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© NASA
18/05/2019 08:05 | Par Philippe Varnoteaux

Il y a 50 ans, Apollo 10, la mission qui a frôlé la Lune

Le 18 mai 1969, partait pour la Lune la quatrième mission Apollo habitée. Celle-ci est traditionnellement présentée comme une « répétition générale » avant le premier alunissage d’Apollo 11. Elle a été un peu plus que cela.

Après la réussite de la mission Apollo 9 qui a testé le matériel lunaire depuis une orbite terrestre, Apollo 10 devait éprouver depuis une orbite lunaire l’ensemble du train lunaire – composé d’un module de commande et de service (CSM) et d’un module lunaire (LM). Toutes les opérations nécessaires à un débarquement humain allaient être mises à l’œuvre à l’exception de l’alunissage.

Une mission capitale... critiquée.

La mission Apollo 10 a été critiquée à la fois dans le grand public et au sein de la NASA. Si le LM est appelé à effectuer une manœuvre pour se rapprocher du sol lunaire, pourquoi dès lors l’équipage ne tenterait-il pas l’alunissage ? Pour les responsables de la mission, cela était considéré comme « prématuré et téméraire », selon les mots du général Samuel C. Philips, le directeur du programme Apollo de 1964 à 1966. En effet, il subsistait encore des incertitudes : jusqu’alors, seul un CSM (Apollo 8) s’était approché de la Lune, mais sans LM ; quant au train lunaire, il n’avait été testé qu’une seule fois, mais depuis une orbite terrestre (Apollo 9). Avant d’alunir, une question cruciale restait donc à résoudre : comment le train lunaire en général et le LM en particulier allaient-ils se comporter dans le champ gravitationnel de la Lune à très basse altitude ?

Une mission suivie en direct.

Le 18 mai, le lanceur Saturn 5 lance avec succès Apollo 10. A bord, se trouve l’équipage le plus expérimenté jamais constitué : le commandant Thomas P. Stafford (qui a volé dans Gemini 6 et 9), le pilote du CSM John W. Young (Gemini 3 et Gemini 10), et le pilote du LM Eugene A. Cernan (Gemini 9). Quelques heures plus tard, le CSM se sépare de Saturn IVB, dernier étage de Saturn 5, et procède à son amarrage avec le LM pour former le train lunaire. Pour la première fois, l’opération est retransmise en couleurs à la télévision.

Au cours du voyage vers la Lune, les astronautes procèdent à plusieurs reprises à des émissions télévisées pour le plus grand plaisir des téléspectateurs…et de la propagande américaine. Après avoir présenté devant la caméra l’emblème de la mission Apollo 10, John Young montre également aux téléspectateurs des dessins de Charlie Brown et de Snoopy, célèbres personnage et chien créé en 1950 par Charles M. Schulz. L’équipage avait retenu le premier pour baptiser le CSM, le second pour le LM. Précisons que le chien Snoopy était déjà utilisé au sein de la NASA comme figure emblématique de l’aventure spatiale. Les astronautes montrent aussi en quoi consiste la vie en micropesanteur avec notamment les objets qui « volent ». Enfin, à plusieurs reprises, ils pointent leur caméra en direction de la Terre et, à 80 000 km, Cernan lâche : « La Terre est au milieu du néant. C’est à peine croyable ».

Snoopy se prend pour une toupie.

Le train CSM-LM arrive le 21 mai dans la banlieue lunaire et se place en orbite. Le 22 mai, après que Stafford et Cernan intègrent le LM, celui-ci se sépare du CSM dans lequel demeure John Young (devenant le premier homme à voler en solitaire autour de la Lune). L’une des parties les plus importantes de la mission commence et avec une grande incertitude, comme s’en souvenait Cernan : « Aucun de nous ne savait à ce moment-là ce qui pourrait se produire par la suite, et si Snoopy et Charlie Brown avaient une chance de se retrouver un jour. Il n’y avait aucune garantie ».

Peu à peu, Snoopy s’éloigne de Charlie Brown. La descente est filmée et photographiée. Lorsque Snoopy se rapproche du sol lunaire, Cernan éprouve alors une sensation particulière : « On a eu l’impression de survoler le désert de l’Arizona. Mais aucun désert ne ressemblait à ce lieu ». Et Stafford : « C’est une vision fabuleuse. Il y a différentes teintes de marron et de gris ».

