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Défense
6 juin 1944, opération Smoke Screen : le Lorraine vole sur la Normandie
6 juin 1944, opération Smoke Screen : le Lorraine vole sur la Normandie
© Musée de l'ordre de la Libération

| Gaétan Powis 761 mots

6 juin 1944, opération Smoke Screen : le Lorraine vole sur la Normandie

Alors que les navires et commandos des FNFL commencent à apercevoir les côtes françaises, douze avions du groupe de bombardement Lorraine se dirigent vers le Cotentin. Leur mission, peu connue du grand public, est pourtant capitale : camoufler l'approche des barges de débarquement sur Utah Beach.

Du Blenheim au Boston

En Septembre 1940, le Groupe de bombardement de réserve N°1 (GBR 1) est créé et équipé en bombardiers légers Blenheim IV. Ces avions sont d'abord utilisés par le Colonel Leclerc dans son avancée sur Koufra et lors de ses opérations suivantes. Un an après sa création, le 24 septembre 1941, le Groupe de bombardement de réserve N°1 est officiellement renommé Groupe de bombardement n°1 "Lorraine" et passe sous commandement anglais, jusqu'à la fin des combats en Afrique du Nord.

Fin mars 1943, l'escadrille est redéployée au Royaume-Uni, rééquipée en bombardier DB-7 Douglas/Boston Mk III. L'escadrille reste sous le commandement anglais et devient aussi un escadron, sous la dénomination de 342th squadron. Il se spécialise dans les missions de bombardement à très basse altitude : l'intérêt est de garder un effet de surprise pour l'ennemi tout en augmentant la précision du bombardement. A l'inverse, les avions doivent éviter les obstacles tout en restant en formation et en cas d'impact de la flak, l'équipage est trop bas pour sauter en parachute.

Opération Smoke Screen

Le 5 juin, les personnels au sol reçoivent l'ordre de peindre de larges bandes blanches et noires (les fameuses bandes d'invasion) sur les bombardiers Boston. Durant la nuit, les nombreux avions de transportant les parachutistes américains passent au-dessus du terrain : le jour tant attendu est arrivé ! 

Ainis, le 6 juin à 03h30, douze équipages sont réunis dans la salle de briefing pour l'opération Smoke Screen. Une fois de plus, les Boston voleront en très basse altitude mais ne seront pas équipés de bombes : elles sont remplacées par un système permettant de déployer un rideau de fumée artificielle afin de couvrir la flotte de débarquement. Les équipages sont réduits car la toxicité de la fumée risque d'incommoder le mitrailleur, qui doit alors rester au sol.

A 05H00 du matin, les deux premiers Boston décollent depuis la base aérienne d'Hartford Bridge : le Lorraine s'apprête à écrire l'une de ses plus belles missions de combat. Les patrouilles de deux appareils décollent alors avec un espacement de 10 minutes. Les avions se dirigent vers Hengistbury pour ensuite se diriger vers la Pointe de Barfleur (carte ci-dessous). Vers 06h10, la première patrouille dépasse la pointe de Barfleur et s’aligne sur les îles Saint-Marcouf. Les avions volent alors à plus de 400 km/h, à une altitude d'environ 5 à 15 mètres au dessus du niveau de la mer et à seulement 300 mètres des défenses allemandes. Les navigateurs déclenchent alors les fumigènes : les avions se succèdent toutes les trois minutes et donnent ainsi à la flotte un certain répit en la cachant des batteries allemandes, et notamment des puissantes batteries d'Azeville et de Crisbecq-Saint-Marcouf. 

La mission est qualifiée de réussite totale par l'état-major. Le Lorraine reprendra ensuite ses missions de bombardement. Les Boston sont remplacés par des bombardiers moyens B-25 en mars 1945. Le groupe effectue sa dernière mission de combat le 2 mai 1945. Le 18 juin 1945, lors d'un grand défilé organisé sur les Champs-Élysées, le Lorraine survole Paris en formant une grande croix de Lorraine.

A la fin de la guerre, l'escadron comptabilise :

  • 3.000 sorties
  • 2.500 tonnes de bombes larguées
  • la perte de 127 pilotes, navigateurs et mitrailleurs
  • la croix de la Libération
  • la croix de guerre avec 7 citations à l'ordre de l'Armée

Les Forces Françaises libres lors du D-Day

Durant la phase d'ouverture des opérations de débarquement, plusieurs unités françaises sont également déployées en même temps que l'escadron Lorraine ;

  • Le commando Kieffer, débarqué à Sword Beach
  • les croiseurs Montcalm et Georges Leygues
  • les destroyers Roselys et la Combattante en soutien aux opérations terrestres
  • les groupes de bombardiers lourds Tunisie et Guyuenne, équipés en Halifax
  • les groupes de chasse Île-de-France, Alsace et Cigognes, sur Spitfire
  • etc...

Possibilité d'afficher les différentes actions (sur la case en haut à gauche du titre)

  • L'opération Smoke Screen est représentée en rouge.
  • L'opération Neptune en bleu, avec les plages en jaune.
  • Les opérations Albany et Boston en orange et jaune, l'opération Tonga en vert.

Le 3/30 aujourd'hui

Les traditions du groupe de bombardement Lorraine sont actuellement reprises par l'escadron de chasse 3/30 Lorraine. L'unité est déployée depuis 2016 sur la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan (Landes, France) et utilise des avions de combat Rafale C. L'unité repeindra d'ailleurs deux Rafale en 2019 et 2021 :

Dark Tiger/Smoke Screen pour les 75 ans de l'opération

Smoke Screen_NATO.jpg
Dark Tiger/Smoke Screen est décoré pour le NATO Tiger Meet et les 75 ans de l'opération Smoke Screen. © NATO
Smoke Screen_NATO.jpg

Un Rafale aux couleurs des Blenheim IV pour les 80 ans du groupe Lorraine

Rafale peint pour les 80 ans de l'EC 3/30 Lorraine.
Rafale peint pour les 80 ans de l'EC 3/30 Lorraine. © AAE & EC 3/30
Rafale peint pour les 80 ans de l'EC 3/30 Lorraine.
Rafale peint pour les 80 ans de l'EC 3/30 Lorraine.
Rafale peint pour les 80 ans de l'EC 3/30 Lorraine. © AAE & EC 3/30
Rafale peint pour les 80 ans de l'EC 3/30 Lorraine.

Remerciements à l'EC 3/30 Lorraine pour les informations reçues en vue de l'écriture de cet article.

France FAFL 3/30 Lorraine Armée de l'Air et de l'Espace Seconde Guerre mondiale


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