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Il y a 50 ans, Apollo 17 ou l’âge d’or de l’astronautique
Il y a 50 ans, Apollo 17 ou l’âge d’or de l’astronautique
© NASA

| Philippe Varnoteaux 1190 mots

Il y a 50 ans, Apollo 17 ou l’âge d’or de l’astronautique

Du 7 au 19 décembre 1972, après les succès consécutifs d’Apollo 14, 15 et 16, Apollo 17 effectue le sixième et dernier alunissage, clôturant le premier chapitre de l’exploration humaine de la Lune.

Pour la dernière mission lunaire, les responsables, sur le conseil des scientifiques, décident de faire alunir Apollo 17 dans la vallée de Taurus-Littrow, sur la bordure sud-est de la mer de la Sérénité. Le choix du site s’explique par le fait que les astronautes sont susceptibles de ramener de vieilles roches issues de la croute originelle de la Lune et de dépôts supposés volcaniques. Dès lors, la mission est essentiellement de nature géologique…

 

L’équipage

…et c’est la raison pour laquelle un des deux « marcheurs lunaires », Harrison Schmitt, est un géologue – seul et unique scientifique à participer à une mission Apollo. Si celui-ci est initié au pilotage, il a contribué de son côté à former à la géologie les astronautes des autres missions, mais aussi Eugene Cernan, le commandant d’Apollo 17, avec qui il doit se poser sur la Lune à l’aide du Module Lunaire (LM) Challenger. Pilote de chasse expérimenté, Cernan est un vétéran des vols habités (Gemini 9, Apollo 10). Quant au troisième astronaute, Ronald Evans, également pilote de chasse, il demeurera sur orbite lunaire à bord du Module de commande et de service (CSM) America.

 

De nombreux instruments scientifiques

Lors de leur séjour sur la Lune, Cernan et Schmitt devront récolter de nombreuses roches, sur des sites différents afin de déterminer l’âge et la composition du site, mais aussi du manteau et des roches issues des glissements de terrain. De nombreux instruments scientifiques seront extraits du LM, dont une station ALSEP (Apollo Lunar Surface Experiments Package) équipée de cinq appareils : un sismomètre, un gravimètre, un spectromètre de masse, un détecteur de micrométéorites et éjectas, un instrument de mesure des flux thermiques ; tous sont inédits, à l’exception du dernier utilisé lors des missions Apollo 15 et 16. Quant au CSM, il embarque son propre paquet d’instruments installés dans un compartiment dédié : un radar à synthèse d’ouverture (pour étudier la structure géologique de la Lune jusqu’à 1,3 km de profondeur), un radiomètre infrarouge, deux spectromètres (rayons gamma, ultraviolet), un altimètre laser, plusieurs caméras (dont une panoramique). D’autres expériences sont appelées à être effectuées au cours du vol, notamment dans le domaine biologique : l’une concerne les effets des rayons cosmiques sur l’homme et sur des animaux (cinq souris accompagnent les trois astronautes).

 

Le vol. La couverture médiatique

Tout comme Apollo 15 et 16, Apollo 17 bénéficie d’un lanceur Saturn V plus puissant permettant d’embarquer une charge utile plus conséquente et avec du matériel amélioré (LM, combinaisons spatiales, etc.). Par ailleurs, pour la première fois, le décollage s’effectue de nuit. La mise sur orbite se réalise le 7 décembre à 0h33 (heure locale), et le train lunaire America-Challenger part pour la Lune sans incident. La presse couvre jour après jour l’événement, sans pour autant faire systématiquement des unes spectaculaires. Les événements en première page sont parfois présentés dans de simples encadrés, comme c’est le cas en France avec notamment Le Parisien libéré, Le Figaro ou encore l’Aurore. Ce dernier titre le 7 décembre, sans photo, « DERNIER VOYAGE LUNAIRE pour de longues années », précisant qu’ « Apollo 17 [décolle] devant cinq cent mille spectateurs ». Le vol vers la Lune se déroule sans problème : « APOLLO 17 FONCE VERS LA LUNE : TOUT VA BIEN », annonce le 8 en gros caractère Le Parisien libéré. Le 11, Challenger se détache d’America et alunit avec succès.