A environ 15 km du sol lunaire, Cernan déclenche la séparation des deux étages du LM, afin que l’étage de remontée puisse rejoindre le CSM. Soudain, Snoopy s’incline, puis se met à tourner sur lui-même. Les deux astronautes coupent le pilotage automatique et rétablissent ainsi l’équilibre du petit vaisseau. Toutefois, l’allumage ne fonctionne pas… Cernan profère des jurons. Heureusement, le système auxiliaire prend le relais permettant enfin la remontée vers Charlie Brown. Au total, l’escapade de Snoopy a duré huit heures et demie, dont huit minutes pour l’incident. Ce dernier a ainsi mis à rude épreuve le LM mais aussi l’équipage qui a réagi avec sang-froid, grâce à l’entrainement préalable à travers de nombreux tests et simulateurs… et à l’appui permanent des contrôleurs de la mission sur Terre.

Le retour.

Le 24 mai, à la 31e révolution, vient le temps de rallumer le moteur du CSM pour quitter l’orbite lunaire et revenir vers la Terre. L’angoisse monte au sein de l’équipage… Le moteur se rallume et fonctionne à la perfection. Ouf. Peu avant de quitter l’orbite lunaire, Stafford déclare : « Je crois que nous aurons beaucoup à faire par ici dans les années à venir, si nous ne voulons pas seulement regarder, mais aussi explorer ces riantes contrées ».

Le vol du retour s’effectue sans anicroches ; les astronautes en profitent pour réaliser de nouvelles émissions télévisées et même une séance de rasage en direct (la première de l’histoire). Au total, 19 diffusions télévisées auront été effectuées ! Un autre record est également obtenu : lors du retour, le vaisseau Apollo atteint l’impressionnante vitesse de 39 896 km/h. Le 26 mai, la capsule du CSM amerrit avec succès près des îles Samoa, en Polynésie.

Bilan et portée médiatique.

Si la mission d’Apollo 10 n’a pas aluni, elle n’en a pas moins eu un rôle important en atteignant tous les objectifs attendus, dont la maîtrise de la navigation en orbite lunaire, l’évaluation des performances du train lunaire, le test du comportement du LM en phase de descente et de remontée, le repérage du lieu d’alunissage pour la mission suivante. Apollo 10 ne se résumait ainsi pas à une simple répétition générale.

Enfin, Apollo 10 a obtenu un écho considérable dans les médias américains et étrangers. Ainsi, le 6 juin, l’hebdomadaire américain Life publie en « une » des photos extraordinaires de la mission sous le titre « Barnstorming the Moon » (tournée triomphale autour de la Lune) ; le 9 juin, le même hebdomadaire sort un numéro spécial avec le titre de « The Great Adventure of Apollo 10 » (la grande aventure d’Apollo 10).

De même, en France, les médias sont subjugués par les prouesses d’Apollo 10 : La Montagne du 20 mai titre : « Apollo 10. Vol parfait » ; le même jour, La Nouvelle République : « Course sans histoire d’Apollo 10 », etc. Le retour est salué comme il se doit : le 27 mai, La Nouvelle République publie en première page : « Le triomphe des Américains après la réussite à 110% de la mission Apollo 10 » ; Le Parisien libéré titre en rouge : « Une étoile descendait du ciel… c’était Apollo 10 qui revenait de la Lune », avec en surimpression en encre noire « PRODIGIEUX ! ». De nombreuses photographies en couleurs sont publiées notamment dans Le Patriote illustré du 8 juin 1969, dans Paris Match du 14 juin 1969, etc. Dans ce dernier, le grand chroniqueur Raymond Cartier écrit : « Dans un mois, si Dieu le permet, commencera l’aventure la plus prodigieuse de l’histoire. Voici cette Lune que l’homme va conquérir… ».

 

Références

Le journal de vol d’Apollo 10, The Apollo 10 Flight Journal, David Woods, Robin Wheeler, Ian Roberts

Un ouvrage : Conquête de la Lune, Dr Herbert Pichler, Buchet/Chastel, Paris, 1969

Un témoignage : Eugene Cernan et Don Davis, J’ai été le dernier homme sur la Lune, Altipresse, 2010

Une vidéo sur le lancement d’Apollo 10 et la mission.

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence.

 

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