme décidaient pour Mariner 8 et 9 (mission Mars 71) de les placer sur orbite de la planète (un défi technique astronautique encore à relever), afin de cartographier 70% de la surface et avec l’espoir de savoir « s’il existe sur Mars une forme quelconque de vie biologique, du moins une forme de vie que les Terriens connaissent ou savent reproduire (…) » telle que l’annonçait le quotidien La Nouvelle République le 15 novembre 1971.

 

Les caractéristiques de Mariner 8 et 9

Si les sondes jumelles Mariner 8 et 9 embarquent les mêmes instruments (des caméras, des spectromètres infrarouge et ultraviolet, des radiomètres et des instruments permettant une occultation radio et faire une expérience de mécanique céleste), elles sont appelées à effectuer des missions complémentaires pour une durée d’environ 90 jours : la première doit cartographier 70% de la surface de Mars depuis une orbite quasi polaire de 1 200 / 17 050 km (périapse/apoapse), la seconde survoler régulièrement, depuis une orbite plus excentrique de 850 / 28 560 km, un certain nombre de régions martiennes pour observer les changements temporels de la surface. D’une hauteur de 2,28 m avec quatre panneaux solaires, dotées d’une antenne à faible gain et d’une autre antenne parabolique à haut gain, les sondes ont alors une masse totale de 997,9 kg (63,1 kg pour les instruments).

 

Les lancements et la mise sur orbite

Le 8 mai 1971, Mariner 8 décolle mais peu après le lanceur Atlas-Centaur rencontre une défaillance entraînant la perte de l’engin. En revanche, le lancement de sa sœur jumelle réussit le 30 mai suivant. La perte de Mariner 8 oblige les ingénieurs et les scientifiques à reprogrammer la survivante en combinant les objectifs initiaux en un seul. L’insertion sur orbite martienne s’effectue avec succès le 14 novembre 1971, la sonde se place sur une orbite de 1 650 / 16 860 km. Son arrivée fait la une de la presse, y compris française, comme La Nouvelle République qui titre le 15 novembre en gros caractères : « MARINER 9 PREMIER SATELLITE HUMAIN DE MARS ».

Malheureusement, à son arrivée, Mariner 9 ne peut observer… qu’une impressionnante tempête de poussière obscurcissant toute la planète ! C’est la déception, comme on peut le noter dans la presse de l’époque. La Montagne du 16 novembre : « Premières photos voilées par une tempête de sable » ; le quotidien ajoute : « un seul cliché porte jusqu’ici des détails discernables du sol de Mars ». Il faut en effet attendre de nombreuses semaines pour que la surface de Mars soit peu à peu observable.

 

Les découvertes de Mariner 9

La tempête passée, Mariner révèle alors des détails surprenants de Mars, comme la présence de volcans gigantesques (Olympus Mons, les volcans du dôme de Tharsis), un immense canyon s’étendant sur environ 3 800 km (qui recevra en l’honneur de la sonde le nom de Valles Marineris - « les vallées de Mariner »), la structure des calottes polaires, des cratères d’impact, des ravins, etc. Toutefois, la découverte la plus saisissante est celle des structures qui soulignent l’existence très probables d’anciens lits de rivières qui ont coulé il y a très longtemps à la surface de la planète. L’émotion est grande dans la communauté scientifique.

Les instruments de Mariner 9 permettent également d’en savoir plus sur l’atmosphère de la planète (composition, densité, pression), d’observer les formations nuageuses, de suivre des nappes de brouillard apparaissant dans certaines vallées, etc. La détection de la présence de vapeur d’eau en faible quantité certes, mais bien présente, suscite là aussi un vif intérêt que la presse témoigne comme Le Monde le 14 novembre 1972 : « L’engin américain Mariner 9 a révélé la présence de vapeur d’eau sur Mars ».

 

Mariner 9 vs Mars 2 et 3

Alors que Mariner 9 se place sur orbite autour de Mars, les Soviétiques ne sont pas en reste, course-compétition oblige. La propagande distille des informations que la presse rapporte, comme notamment La Montagne qui le 15 novembre annonce que « MARINER-9 ENVOIE A LA TERRE DES PHOTOS DE LA « PLANETE ROUGE », tout en précisant que « Deux engins soviétiques [sont] attendus à la fin du mois dans la même région du cosmos ». En effet, après un échec au lancement le 10 mai 1971 (Cosmos 419 qui devait arriver avant Mariner), les Soviétiques réussissent les 19 et 28 mai l’envoi des sondes Mars 2 et 3, arrivant autour de Mars les 27 novembre et 2 décembre. Comme Mariner 9, les Soviétiques sont gênés par la tempête martienne. Toutefois, ils comptent « coiffer au poteau » leur rival américain en posant en plus à la surface de Mars deux atterrisseurs. Si celui de Mars 2 s’écrase, celui de Mars 3 se pose en douceur… mais tombe en panne au bout de quelques minutes. Les Soviétiques ne parviennent pas à éclipser le succès américain.

 

Mariner 9 prépare les Viking

Ayant fonctionné pendant 349 jours, la sonde Mariner 9 est désactivée le 27 octobre 1972, après avoir engrangé de nombreuses informations et pris 7 329 photographies (avec parfois une résolution de 100 m par pixel), y compris des deux petites lunes Phobos et Deimos. Les données récoltées sont considérables pour l’époque, faisant de Mariner 9 un des plus beaux succès de l’exploration planétaire. Celles-ci permettent également de dresser une carte martienne, bien utile pour sélectionner les sites d’atterrissage des prochains atterrisseurs Viking 1 et 2 (qui seront lancés en 1975).

Grâce à Mariner, les scientifiques comprennent qu’ils ont bien là un monde passionnant à étudier, un monde complexe qui occupe une place particulière dont les caractéristiques la situent entre Mercure et la Terre, présentant des similitudes avec notre planète, comme le note Le Parisien Libéré le 13 janvier 1972 dans un encadré rouge en première page : « MARS N’EST PAS MORTE ET RESSEMBLE A LA TERRE ».

L’été 1969 marque incontestablement un temps fort de l’astronautique américaine, voire le triomphe car, outre le succès de Mariner 9, les Américains viennent également de marcher sur la Lune avec la spectaculaire mission Apollo 11.

 

Quelques références

- Un article : « Mariner 9 premier satellite humain de Mars », anonyme, La Nouvelle République, 15 novembre 1971

- Un ouvrage : Histoire visuelle des sondes spatiales, Philippe Séguéla, Fides, 2009

- Les pages consacrées aux missions Mariner 8 et 9, L’exploration spatiale de Philippe Labrot

- Un documentaire sur la mission Mariner 9, NASA/JPL.

 

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

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