 

Premier jour sur la Lune

Quatre heures après l’atterrissage, Cernan et Schmitt réalisent la première sortie extravéhiculaire d’une durée de 7h12. Ils commencent par déployer le véhicule lunaire (intégré au LM) et plusieurs instruments scientifiques, dont la station ALSEP, sans oublier le drapeau. Parcourant un peu plus de 3 km, les deux hommes partent en direction du sud vers le cratère Steno, collectant au total 14,3 kg de roches lunaires et prenant de nombreuses photographies, sans compter que des caméras permettent de les suivre quasi en direct.

 

Deuxième jour sur la Lune

Après une nuit de repos, les deux hommes explorent des sites en direction de l’ouest et du sud, jusqu’au pied du Massif Sud. Couvrant une distance de 20,3 km (un record) lors d’une sortie de 7h37, ils font des carottages et collectent 34,1 kg de roches, dont un fragment repéré par Schmitt qui s’avèrera être un des plus anciens jamais ramenés de la surface lunaire (4,6 milliards d’années). Près du cratère Shorty, stupéfaits, ils découvrent un sol orange lié au volcanisme ancien. Tout cela ne manque pas d’être rapporté par les médias, comme le JT de 20h en France le 13 décembre, présenté par Léon Zitrone qui, assisté de Michel Chevalet, déclare : « Cette marche a présenté un intérêt exceptionnel. En effet, les deux astronautes américains ont découvert sur le flanc de la montagne où ils travaillaient plusieurs roches qui semblent tout à fait nouvelles, nouvelles en ce qui concerne notre connaissance de la Lune. Elles pourraient être les pierres les plus anciennes de notre satellite naturel et permettraient dans ce cas de vérifier je crois l’âge de la Lune » ; Michel Chevalet ajoute : « C’est une très grande découverte scientifique (…). Cernan et Schmitt semblent avoir découvert ce que l’on cherchait depuis le vol d’Apollo 11, c'est-à-dire des traces de volcanisme ».

 

Troisième jour sur la Lune

Le lendemain, les astronautes effectuent la troisième et dernière sortie d’une durée de 7h15. Ils parcourent 12,1 km à l’aide du véhicule lunaire, prospectent le Massif Nord où ils ramènent 62 kg de roches. Avant de réintégrer le LM, Cernan dévoile une petite plaque fixée sur le train d’atterrissage sur laquelle est notamment écrit : « Ici, l’homme a achevé sa première exploration de la Lune, en décembre 1972 après J-C. Puisse l’esprit de paix dans lequel nous sommes venus se refléter dans les vies de toute l’humanité ».

 

Retour

Après avoir passé 75 heures sur le sol lunaire, Cernan et schmitt décollent et rejoignent America où se trouve leur collègue Ronald Evans. Une quarantaine d’heures et plusieurs expériences orbitales plus tard, le CSM opère son retour vers la Terre, où il amerrit le 19 décembre à 19h24 (TU) dans l’océan Pacifique à 560 km au sud-ouest des Samoa et est récupéré par le porte-avions Ticonderoga.

Ainsi prend fin l’une des plus belles pages de l’histoire de l’astronautique, une aventure technologique, humaine, scientifique exceptionnelle qui a vu une poignée d’hommes s’éloigner de leur berceau et, pour douze d’entre eux, explorer et marcher sur un autre monde. Dans son édition du 20 décembre 1972, Le Parisien Libéré considère que le programme Apollo en général, la mission Apollo 17 en particulier « apporte l’âge d’or à l’humanité ».

 

Quelques références

- Un ouvrage : Ils ont marché sur la Lune, Philippe Henarejos, Belin, 2018.

- Journal télévisé en France du 11 décembre 1972 : « Apollo 17, la marche sur la Lune », émission présentée par Léon Zitrone, 11 décembre 2017, en ligne sur le site de l’INA.

- Dossier de presentation à la presse, Nasa, SP-4214, 26 novembre 1972.

- Documentaire de la Nasa sur la mission Apollo 17, Don Wiseman, décembre 1972, traduit en français par Michel Chevalet.

 

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence


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